Cette Mustang cache un dragster si extrême que personne n’ose la réveiller
Construite pour avaler le quart de mile à près de 500 km/h, la Mustang 1967 à turbine « Krispy Kritter » sort de l’ombre sur Bring a Trailer. Entre turboréacteur d’avion et avertissements apocalyptiques, cette curiosité soulève une question brûlante pour les collectionneurs.
Sur les sites d’enchères américains, on croise parfois des curiosités mécaniques, mais cette fastback rouge de 1967 dépasse largement le simple statut de préparation extrême. Sous ses airs de Ford Mustang classique se cache un ancien monstre de dragstrip, longtemps remisé, qui ressurgit aujourd’hui comme un objet de collection à part.
Baptisée "Krispy Kritter", cette Mustang 1967 à turbine vient d’être proposée sur la plateforme Bring a Trailer. Construite à l’origine pour les shows d’accélération aux États Unis, elle revendique plus de 300 mph sur le quart de mile, soit près de 500 km/h. Reste à savoir qui osera redonner vie à un engin pareil.
Une Ford Mustang 1967 transformée en dragster à turbine "Krispy Kritter"
À la fin des années 60, Ted Trischle a acheté une coque nue de Mustang fastback 1967 uniquement pour ce projet. Il y a littéralement "enveloppé" un turboréacteur Westinghouse J34 provenant d’un chasseur embarqué McDonnell F2H Banshee de l’U.S. Navy, puis adapté la carrosserie, notamment l’arrière en fibre pour laisser sortir l’énorme tuyère. Le train avant vient d’une Plymouth 1939, les tambours à ailettes des freins d’une Buick 1958, et deux parachutes de dragster complètent un dispositif censé encaisser des pointes à près de 500 km/h.
© Bring a
Trailer
Un réacteur d'avion propulse cette Ford Mustang.
Sous le capot, il n’y a quasiment plus de moteur, seulement des renforts et l’entrée d’air de la turbine. Le turboréacteur occupe presque tout l’habitacle : un étroit baquet côté conducteur, un gros réservoir à la place du passager, quelques jauges, des lames de ressort et des amortisseurs arrière qui paraissent bien légers face aux vitesses annoncées. Aujourd’hui, le vendeur précise que l’auto est un projet non roulant, moteur non démarré depuis une date inconnue, livré avec sa remorque dédiée et un épais dossier de documents.
Dans le ventre de la Mustang, un turboréacteur Westinghouse J34
Le J34 est un turboréacteur militaire de l’après guerre, capable de plusieurs milliers de livres de poussée, normalement destiné aux jets navals. Dans cette Mustang, l’air entre par la face avant, traverse le fuselage comme sur un avion et s’échappe par une bouche géante à l’arrière. Pour freiner, le dragster ne compte guère que sur ses vieux tambours Buick et surtout sur ses parachutes, ce qui donne une idée de la violence des runs de l’époque.
À l’intérieur, le tableau de bord a cédé sa place à un compte tours qui grimpe bien plus haut qu’un V8 390, et à une sonde de température d’échappement, vitale sur une turbine. Le surnom "Krispy Kritter" renvoie directement au risque d’y finir grillé. Sur une page d’avertissements intitulée "No, No's", on peut lire, cité par Jalopnik : "NE PAS RAMENER COMPLETEMENT LA MANETTE DES GAZ EN ARRIÈRE À MOINS D'ÊTRE PRÊT À ARRÊTER LE RUN. (SI VOUS LE FAITES, ne poussez pas la manette vers l'avant de nouveau - résultats, (VOTRE VOITURE ET VOUS EN UN NUAGE DE FUMÉE), SURTEMPÉRATURE, SURTOUT)." Un peu plus loin, la même note prévient : "Pendant le démarrage à bas régime, vous ne pouvez pas interrompre avant d'avoir atteint 40 ou 50 % - sinon la flamme ne s'éteindra pas. Votre voiture BRÛLERA AUTOUR DE VOUS, RESTEZ PRÊT AVEC UN EXTINCTEUR, AU CAS OÙ."
Une Mustang à turbine vendue 52 000 dollars sur Bring a Trailer
Lors de la mise en ligne, les enchères tournaient autour de 10 750 dollars, avant de grimper jusqu’à 52 000 dollars, soit environ 48 000 euros, le 7 mars 2026. Le lot comprenait la voiture, la remorque sur mesure, les check lists de mise en route et toutes les notes manuscrites d’exploitation. Pour ce prix, l’acheteur devra encore financer une remise en état lourde du turboréacteur, du circuit carburant et de la sécurité.
À ce niveau, on se situe au dessus de nombreuses Mustang 1967 de route en bel état, mais en dessous de certains dragsters de compétition modernes. Pour un collectionneur européen, une telle pièce resterait cantonnée aux musées ou aux démonstrations privées sur piste, son moteur d’avion et ses avertissements apocalyptiques fermant la porte à toute utilisation sur route ouverte.














