L’histoire méconnue des bandes de course qui ornent nos voitures
Des stands des 24 Heures du Mans aux showrooms modernes, les "racing stripes" racontent un héritage bien plus profond qu’un simple décor.
On les a toutes en tête : la Mustang blanche barrée de bleu, la citadine qui se prend pour une GT, la supercar qui ne demande qu'à aller sur circuit avant même de démarrer. Ces bandes de course, ou racing stripes, sont devenues un réflexe de style, qu’on oublie presque de se demander d’où viennent ces deux traits qui traversent la carrosserie.
Des couleurs nationales aux premières bandes de course
Leur histoire n’a pourtant rien d’un caprice de designer. Nées pour aider des mécanos détrempés à suivre leurs voitures pendant les 24 Heures du Mans, elles racontent à la fois les couleurs nationales du sport auto, l’obstination d’un Américain nommé Briggs Cunningham et le moment où Carroll Shelby a compris que deux lignes pouvaient transformer une simple Mustang en icône. Avant les bandes, les voitures de compétition se distinguaient par leur couleur unie : rouge pour l’Italie, vert pour le Royaume-Uni, bleu pour la France, argent pour l’Allemagne, blanc et bleu pour les États-Unis. Tant que les grilles restaient clairsemées, ce "passeport" suffisait à reconnaître une auto depuis les tribunes ou les stands. Au début des années 1950, tout se complique : sur les courses d’endurance, les bolides roulent de nuit sous la pluie et finissent par tous se ressembler vus de loin. Pour que ses prototypes C-2R puis C-4R se détachent instantanément, Briggs Cunningham reprend les couleurs américaines et les transforme en deux bandes bleues sur carrosserie blanche, un signal que son équipe repère d’un seul coup d’œil.
De Briggs Cunningham à la Shelby GT350 : les bandes descendent dans la rue
Les voitures de Cunningham n’ont jamais
remporté la grande classique européenne, mais leurs "Cunningham
stripes" marquent les esprits. Un adolescent californien,
Peter Brock, tombe amoureux de ce schéma blanc à doubles bandes
bleues, qu’il applique sur son hot-rod, avant de devenir designer
chez Shelby American au moment où Carroll Shelby
cherche à donner à une Mustang de série une allure
de voiture de course. Les archives de Shelby
American montrent que la
Shelby GT350 lancée en 1965 devient la première
routière produite en série à populariser vraiment les
racing stripes.
Peter Brock dessine deux larges bandes bleues dans l’axe,
complétées par des filets latéraux ; en interne, on parle de "Le
Mans stripes" ou de "Rallye stripes", sans que l’option
n’apparaisse jamais au catalogue : 43 % des GT350 de 1965 sortent
rayées d’usine, 56 % des modèles 1966.
Depuis, les doubles bandes sont devenues un badge
de version spéciale : une Mustang moderne, une Dodge Viper ou une
Ferrari 458 Speciale rayées signalent d’emblée une variante plus
affûtée, inspirée de la piste. Les constructeurs en profitent pour
ressusciter des décos mythiques, comme la Ford GT ’66
Heritage Edition reprenant les couleurs des GT40 de l’âge
d’or.
Les designers y voient aussi un outil graphique : "Fondamentalement, les bandes comptent ; elles accentuent les formes d'une voiture", explique Ian Callum, ancien patron du style Jaguar. Bien placées, elles ne font pas gagner de secondes mais recentrent le regard, allongent la silhouette, au point que la fameuse "bande de 10 pouces" d’une GT350 varie en réalité légèrement selon la zone de carrosserie pour corriger l’optique.














