Bentley Continental Supersports (2017) : l'essai !

ESSAI. Turbos plus gros. Échappement plus libre. W12 plus puissant. La Continental Supersports adore les superlatifs. Mais son patronyme n'est-il pas usurpé ?
À Crewe, il n'y a jamais eu si rapide, ni plus puissant. En
devenant Supersports, la plantureuse Continental veut-elle endosser
un autre rôle que celui pour lequel elle est née ? Nous ne l'avons
jamais caché : l'anglaise est aux coupés quatre places ce que le
Dom Perignon est au champagne ou le Double Whooper à la junk food.
Une référence, la reine sur son trône.
Dans la conscience collective, Bentley est synonyme de luxe, pas de
sport. Il paraît alors incongru de vouloir accoler les deux termes
côte à côte. Pourtant, Bentley n'en est pas à son coup d'essai et
il y eut déjà, en 2009, une Supersports. A l'époque, le tank
n'avait que deux places.
Plus de 700 ch...
En 2015, Bentley sortait même la GT3 R (vidéo de l'essai par ici), une série
rendant hommage aux bolides s'alignant en championnat de Grand
Tourisme et inaugurant le Torque Vectoring. Bon, GT3 R, à Crewe,
c'est quand même une plaisanterie à plus de deux tonnes (contre 1
200 kg pour la voiture de course). Et dans le cas de la Supersports
2017, on est même très au-dessus : 2 280 kg, sans quiconque à bord,
ça va de soi. « C'est pourtant la Continental GT la plus légère
jamais produite . » Chez Lotus, on doit se bidonner... « La
Supersports est 40 kg plus légère que la Speed et, à équipement
équivalent (la première génération est née avec simplement deux
baquets), elle est même 23 kg moins lourde que le modèle de 2009 »,
précise Paul Jones, le responsable de la gamme Continental. Alors
pour donner le change aux bizarreries poids plume de Sa Majesté,
Bentley mise avant tout sur le moteur. Douze pistons, étrangement
placés en V qui se croisent lorsqu'on les regarde de face (angle de
15°) et une cylindrée de bateau, 6 litres. Cette pièce
pachydermique, on la connaît depuis un bout de temps et elle est
toujours dans cette fâcheuse position : en porte-à-faux avant.
Sur une 911, avec deux fois moins de cylindres et de cylindrée, le
conducteur perçoit déjà ce drôle d'équilibre, alors on craint le
pire avec cette Super Continental. Nous y reviendrons. Le W12 subit
peu de changements. Les éléments mobiles sont identiques à la Speed
et seuls les coussinets de bielles et les paliers ont été changés.
Ce moteur fait 65 cm de long, ce qui, ramené au nombre de
cylindres, est vraiment tout petit. « On s'est amusé à calculer que
ce bloc, dont tout le monde dit qu'il est trop gros, développe
quand même 1,1 ch/mm », se gausse Sir Jones. C'est sûr que présenté
comme ça, une DS 3 Performance devrait avoir un moteur d'à peine 19
cm (ce qui n'est pas la cas même si ce n'est pas la taille qui
compte). En 2009, la Supersports faisait 630 ch et à l'époque, nul
ne se plaignait de sa paresse. Alors imaginez la sensation
ressentie avec 80 ch et 22 mkg de plus. Pour dépasser les 700 ch,
deux nouveaux turbos, soufflant jusqu'à 1,4 bar, font leur
apparition. «Ceux de la Speed ne pouvaient tout simplement pas aspirer
suffisamment d'air pour atteindre la puissance escomptée »,
explique Paul Jones. Les nouveaux ont un diamètre au niveau de la
turbine de 77 mm et ne seraient pas beaucoup plus lourds que les
autres, mis au rebut sans pour autant que Paul nous communique
l'écart de poids.
Découvrez la vidéo de l'essai de la Bentley Continental Supersports 2017.
Action, réaction
Mais aussi impressionnantes que soient les mises en vitesse, ce
bloc demeure de l'artillerie lourde qui manque cruellement de
noblesse. Le bourre-pif est immédiat, les 200 km/h passés en moins
de temps qu'il ne faut pour y songer mais sur le plan de l'émotion,
on est aux antipodes d'un V12 d'Aventador ou de Vanquish S. La faute à la suralimentation ? En
majeure partie oui, car l'échappement en titane (optionnel, - 5 kg)
suscite systématiquement le sourire, voire l'hilarité à bord. Mais
que voulez-vous : ce punch immédiat, ce n'est pas mon truc. Entre 2
000 et 5 000 tr/mn, la courbe de couple est désespérément plate. Au
final, il y a comme un décalage entre l'ambiance cossue et les
directs assénés à la moindre accélération. La Supersports, deuxième
du nom n'aurait besoin que de 3''5 pour franchir les 100 km/h. Vu
l'empreinte que laisse la gomina sur le logo de l'appuie-tête,
c'est plus que crédible.
Même si cette valeur est un exploit (cf. le poids du paquebot et
l'âge du capitaine). Bref : cette Continental n'accélère pas, elle
expédie (le rupteur intervient à 6 200 tr/mn). Et ses besoins en
termes de refroidissement sont proportionnels. Les traits plutôt
élégants de la GT en prennent un sacré coup. Boucliers,
aileron, prises d'air sur le capot : la panoplie peut paraître too
much pour une Bentley. Et ce n'est pas les jantes de 21 pouces
abritant à grand-peine des disques carbone/carbure de silicium (de
420 mm à l'avant) qui calment le jeu. La Supersports est-elle super
sport à conduire ? Parlons de ce qui nous a séduit : le torque
vectoring. Celui-ci ne fonctionne que lorsque l'électronique veille
au grain mais son efficacité est probante. Et pour en juger,
direction le circuit d'Estoril. Le bourre-pif est immédiat, les 200
km/h passés en moins de temps qu'il n'en faut pour y songer. La
Supersports n'accélère pas, elle expédie ! Voici un aperçu de ses
capacités en vidéo : Bentley Continental Supersports à l'essai.
Très vite, pas longtemps
Une Bentley sur un circuit technique comme celui-ci, c'est
incongru. Mais aussi bizarre que cela paraît, le majestueux coupé
ne s'en est pas mal sorti. Dans la longue parabolique de Senna qui
conditionne la ligne droite, les coups de freins ciblés (l'effet
torque vectoring) pour aider l'auto à se stabiliser et ne pas
dévier de sa trajectoire est saisissant. Les plaquettes mordent
légèrement, facilitant et optimisant l'inscription. Et lorsqu'on
débranche le contrôle de trajectoire, on se retrouve avec un avant
beaucoup trop sous-vireur. Une fois n'est pas coutume, mieux vaut
garder les aides branchées pour s'amuser. Sur route ouverte, la
Supersports gère mal les enchaînements de courbes, avec une détente
mal maîtrisée et un roulis qui altère les placements en virage. Sur
circuit, une fois le mode Sport de la suspension sélectionné
(inutile sur route), c'est mieux. Il y a certes toujours cette
inscription mollassonne du train avant mais l'auto tient la corde
sans sourciller. C'est au freinage que les choses se compliquent.
Et Wolfgang Durheimer le sait bien. La veille, il avait cherché à
nous amadouer en rappelant à qui voulait bien l'entendre que son
dernier joujou peut enchaîner route et circuit.
Mais le patron de Bentley/Bugatti ne peut nier l'évidence : «
N'oubliez pas que cette Supersports est avant tout une GT de luxe .
» Tout est dit. Au bout de deux tours, les freins s'évanouissent et
le mordant n'est plus qu'un lointain souvenir. On se console en se
disant qu'il est très improbable que l'un des 710 modèles produits
(la Supersports est une série limitée) foule un jour le bitume d'un
circuit. Cette édition ne gomme pas les défauts récurrents de la
Continental. La Supersports ne raffole pas de la conduite rapide,
sa suspension manque de retenue, sa boîte de vitesses, en dépit du
nouveau convertisseur de couple censé garantir plus d'émotions, ne
réagit pas toujours à bon escient et les plaquettes de freins
supportent très mal autre chose que la balade. Mais la Supersports
ajoute ce petit supplément d'âme qui faisait défaut avant. Les
rafales de gros sel au lever de pied, un look de « vilaine fille »
savamment maîtrisé et des performances encore plus dingues
qu'avant.Foncez revoir l'essai de la Bentley Continental Supersports 2017.
Notre avis
En conclusion, tant que Bentley n'aura pas pris à bras-le-corps
ce problème d'obésité, la Continental restera cet impressionnant et
luxueux coupé aux accélérations de dragster. La Supersports aurait
pesé 200 kg de moins, elle serait devenue un engin encore plus
délectable.
Voici quelques données sur la belle bête de plus de deux tonnes
:
> Moteur : W12 biturbo, 710 ch à 5 900 tr/mn, 103,7 mkg à 2 050
tr/mn
> Transmission : intégrale, 8 rapports auto
> Dimensions : L - l - h : 4 818 - 1 944 - 1 391 mm
> Pneus AV/AR : 275/35 ZR 21 Poids : 2 280 kg
> Prix de base/modèle essayé : 267 000 €/299 772 €
> Perfs annoncées : 0 à 100 km/h : 3''5, 0 à 160 km/h :
7''2, 336 km.














