Tout le monde croit voir une américaine des années 50… mais elle est chinoise et hybride
Impossible d'immatriculer facilement une américaine classique ? Des passionnés chinois contournent la difficulté avec des réinterprétations hybrides inspirées des plus grands modèles.
Une fausse Corvette qui se gare au milieu des SUV chinois, ça surprend. Ligne de 1958, ailerons, chromes partout… puis on découvre qu’elle sort d’une usine locale, roule en hybride rechargeable et qu’elle est parfaitement immatriculée à Pékin. Bienvenue dans un monde où les muscle cars interdites renaissent sous une forme parfaitement légale.
Dans ce pays où les vraies Mustang, Camaro ou Corvette d’époque ne peuvent presque pas rouler, une poignée de passionnés a trouvé la faille. Leur idée : demander à de grands industriels de produire des voitures neuves aux allures de classiques américains. Techniquement, ce ne sont plus des imports d’occasion ni des voitures modifiées, donc l’administration les accepte. Le résultat ressemble à un film des sixties, avec des batteries et des aides à la conduite en bonus.
Pourquoi les muscle cars sont presque introuvables sur les routes chinoises
Le marché auto chinois a grandi sur un credo simple : du neuf, encore du neuf. Importer une voiture d’occasion reste très encadré, avec des taxes et des barrières qui rendent l’arrivée d’une Mustang des années 60 quasiment impossible. À cela s’ajoutent des règles strictes de mise à la casse anticipée et un contrôle tatillon des modifications, ce qui laisse très peu de place aux vraies voitures classiques sur la route.
Transformer soi‑même une berline en hot rod est tout aussi risqué. Les modifications lourdes de carrosserie ou de châssis rendent le véhicule non conforme, donc inassurable et impossible à immatriculer. Les fans de V8 se retrouvent piégés entre réglementation et rêve américain. C’est dans cet espace fermé qu’a émergé l’astuce : utiliser un châssis et un groupe motopropulseur fournis par un constructeur officiellement homologué, puis y poser une carrosserie rétro dessinée par des artisans locaux.

FullGood Motor, le club de bikers devenu faiseur de faux classiques
L’histoire commence en 1995 à Pékin, avec SongSan, un club de motos custom inspiré par les choppers américains. Les membres bricolent, stylisent, s’approprient ce qu’ils voient dans les films. Vingt ans plus tard, l’envie de passer à la voiture devient trop forte. En 2019, le groupe présente ses premiers modèles néo‑rétro, avant de formaliser en 2022 une marque auto à part entière : FullGood Motor, dédiée aux réinterprétations électriques et hybrides haut de gamme, produites en toutes petites séries.
Leur coup d’éclat s’appelle Dolphin SS, un cabriolet inspiré des Chevrolet Corvette C1, reposant sur la base hybride rechargeable d’une BYD Qin Pro Plus. Capot long, doubles optiques, arrière sculpté : de loin, l’illusion fonctionne. Sous la coque, on trouve une mécanique moderne et un habitacle numérique. La série annoncée tourne autour de 199 exemplaires, à environ 590 000 yuans, soit près de 75 000 €. Un prix élevé, mais beaucoup plus accessible qu’une vraie Corvette importée et restaurée.
Summer, Hot Rod électrique : quand l’interdit devient une gamme complète
Après le cabriolet façon Corvette, FullGood développe le van Summer, clin d’œil appuyé au VW Combi. Toit haut, face avant très ronde, couleurs pastel, mais aussi sept places, trois portes latérales et des sièges montés sur rails qui pivotent dans l’habitacle. Techniquement, il s’agit d’un hybride 1,5 L turbo avec transmission DHT et batteries fournies par un grand acteur chinois, pensé pour une production plus large à partir de 2025 grâce à des accords avec la municipalité de Nankin et le constructeur de bus Jinlong.
Dans les cartons, un autre jouet attire tous les regards : un Hot Rod inspiré des berlines des années 30, calandre verticale, ailes proéminentes et fausses sorties d’échappement chromées, mais motorisation électrique ou hybride discrète. Pendant que ces modèles apparaissent dans les salons, Pékin commence à encadrer officiellement les activités liées aux voitures classiques et à l’aftermarket avec un paquet de 17 mesures. Pour l’instant, les passionnés chinois qui rêvent de muscle cars doivent se contenter de ces interprétations légales, mi‑rétro mi‑high‑tech, pour rouler sans se mettre hors la loi.














