Sportives Toyota : le changement de PDG est-il dangereux pour elles ?
Alors que Toyota semble avoir remis l’accent sur les sportives, le changement de PDG pourrait rabattre les cartes. Devons-nous être inquiet ?
Le séisme est discret, mais il pourrait avoir des répercussions majeures pour les passionnés. Toyota a officialisé la nomination de Kenta Kon au poste de PDG à partir du 1er avril, en remplacement de Koji Sato, en place depuis seulement trois ans.
Un patron Toyota au profil financier
Un changement rapide à la tête du constructeur le
plus rentable au monde… Et une question qui brûle les
lèvres des amateurs de sport auto : les modèles GR sont-ils ainsi
menacés ?
Kenta Kon connaît parfaitement
la maison Toyota. Entré en 1991, il a bâti sa carrière dans les
services comptables avant d’intégrer le conseil d’administration en
2021. Jusqu’ici directeur financier, il est reconnu pour sa rigueur
et sa maîtrise des équilibres budgétaires.
Sa nomination intervient dans un contexte tendu. Montée en
puissance des constructeurs chinois, incertitudes géopolitiques,
pressions liées aux droits de douane et
investissements massifs dans l’électrification. Toyota a d’ailleurs
mis en avant sa capacité à « renforcer la structure des résultats »
ainsi que son expérience au sein de Woven, la filiale
technologique du groupe.
Lors de sa prise de parole, Kon a insisté sur sa vigilance
concernant les finances et la nécessité de produire des véhicules de
manière plus efficiente. Un discours logique… Mais qui peut
inquiéter lorsqu’on parle de sportives Toyota à faible
volume.
Les modèles GR dans le viseur ?
Ces dernières années, Toyota a surpris en renouant
avec une vraie culture performance. La Toyota GR Yaris, la GR Corolla et la GR86 ont redonné du crédit à la
division Gazoo Racing. Sans oublier également la GR Supra, dont une remplaçante
est attendue.
Ces voitures ne sont pas des best-sellers mondiaux. Leur intérêt
est ailleurs : image, passion, légitimité technique. Or, dans un
climat où chaque yen investi doit être justifié, les projets à
marges réduites peuvent rapidement être réévalués.
Il serait toutefois prématuré d’annoncer la fin des
sportives Toyota. Koji Sato reste au cœur de
l’organigramme. À compter du 1er avril, il deviendra directeur des
opérations industrielles, un poste nouvellement créé. Sa mission :
développer des partenariats stratégiques, un levier clé dans une
industrie en mutation.
Sato occupe également des fonctions importantes au sein de
la JAMA (Association des constructeurs automobiles
japonais) et du KEIDANREN (Fédération des entreprises japonaises).
Le conseil d’administration a jugé préférable de dissocier ces responsabilités du
rôle de PDG. D’où cette réorganisation.
L’héritage d’Akio Toyoda reste chez Toyota
Impossible d’évoquer l’avenir des sportives Toyota
sans alors citer Akio Toyoda. PDG de 2009 à 2023,
il a profondément transformé l’image de la marque. Sous son
impulsion – et avec le soutien de Sato – Toyota a renoué avec la
passion automobile. Allant même jusqu’à développer des
modèles radicaux comme la GR Yaris, directement inspirée
du rallye.
Toyoda, alias « Morizo » en compétition, a toujours
défendu l’idée qu’une marque généraliste pouvait – et devait –
produire des voitures enthousiasmantes. La nomination de
Kenta Kon s’inscrit donc dans une logique de solidité financière à
long terme.
Toyota doit composer avec une concurrence mondiale féroce, des
investissements colossaux dans les batteries et les logiciels… Et
une pression constante sur les marges. La question n’est
donc pas de savoir si Toyota abandonnera brutalement ses
sportives. Mais plutôt si leur développement sera
optimisé, rationalisé, voire limité. Pour les passionnés, l’enjeu
est clair : Toyota saura-t-il préserver l’ADN GR tout en serrant les
boulons budgétaires ?
Les prochains mois seront décisifs. Car dans un groupe où la finance prend le volant, il faut s’assurer que la passion ne reste pas sur le bas-côté.















