Essai - Audi RS e-tron GT Performance (2026) : autres temps, autres mœurs ?
A une époque pas si lointaine, le vaisseau amiral d’Ingolstadt était motorisé par un V10 Lamborghini. Autres temps, autres mœurs : l’électricité a pris les commandes, mais la quête de la performance n’a pas changé au volant de l'Audi RS e-tron GT Performance.
En prenant ce petit déjeuner, je ne pensais pas que j’allais le regretter. Surtout cette troisième tranche de bacon, qui n’était peut-être pas une si bonne idée. Bref, me voici sur l’anneau de Mortefontaine, de bon matin, le ventre plein, avec le volant de l'Audi RS e-tron GT Performance entre les mains.
Audi RS e-tron GT Performance : paré au décollage
Paré au décollage, tous les voyants au vert : piste sèche et
batterie chargée à bloc. La puissance, au juste ? Elle va
crescendo, suivant trois paliers : 748 ch en permanence, 843 ch en
appuyant sur le bouton « Boost » du volant (pendant dix secondes)
et 925 ch avec la procédure de départ rapide Launch Control.
Comptez sur moi pour essayer.
Les deux pieds au plancher, je sens l’Audi se tendre comme un arc
qui s’apprête à décocher sa flèche. 3, 2, 1… les plaquettes
libèrent les disques et tout se précipite. En un quart de seconde,
j’ai un haut-le-cœur et l’estomac qui remonte d’un étage. Les
viscères qui font l’ascenseur et la troisième tranche de bacon qui
tente de rebrousser chemin.
La poussée est tellement forte qu’elle n’est pas simplement
physique, elle est presque inconfortable. L’Audi est prise de démence et
poursuit son ascension vertigineuse : 2’’5 pour passer de 0 à 100
km/h, 5’’2 pour atteindre 160 km/h et moins de 8’’ pour faire
grimper la vitesse à 200 km/h chrono ! En clair, cette berline
accélère presque aussi fort qu’une McLaren 750S, pourtant plus
légère d’une tonne !
La suite est tout aussi spectaculaire, avec un 400 m D.A. avalé en
10’’1 seulement, et un 1 000 m D.A clôturé en 19’’0 tout pile. Soit
une seconde plus vite que la dernière Aston Martin Vantage. Les
capacités de reprise sont du même moule, avec juste 1’’8 pour
passer de 100 à 140 km/h. Vous voyez ces énormes camping-cars qui
roulent au pas de tortue sur la route des vacances ? Pfft, disparus
!
Ce que les chiffres ne montrent pas, en revanche, c’est que la
sensation de poussée est loin d’être aussi agréable que celle des
autos à moteur thermique. Disons que lorsqu’un V8 s’énerve, on en
redemande, mais ici, on a envie que ça se termine. Sans vibrations
graduelles ni tempo crescendo, la poussée a beau être
démonstrative… elle n’est pas addictive. En d’autres mots, ça
brasse le ventre plus que ça prend aux tripes. Même s’il faut
avouer que rabattre le caquet d’un porschiste un peu trop confiant
n’a rien de déplaisant.
Audi RS e-tron GT Performance : bonne conduite
En matière de tenue de route, l’Audi e-tron est beaucoup mieux
maintenue au sol et bien plus rigide qu’une Tesla Model S Plaid.
Tout en étant infiniment mieux amortie. Notre modèle d’essai,
équipé de l’option « suspension active », digère les bosses et
garde une parfaite stabilité, là où la Tesla donnerait l’impression
de se démantibuler en planant gravement.
Le fait est que catapulter une telle masse ne semble pas poser
autant de soucis à Audi. Avec un centre de gravité très bas et une
bonne répartition entre essieux, l’e-tron GT offre un feeling de
conduite convaincant. Son comportement est sain et équilibré, avec
une direction beaucoup moins avare en remontées d’informations que
celle de la Tesla Plaid.
L’Audi est, par ailleurs, moins précise qu’une Porsche Taycan Turbo
S en virage, mais plus confortable. Son guidage est très concluant
et son adhérence atteint un niveau exceptionnel. Il en ressort une
efficacité réelle, qui n’a finalement pas grand-chose à envier aux
Taycan ou Panamera les plus affûtées. Quant aux garde-fous
électroniques, ils se révèlent fonctionnels sans être
envahissants.
Audi RS e-tron GT Performance : pourrait-elle détrôner la S8 ?
Ce qui ne répond pas à la question du plaisir de conduire :
l’e-tron GT pourrait-elle détrôner la S8, par exemple ? En ce qui
nous concerne, nous gardons une nette préférence pour les trajets
en limousine thermique. Mais il faut reconnaître que cette RS GT
est probante. Ne serait-ce que pour bénéficier de cette capacité à
se téléporter, tout en étant plongé dans un habitacle à la finition
exemplaire.
Sans parler d’autres détails qui comptent au quotidien, comme le
maintien latéral des sièges, là où une Tesla vous centrifuge en
vous posant sur des strapontins. Ou encore l’ergonomie sans faille,
qui donne l’impression de commander une vraie voiture, et non un
ordi. Alors finalement… éprouve-t-on le plaisir que l’on est en
droit d’attendre à bord d’une Audi RS ?
Pas tout le temps, mais cela ne l’empêche pas d’offrir des moments
épiques. Comme ces plaisirs ponctuels, qui consistent à enchaîner
une série de virages à la vitesse grand V ou encore à distancer un
SUV un peu trop collant en deux temps trois mouvements. Reste la
question de la constance des performances à mesure que la batterie
monte en température.
Nos mesures témoignent, en effet, d’une baisse de la vitesse
d’accélération en cas de sollicitations répétées. L’autonomie étant
également un point de crispation, comme sur la quasi-totalité des
voitures électriques, sauf rares exceptions. C’est ce qui fait
toute la différence entre la théorie et la pratique, où l’on ne
tombe jamais de 100 à 0 % d’énergie.
Le freinage, quant à lui, s’avère relativement efficace pour la
catégorie. Nos mesures font état de 149 m pour passer de 200 km/h à
l’arrêt complet. Et ce, avec un système en acier classique chez
Audi. Rappelons que la Tesla Model S Plaid exige impérativement de
recourir à l’option « céramique » pour pallier l’insuffisance de
ses disques sous-dimensionnés qui la rendent potentiellement
dangereuse.
L'avis de Laurent Chevalier : 4/5
Si je devais faire un choix, honnêtement, je préférerais rouler en S8 plutôt qu’en RS e-tron GT. Mais il faut quand même reconnaître qu’Audi réussit son pari. Grâce à une qualité de construction infiniment supérieure à celle de la Tesla Model S Plaid par exemple. Et à un amortissement actif optionnel très convaincant.
Audi RS e-tron GT Performance : fiche technique
- Moteurs : 2 électriques synchrones à aimants permanents (1 par essieu)
- Puissance : 748 ch (843 ch avec bouton Boost/925 ch en mode Launch Control)
- Couple maxi : 104,7 mkg
- Capacité batterie (brute/nette) : 105/97 kWh
- Autonomie annoncée : 559 km
- Transmission : intégrale, boîte 2 vitesses à l’arrière
- Antipatinage/autobloquant : de série déconnectable/mécanique
- Poids annoncé : 2 395 kg
- Rapport poids/puissance : 3,2 kg/ch (2,6 en mode Launch Control)
- L - l - h : 4 989 - 1 960 - 1 414 mm
- Empattement : 2 900 mm
- Voies AV/AR : 1 690/1 655 mm
- Pneus AV & AR : 265/35 & 305/30 R 21
- Prix de base : 175 350 €
- Options/malus : 27 000/0 €
- Prix du modèle essayé : 202 350 € (malus compris)
- V. max. : 250 km/h (autolimitée)
- 0 à 100 km/h : 2’’5 (37 m)
- 0 à 160 km/h : 5’’2 (134 m)
- 0 à 200 km/h : 7’’9 (375 m)
- 400 m D.A. : 10’’1 (222 km/h)
- 1 000 m D.A. : 19’’0 (246 km/h)
- 100 à 140 km/h en Drive : 1’’8 (58 m)
- Freinage de 200 à 0 km/h : 149 m (5’’3/1,1 G)
Retrouvez notre essai de l'Audi RS e-tron GT Performance dans le Sport Auto n°769 du 30/01/2026.














