« Nous avons tout fait de travers » : Porsche célèbre 75 ans d’erreurs (+vidéo)
Porsche célèbre 75 ans d'audace en revendiquant ses « erreurs ». Moteur arrière, refroidissement par eau, SUV, électrique. Du marketing habile.
Porsche fait la fête à l'envers. La marque célèbre plus de 75 ans d'« audace » avec une vidéo promotionnelle stylée qui, bien sûr, ne fait que clamer haut et fort son esprit anticonformiste. C'est une opération marketing amusante et habile, du genre « on disait qu'on n'y arriverait pas, mais on l'a fait ». On adore. Même si quelques raccourcis méritent d'être signalés.
Le moteur à l'arrière, la clé à gauche… la signature Porsche
La vidéo s'ouvre sur l'argument le plus emblématique
de la maison. Le moteur à l'arrière d'une voiture de sport.
Une décision prise dès la Porsche 356, entrée en
production en 1948, qui restera le fil conducteur de l'identité de
la marque pendant des décennies.
La 911 n'abandonnera jamais cette philosophie. Même si, à y
regarder de près, chaque génération a discrètement
rapproché le moteur du centre du véhicule. Aujourd'hui, il occupe
une position centrale arrière. Porsche ne l'avouera jamais
publiquement, mais il y a quelque chose d'amusant à observer une
marque fière d'une « erreur » qu'elle corrige
millimètre par millimètre depuis soixante ans.
Cela ne remet pas en cause l'efficacité du concept. Les
911 actuelles sont les plus
rapides et les plus efficaces de l'histoire de la marque.
Mais le mythe de « l'erreur glorieuse » est un peu plus
construit qu'il n'y paraît. Mais on comprend tout à fait la volonté
de la firme de Stuttgart. À savoir, montré qu’ils n’ont pas écouté
tout le monde… Et que cela a bâti la légende de Porsche.
La clé de contact à gauche : la légende du Mans revisitée
La vidéo évoque aussi la position du contacteur
d'allumage, placé à gauche du volant chez Porsche. Du côté
opposé au levier de vitesses. L'explication officielle est
romanesque : lors des départs du Mans à l'ancienne, quand
les pilotes traversaient la piste en courant pour rejoindre leur
voiture, cette configuration permettait de gagner quelques dixièmes
de seconde au démarrage.
Problème : les archives photographiques racontent une autre
histoire. Les images de la 356 de 1948 montrent bien
le contacteur à gauche. Mais selon des rumeurs, cela
tenait probablement à la pénurie de câblage en cuivre dans
l'Allemagne d’après-guerre. Pas à une ambition sportive.
Et lorsque Porsche participa au Mans pour la
première fois en 1951 avec la 356 SL, les photos montrent
que la clé se trouvait... Du même côté que le levier de vitesses.
Ce n'est qu'à partir de la Porsche 907 de 1967, en configuration
conduite à droite, que la disposition gauche devient délibérée. La
légende, c'est plus beau que la réalité. Et Porsche le sait très
bien.
Le Porsche Cayenne, l'absent qui en dit long ?
L'un des moments les plus frappants de la vidéo,
c'est ce qu'elle ne montre pas. Nulle part on n'entend : « On nous
a dit qu'on ne pouvait pas construire un SUV performant ».
C’est pourtant le Cayenne qui a littéralement
sauvé Porsche au tournant des années 2000, quand la marque
traversait l'une de ses périodes les plus fragiles
financièrement.
Le projet avait déchaîné les passions, en interne comme chez les
puristes. Certains juraient que Porsche trahissait son ADN.
Le Cayenne est sorti en 2002 et est devenu rapidement l'un
des modèles les plus vendus de la marque. Contribuant à
financer le développement de la Carrera GT, de la Cayman, et de
toutes les 911 qui ont
suivi.
Ne pas mentionner le Cayenne dans une vidéo sur les « erreurs
glorieuses », c'est probablement la décision la plus
commercialement compréhensible… Et la plus révélatrice de cette
campagne. En fait, Porsche en parle comme d’un
« modèle à quatre portes performant ». Mais pas
réellement comme d’un SUV.

Le refroidissement par eau : la déclaration la plus forte de Porsche
Sur ce point, Porsche est étonnamment direct. La
vidéo cite : « On nous disait qu'on gâcherait tout si on
abandonnait les moteurs refroidis par air. On a répondu que le
progrès n'a pas besoin d’autorisation ».
C'est la réplique la plus franche de l'ensemble du film. Et
c'est aussi celle qui risque de faire grincer des dents une frange
de la communauté Porsche. Car ce sont justement les fans
les plus inconditionnels qui tenaient ces propos. Le
passage au refroidissement par eau sur la 911 de type 996 en 1999 avait
provoqué une onde de choc chez les puristes.
Avec le recul, Porsche a raison. La fin du refroidissement par air
était inévitable face aux normes antipollution. Et les 911
qui ont suivi sont objectivement supérieures en termes de
performances, d'efficacité et de fiabilité. Que Porsche ose le dire
aussi clairement, c'est presque courageux.
Regarder cette vidéo, c'est regarder Porsche dans le
miroir. Et la marque sait exactement comment se tenir devant un
miroir.
L'opération est bien ficelée, le ton est juste, et
les images sont superbes. Elle rappelle à tous pourquoi cette
marque continue de fasciner après plus de 75 ans. Mais elle
choisit soigneusement ses « erreurs ». Ne
retenant que celles qui se sont révélées être des victoires. Ce
n'est pas un reproche. C'est du marketing intelligent.
Et dans le fond, toute marque qui dure 75 ans mérite bien de
réécrire légèrement son histoire.















