L'incroyable histoire de l'employé qui a failli bouleverser le destin de McLaren

Publié le 21 juin 2026 à 12:00
L'incroyable histoire de l'employé qui a failli bouleverser le destin de McLaren

En 2007, dans une simple papeterie près de Woking, un fan de Ferrari tombe sur 780 pages très sensibles. Son geste va plonger McLaren au cœur du Spygate.

On est en 2007, dans une petite papeterie du Surrey rural. Un employé se voit confier un énorme dossier à numériser sur CD. En feuilletant les premières pages, il comprend vite : dessins techniques, graphiques, tableaux… tout porte le logo du cheval cabré de Ferrari. Sans le savoir, ce salarié vient de mettre la main sur le cœur d’une monoplace de Formule 1.

Ces 780 pages ne sont pas de simples photocopies : ce sont les secrets de la Ferrari F2007, arrivés là via un ingénieur de Maranello passé chez le rival McLaren. L’e‑mail que l’employé va envoyer à Ferrari déclenche une chaîne d’événements qui aboutira à l’exclusion de McLaren du championnat constructeurs 2007 et à une amende record de 100 millions de dollars.

Dans la papeterie de Woking, un fan de Ferrari brise le silence

Le dossier arrive par l’intermédiaire de Trudy Coughlan, épouse de Mike Coughlan, concepteur en chef de McLaren, venue le faire numériser dans une boutique de Woking, tout près de l’usine de l’écurie. L’employé, lui, est un passionné de F1 et surtout un grand fan de Ferrari. En scannant les pages, il mesure le caractère ultra sensible de ce qu’il a sous les yeux.

Il effectue pourtant la prestation, édite une facture bien détaillée… puis prend une décision qui va peser des tonnes. Il envoie un courriel à l’adresse générale de la Scuderia Ferrari en Italie pour signaler qu’une personne semble détenir illégalement des documents confidentiels. À Maranello, l’alerte est prise au sérieux : le service juridique déclenche la procédure interne d’urgence.

Des frustrations chez Ferrari au chantage de Fernando Alonso

L’histoire commence quelques mois plus tôt. L’ingénieur britannique Nigel Stepney, pilier de l’ère Schumacher, espérait une promotion après le départ du concepteur Rory Byrne. Il se juge mis à l’écart, se sent trahi et copie alors environ 780 pages d’informations techniques sur la nouvelle Ferrari dans son ordinateur portable. Il remet un dossier imprimé à son ami Mike Coughlan, avec l’idée de changer d’écurie ensemble.

Les soupçons de Ferrari se cristallisent quand une poudre blanche est retrouvée près du réservoir d’essence de la voiture de Felipe Massa avant le Grand Prix de Monaco. Stepney est licencié, son appartement perquisitionné, son ordinateur saisi. Les relevés téléphoniques feront ensuite apparaître 288 textos et 35 appels entre Stepney et Coughlan. Chez McLaren, les pilotes Fernando Alonso et Pedro de la Rosa échangent aussi des e‑mails truffés de données venues de Ferrari. Frustré de ne pas être traité en numéro un face à Lewis Hamilton, Alonso menace Ron Dennis de tout révéler à la Fédération internationale s’il ne revoit pas la hiérarchie interne.

Spygate : une sanction record pour McLaren, un héros resté anonyme

Selon la FIA, la première audience de l’été 2007 conclut d’abord que McLaren ne peut être tenue pour responsable, Coughlan étant présenté comme un électron libre. Les nouvelles preuves fournies ensuite, notamment les échanges d’Alonso et de la Rosa, montrent pourtant que des informations sensibles ont circulé au sein de l’écurie. Les communications entre Stepney et Coughlan, où la source chez Ferrari est décrite comme une taupe, achèvent de convaincre les juges sportifs.

En septembre, McLaren est exclue du championnat du monde des constructeurs 2007 et condamnée à verser 100 millions de dollars, soit l’équivalent de plusieurs dizaines de millions d’euros, une des plus lourdes amendes de l’histoire du sport. Nigel Stepney sera reconnu coupable de sabotage et d’espionnage industriel en Italie et condamné à 20 mois de prison avec sursis, avant de mourir en 2014 après avoir été percuté par un camion sur une autoroute britannique. Mike Coughlan quitte la F1 pour poursuivre sa carrière en NASCAR. L’employé de la papeterie, lui, recevra les remerciements de Ferrari mais restera anonyme, discret acteur clé de l’affaire d’espionnage McLaren Ferrari 2007, aussi appelée Spygate.

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À propos de l’auteur
Lucas Brenot
Lucas Brenot
J’aime l’automobile pour ce qu’elle apporte concrètement : la sensation de conduite, le plaisir d’un moteur bien réglé, le soin apporté à un intérieur. J’ai grandi avec des voitures autour de moi, et c’est resté une vraie curiosité au quotidien.
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