Ferrari Luce : l'acheter pour avoir droit aux édition spéciales : bonne ou mauvaise idée ?
Acheter la Ferrari Luce électrique à 550.000 euros pour accéder aux futures séries spéciales : la stratégie séduit certains collectionneurs.
Et si la première Ferrari électrique servait surtout de sésame ? Selon une enquête de Bloomberg, certains collectionneurs achèteraient la Luce, facturée 550.000 euros au minimum non pas pour ses qualités… Mais pour gravir les échelons de la fameuse liste d'attente du constructeur. Une tactique qui interroge autant qu'elle fascine.
La Luce, un ticket d'entrée pour les modèles d'exception
Ferrari avait dit « non ». La Luce ne doit
pas être une étape obligatoire pour acheter les Ferrari les plus
rares. Mais il y a de quoi finalement se poser la
question. Disons que le principe a de quoi surprendre.
D'après Bloomberg, qui a recueilli les
témoignages de plus d'une demi-douzaine d'acheteurs, de l'Italie à
la Chine, Ferrari aurait fait comprendre à plusieurs de ses
clients que commander la Luce renforcerait leur relation avec la
marque. Or, chez Ferrari, cette relation conditionne
tout.
Le constructeur de Maranello produit volontairement moins de
voitures qu'il ne pourrait en vendre. Et réserve donc
ses modèles les plus convoités à ses fidèles. Posséder la Luce
deviendrait ainsi un moyen de rester parmi les clients
prioritaires, ceux qui reçoivent l'appel tant attendu
lorsqu'une série limitée ou une hypercar voit le jour.
Un acheteur cité par Bloomberg raconte que Ferrari a clairement
souligné l'importance de prendre la voiture pour conserver son
rang. La marque, de son côté, dément encourager de tels achats.
Elle affirme privilégier les clients de longue date pour ses allocations. Mais invite chacun à choisir un modèle selon ses goûts, et non dans l'espoir d'un avantage futur.
Le « truc » Rolex appliqué à l'automobile
Cette mécanique n'a rien d'inédit dans l'univers du
luxe. Rolex en a fait une
science. Pour espérer décrocher une Daytona en acier,
introuvable en boutique, mieux vaut avoir déjà acheté plusieurs
montres plus accessibles chez son concessionnaire.
Hermès applique la même logique avec ses sacs Birkin. La
nuance, dans le cas Ferrari, c'est que la Luce ne serait pas la
récompense. Mais le marchepied. Le conseiller en voitures
de collection Max Girardo compare l'exercice à la réservation d'une
table dans un restaurant impossible d’accès… Endroit où les
habitués finissent toujours par être servis.
La fidélité, plus que l'argent, ouvre les portes. Et
l'électrique inaugurale de
Ferrari semble s'être glissée dans cet escalier de
privilèges. Au point même de devenir un outil de
fidélisation à part entière… Bien au-delà de son simple statut de
voiture électrique.
Reste que la stratégie pourrait se retourner contre tout le monde.
La Luce n'a pas été accueillie dans l’enthousiasme. Loin de là.
La Luce est-elle vraiment détestée ?
« La plupart des gens semblent détester la
voiture et la trouvent moche », reconnaît sans détour Paul
Welch, fondateur de la plateforme d'actifs
de luxe MillionPlus. Son style n'est clairement pas
l'argument de vente. « Certains envisagent de
l'acheter juste pour accéder aux futures voitures et grimper dans
la liste d’attente. Beaucoup jouent à ce jeu »,
ajoute-t-il.
Le danger est double. Un collectionneur en quête d'une
hypercar Ferrari pourrait débourser 550.000 euros pour une
électrique qui ne le séduit pas. Sans aucune garantie
d'obtenir ensuite la précieuse allocation. Et si le scénario se
répétait, la Luce risquerait de se forger une réputation peu
flatteuse. Celle d'une voiture qui déçoit aussi bien les acheteurs
que la marque.
Pour qui rêve de figurer parmi l'élite des clients Ferrari,
miser sur la Luce peut sembler un investissement
stratégique. Voire, une façon de prendre date avec Maranello. Mais c'est
un pari à l'aveugle, coûteux et sans certitude de retour.
Acheter une voiture que l'on n'aime pas dans l'espoir d'en obtenir une autre relève autant du calcul que du coup de poker. La vraie question est peut-être ailleurs. À force de transformer ses clients en joueurs, Ferrari ne prend-elle pas le risque d'écorner la passion qui fait justement toute la valeur de ses modèles ?















