Ferrari Luce : l'acheter pour avoir droit aux édition spéciales : bonne ou mauvaise idée ?

Publié le 19 juin 2026 à 13:30
Ferrari Luce : l'ancien PDG de la marque la trouve « laide » et pense que même les chinois ne la copieront pas

Acheter la Ferrari Luce électrique à 550.000 euros pour accéder aux futures séries spéciales : la stratégie séduit certains collectionneurs.

Et si la première Ferrari électrique servait surtout de sésame ? Selon une enquête de Bloomberg, certains collectionneurs achèteraient la Luce, facturée 550.000 euros au minimum non pas pour ses qualités… Mais pour gravir les échelons de la fameuse liste d'attente du constructeur. Une tactique qui interroge autant qu'elle fascine.

La Luce, un ticket d'entrée pour les modèles d'exception

Ferrari avait dit « non ». La Luce ne doit pas être une étape obligatoire pour acheter les Ferrari les plus rares. Mais il y a de quoi finalement se poser la question. Disons que le principe a de quoi surprendre.
D'après Bloomberg, qui a recueilli les témoignages de plus d'une demi-douzaine d'acheteurs, de l'Italie à la Chine, Ferrari aurait fait comprendre à plusieurs de ses clients que commander la Luce renforcerait leur relation avec la marque. Or, chez Ferrari, cette relation conditionne tout.
Le constructeur de Maranello produit volontairement moins de voitures qu'il ne pourrait en vendre. Et réserve donc ses modèles les plus convoités à ses fidèles. Posséder la Luce deviendrait ainsi un moyen de rester parmi les clients prioritaires, ceux qui reçoivent l'appel tant attendu lorsqu'une série limitée ou une hypercar voit le jour.
Un acheteur cité par Bloomberg raconte que Ferrari a clairement souligné l'importance de prendre la voiture pour conserver son rang. La marque, de son côté, dément encourager de tels achats.

Elle affirme privilégier les clients de longue date pour ses allocations. Mais invite chacun à choisir un modèle selon ses goûts, et non dans l'espoir d'un avantage futur.

Le « truc » Rolex appliqué à l'automobile

Cette mécanique n'a rien d'inédit dans l'univers du luxe. Rolex en a fait une science. Pour espérer décrocher une Daytona en acier, introuvable en boutique, mieux vaut avoir déjà acheté plusieurs montres plus accessibles chez son concessionnaire.
Hermès applique la même logique avec ses sacs Birkin. La nuance, dans le cas Ferrari, c'est que la Luce ne serait pas la récompense. Mais le marchepied. Le conseiller en voitures de collection Max Girardo compare l'exercice à la réservation d'une table dans un restaurant impossible d’accès… Endroit où les habitués finissent toujours par être servis.
La fidélité, plus que l'argent, ouvre les portes. Et l'électrique inaugurale de Ferrari semble s'être glissée dans cet escalier de privilèges. Au point même de devenir un outil de fidélisation à part entière… Bien au-delà de son simple statut de voiture électrique.
Reste que la stratégie pourrait se retourner contre tout le monde. La Luce n'a pas été accueillie dans l’enthousiasme. Loin de là.

La Luce est-elle vraiment détestée ?

« La plupart des gens semblent détester la voiture et la trouvent moche », reconnaît sans détour Paul Welch, fondateur de la plateforme d'actifs de luxe MillionPlus. Son style n'est clairement pas l'argument de vente. « Certains envisagent de l'acheter juste pour accéder aux futures voitures et grimper dans la liste d’attente. Beaucoup jouent à ce jeu », ajoute-t-il.
Le danger est double. Un collectionneur en quête d'une hypercar Ferrari pourrait débourser 550.000 euros pour une électrique qui ne le séduit pas. Sans aucune garantie d'obtenir ensuite la précieuse allocation. Et si le scénario se répétait, la Luce risquerait de se forger une réputation peu flatteuse. Celle d'une voiture qui déçoit aussi bien les acheteurs que la marque.
Pour qui rêve de figurer parmi l'élite des clients Ferrari, miser sur la Luce peut sembler un investissement stratégique. Voire, une façon de prendre date avec Maranello. Mais c'est un pari à l'aveugle, coûteux et sans certitude de retour.

Acheter une voiture que l'on n'aime pas dans l'espoir d'en obtenir une autre relève autant du calcul que du coup de poker. La vraie question est peut-être ailleurs. À force de transformer ses clients en joueurs, Ferrari ne prend-elle pas le risque d'écorner la passion qui fait justement toute la valeur de ses modèles ?

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À propos de l’auteur
Hugo Quintal
Hugo Quintal
Passionné d'automobile depuis le plus jeune âge, je me suis spécialisé dans le journalisme auto lors de mes études. Mon truc à moi ? Les nouveautés, les technologies, la performance... Des passions dans la passion que j'ai découvertes en essayant tout ce qui roule sur cette planète. Quand je n'écris pas et que je ne suis pas derrière un volant... Je suis sur l'eau, en Kite ou en Wakeboard.
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