Supertest - Toyota GR Supra A90 Final Edition : sur le grill du Vigeant, une autre dimension ! (+ images)
Il y a quelques mois, la prise en main de la Toyota Supra Final Edition a laissé à Sport Auto un arrière-goût de trop peu. Cela méritait bien un Supertest. Et il n’était que temps, car cette série spéciale est déjà pratiquement écoulée !
Cela fait à peine plus de deux heures que nous avons pris
possession de notre Supra A90 Final Edition, mais mon passager, le
photographe Tibo, et moi décidons de faire une pause sur une aire
d’autoroute afin d’accorder un peu de répit à nos colonnes
vertébrales. En effet, entre ses suspensions sèches et ses baquets
carbone moelleux comme des bancs d’église (et aux dossiers
verticaux et non réglables), la Toyota n’est pas vraiment
tendre.
Même s’installer et s’extraire de l’habitacle est source de
souffrance, les flancs des sièges étant très saillants. Pour ne
rien arranger, la direction nerveuse oblige à une concentration de
tous les instants pour ne pas changer de file au moindre
éternuement. Autant dire que les quelque 380 km qui séparent la
rédaction de votre journal préféré du circuit du Vigeant m’ont
rarement paru aussi longs !
Pendant que je me console en dégustant quelques biscuits au
chocolat (comme le dit Tibo : « C’est toujours l’heure du goûter
quelque part »), j’en profite pour détailler les lignes de cette
série ultra‑limitée : 300 exemplaires dans le monde, 100 pour
l’Europe… et seulement 5 pour la France, pratiquement déjà tous
attribués, à moins, d’après le configurateur Toyota, de gagner à
un… tirage au sort ! Cette exclusivité et les réelles modifications
apportées à l’auto aident à justifier un tarif costaud (144 000 €
hors malus de 80 000 €).
Toyota GR Supra A90 Final Edition : 6 cylindres en ligne
Visuellement, la Supra A90 Final Edition se reconnaît à sa
peinture noir mat, à ses jantes en alliage forgées de 19 et 20
pouces, ainsi qu’à ses nombreux éléments en carbone : « moustaches
» aérodynamiques sur le bouclier avant, prise d’air sur le capot
(amovible pour améliorer le refroidissement) ou encore aileron
arrière XL.
Sur le plan technique, les modifications sont encore plus
considérables, avec une caisse rigidifiée, des suspensions revues
adoptant des combinés filetés réglables KW et de nouveaux triangles
inférieurs à l’avant, des freins XXL à durits aviation, des pneus
Michelin Pilot Sport Cup 2 plus grands et une mécanique boostée.
Modifié en ce qui concerne l’admission et le circuit de
refroidissement, doté d’un calculateur reprogrammé et d’un
échappement Akrapovic, le moteur d’origine BMW revendique désormais
pas moins de 441 ch.
Ce qui en fait, soit dit en passant, l’évolution la plus puissante
du 6 cylindres « B58B30 ». Précision d’importance : puriste
jusqu’au bout des jantes, la Supra A90 Final Edition n’existe
qu’avec une boîte manuelle à 6 rapports. Au terme de cette brève
pause, nous nous réinstallons en grimaçant à bord et reprenons la
route.
Après les voies rapides viennent les petites départementales, où la
Supra dévoile un équilibre plaisant, une direction précise et une
belle franchise à l’inscription en courbe. En outre la mécanique
impressionne par sa souplesse, avec une sixième qui fait office de
rapport à tout faire. Tant mieux, car la commande, un peu lente en
conduite coulée, impose de bien décomposer les mouvements.
Par ailleurs, la course d’embrayage longue ne facilite pas les
évolutions à basse vitesse. En tout cas, rien à dire côté
performances : il « envoie », ce 6 en ligne ! Il est vrai qu’en ces
temps où la moindre sportive électrifiée tutoie, voire dépasse, les
2 tonnes, la Toyota fait figure de ballerine, avec 1 526 kg mesurés
sur notre balance.
Le paradis ? Pas tout à fait ! En effet, la Supra se fait chahuter
par ces routes bosselées : elle bondit de droite à gauche au gré du
relief, talonne sur les plus gros cassis et secoue ses passagers
comme des pruniers. Moi qui pensais que la nipponne trouverait là
un terrain de jeu parfait, j’en suis pour mes frais !
De son côté, Tibo grimace de plus en plus et n’a qu’une hâte :
arriver à destination. Après un dernier arrêt pour faire le plein
d’essence afin d’être fin prêts pour la session circuit, son vœu
est enfin exaucé. Nous nous couchons fatigués mais d’humeur
joyeuse, d’autant que la météo du lendemain s’annonce radieuse.
Toyota GR Supra A90 Final Edition : radicale !
Le ciel est d’un bleu immaculé en ce matin de septembre, et le
mercure devrait atteindre des températures inhabituelles pour la
saison. Nous ne boudons donc pas notre bonheur, mais Christophe,
notre pilote favori, préfère attendre un peu avant de se lancer
dans les tours chrono, jugeant la piste encore trop fraîche.
Tibo et son collègue Laurent attaquent alors les photos, ce qui
m’oblige à monter et descendre à plusieurs reprises de la Supra,
chose rendue assez désagréable par ces sièges baquets. Pour sûr,
ils en jettent et maintiennent fort bien le corps. Mais pourquoi ne
pas avoir étendu les coussinets jusque sur les flancs, histoire
d’offrir un accès un peu moins inconfortable ?
Voilà qui apparaît d’autant plus regrettable que l’ergonomie ne
souffre guère de critique et que l’habitacle présente bien, avec
ses beaux sièges aux tissus contrastés (rouge côté conducteur, noir
côté passager) et sa planche de bord tendue d’Alcantara. En
revanche, l’écran tactile se révèle petit et peu intuitif, rendant
pénibles certaines manipulations comme la coupure des agaçants bips
de survitesse. Ah, et puis on aurait aussi aimé avoir Android Auto
(seul Apple CarPlay est proposé)…
Sylvain vient me sortir de mes pensées, car il est temps de confier
la Supra aux bons soins de Christophe. En seulement deux tours, le
verdict tombe : 1’47’’91. Un chrono plus que correct, puisque notre
humble Toyota fait jeu égal avec des pointures comme la BMW M2,
l’Alpine A110 R (chaussée en Cup 2 R) ou la Porsche 911 Carrera
T.
En tout cas, Christophe apparaît visiblement impressionné, et me
livre un débriefing inhabituellement prolixe ! Serait-il tombé sous
le charme ? Au sortir de l’auto, il recule de quelques pas : «
Je ne l’avais pas bien regardée avant de monter dedans ! Elle n’a
pas l’air très grande. » Effectivement, elle mesure moins de
4,40 m de long.
« C’est agressif ! Avec le long capot, t’as l’impression
qu’elle a un 12 cylindres en ligne ! Mais c’est différent de ce que
l’on trouve d’habitude sur les track days. J’aimerais y voir plus
de ce genre de voiture, c’est atypique. » Désolé, Christophe,
mais avec seulement cinq exemplaires vendus dans l’Hexagone, il y a
peu de chances d’en croiser une autre !
Toyota GR Supra A90 Final Edition : infatigable
A mon tour d’aller tester la Supra sur le circuit ! Malgré mes
grandes guiboles, la (très) longue course d’embrayage m’oblige à
avancer mon siège un peu trop près de la planche de bord à mon
goût, mais l’amplitude de réglage de la colonne de direction
compense ce léger désagrément. Premier virage, boum, l’auto plonge
à la corde.
Remise des gaz, la voiture s’écrase sur son train arrière et
s’extrait prestement en décrivant un arc très progressif. Les
virages s’enchaînent, avec sans doute un brin plus de roulis que ce
à quoi je m’attendais, mais ça passe, et plutôt fort ! Surtout, la
motricité impressionne : sur le sec, le train arrière ne « vient »
pas aux gaz, il se contente d’enrouler pour resserrer la
trajectoire.
L’équilibre est patent, l’efficacité étonne. Plein partout, le
moteur incite à garder la troisième dans les virages moyens, tandis
que la boîte se révèle coopérative lorsque l’on veut passer les
rapports en vitesse, bien aidé en cela par un système de
talon-pointe automatique impossible à prendre en défaut. Les freins
n’éblouissent pas par leur mordant, mais assurent leur office avec
régularité et endurance, avec une pédale dont la consistance ne
variera pas de la journée.
Seuls quelques grognements et vibrations se font entendre quand ça
chauffe trop. Les tours s’enchaînent, et la Supra semble
infatigable ! Au bout d’un moment, tout de même, on sent le train
arrière devenir un peu plus léger, et il finit par se dérober au
virage de la Passerelle. Oh, trois fois rien : une petite virgule
facile à rattraper. Pas piégeuse pour un sou, cette Supra !
Les meilleures choses ayant une fin, il faut plier bagage
(opération aisée d’ailleurs, le coffre étant étonnamment spacieux)
et prendre la route du retour. Echaudés par la journée d’hier, Tibo
et moi appréhendons ce trajet. Mais il se déroule finalement plutôt
bien. La Supra chahute effectivement un peu trop sur petites
routes, mais elle parvient à conserver le cap.
Oui, ses sièges restent inconfortables, mais en déplaçant son séant
de quelques millimètres d’un côté ou de l’autre, on arrive à
atténuer les crampes. C’est comme si l’on prenait la mesure de
cette Supra : physique, mais gratifiante. J’apprends également à la
conduire avec économie de mouvements, du bout des doigts, afin de
ne pas la sursolliciter sur voies rapides. Somme toute, cette A90
Final Edition apparaît certes imparfaite, mais aussi diablement
attachante. Bon, sur ce, je vous laisse, j’ai rendez-vous chez mon
kiné !
L'avis de Sport Auto : 5/5
Elle est comme ça, la Supra A90 Final Edition : elle paraît plutôt revêche au premier abord. Mais une fois que l’on s’y est habitué, elle dévoile un caractère étonnamment conciliant et même un tempérament primesautier fort attachant. Exigeante sur route, elle prend toute sa dimension sur circuit, où elle fait preuve d’un très bel équilibre et d’une belle endurance. Quant au tarif fort élevé, c’était le prix de l’exclusivité, et ça n’a pas empêché les quelques exemplaires produits d’être rapidement vendus.
Toyota GR Supra A90 Final Edition : sa fiche technique
- Moteur : 6 en ligne, turbo, 24 S
- Position : AV, longitudinale
- Cylindrée : 2 998 cm3
- Alésage x course : 82 x 94,6 mm
- Rapport volumétrique : 10,2
- Régime maxi : 7 000 tr/mn
- Puissance maxi : 441 ch à 6 000 tr/mn
- Puissance au litre : 147 ch/l
- Couple maxi : 58,2 mkg à 4 500 tr/mn
- Couple au litre : 19,4 mkg/l
- Transmission :roues AR, 8 rapports auto
- Autobloquant : de série, mécanique
- Antipatinage : de série, déconnectable
- Suspension AV/AR : MacPherson, barre antiroulis/essieu multibras, barre antiroulis
- Direction : crémaillère, assistance électrique variable
- Tours de volant/diamètre de braquage : 2,1/10,4 m
- Freins AV/AR : disques ventilés, étriers fixes à 4 pistons/disques ventilés, étriers flottants monopistons
- Antiblocage : de série
- Poids constructeur/contrôlé : 1 520/1 526 kg
- Répartition AV/AR : 52/48 %
- Rapport poids/puissance : 3,5 kg/ch
- L - l - h : 4 379 - 1 867 - 1 276 mm
- Empattement : 2 470 mm
- Voies AV/AR : 1 595/1 585 mm
- Réservoir : 52 l
- Pneus AV & AR : 265/35 R 19 & 285/30 R 20
- Prix de base : 144 000 €
- Options/malus : 0/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 224 000 € (malus compris)
Retrouvez notre Supertest de la Toyota GR Supra A90 Final Edition dans le Sport Auto n°769 du 30/01/2026.














