Quel avenir pour McLaren ? Rencontre avec son nouveau PDG, Nick Collins

Publié le 23 janvier 2026 à 19:30
Quel avenir pour McLaren ? Rencontre avec son nouveau PDG, Nick Collins

Ça bouge en coulisse chez McLaren. A la suite d’un changement d’actionnaires, de grandes manœuvres sont en cours, préalable à la présentation d’une nouvelle gamme. Jusqu’à quel point ? Sport Auto a rencontré avec le nouveau patron, Nick Collins.

Si ce n’est pas tout à fait le poste pour lequel Nick Collins a signé initialement, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. En janvier 2024, le quinquagénaire a quitté Jaguar Land Rover après neuf années au cours desquelles il a dirigé le développement des nouveaux Range Rover, Range Rover Sport et Defender.
Il a été séduit par l’offre d’un poste de P.-D.G. chez Forseven, la start-up quelque peu obscure financée par CYVN (prononcez « saï-ven »), la branche mobilité du fonds souverain d’Abu Dhabi.
Fondée deux ans auparavant et basée à Bicester et Leamington Spa, en Angleterre, Forseven opérait en mode furtif, rassemblant certains des meilleurs ingénieurs et concepteurs britanniques pour développer une gamme de voitures de luxe qui seraient vendues sous une nouvelle marque.
Et pourtant, lorsque je rencontre Nick Collins dix-huit mois après son arrivée chez Forseven, c’est dans le bureau du P.-D.G., au siège de McLaren, à Woking.

Nick Collins : rencontre avec un passionné

Car dans l’intervalle, CYVN a racheté Gordon Murray Technologies et a pris une participation de 20 % au capital du constructeur chinois NIO avant, en avril, de s’offrir également McLaren Automotive. CYVN y a installé Collins en tant que P.-D.G., tout en fusionnant Forseven avec elle ainsi qu’avec un effectif qui est passé de 250 à 700 salariés pendant sa courte période de travail.
Aujourd’hui, il dirige donc un constructeur britannique au nom célèbre, capable de fabriquer des voitures exceptionnelles, mais qui a perdu près de 1 milliard de livres sterling en 2023. Sont ainsi au menu un plan social, une refonte de la gamme, et le même mouvement vers les SUV que ceux déjà réalisés par Ferrari, Lamborghini et Aston Martin.
Nick Collins commence par revenir sur l’enchaînement des événements qui l’ont conduit là où il est : « Au début de l’année dernière, quelqu’un m’a appelé pour me dire qu’il pourrait y avoir un processus (par lequel CYVN pourrait acheter McLaren, NDLR). J’ai alors contacté CYVN et je leur ai demandé : 'Pouvons-nous jeter un coup d’œil ?'
L’occasion était trop belle pour être ignorée. Nous allions créer une toute nouvelle marque chez Forseven. C’était probablement notre plus grand défi. Car notre programme était solide : nous avions le nom, le plan de lancement.
Mais McLaren est une marque de luxe, chargée d’histoire, et nous nous sentions capables de la développer. Notre travail en interne sur la marque de Forseven était pourtant bien avancé. Nous l’avons donc poursuivi parallèlement à ce projet, au cas où l’accord ne se serait pas concrétisé. »
Cela a été la même chose pour les voitures en cours de développement chez Forseven : "Nous avons tout basculé vers ce projet. Tout ce que nous faisions était susceptible de passer sous la marque McLaren. Mais tout le monde dans l’équipe ne le savait pas."

Nick Collins : "J’ai toujours aimé la course automobile"

Vous commencez peut-être à blêmir en imaginant qu’un obscur (et puissant) fonds d’investissement s’est offert McLaren simplement pour récupérer un blason qui aidera à vendre des autos anonymes. Ce n’est pas le projet de Nick Collins.
Passionné de voitures depuis toujours, il a obtenu son diplôme d’ingénieur en mécanique chez Ford, où il a passé plus de vingt ans au total avant de rejoindre JLR. Nous lui pardonnerons sa gestion du projet de la StreetKa en échange de son rôle d’ingénieur en chef de projet – à seulement 26 ans – sur la Fiesta ST du milieu des années 2000.
A ce moment-là, Aston Martin faisait encore partie du groupe Ford et Nick plaçait le poste de P.-D.G. en tête de son plan de carrière. Il n’était pas loin du compte. « J’ai toujours aimé la course automobile, reprend-il, et j’aimais McLaren. J’ai grandi à l’époque de Prost-Senna, que je considère comme l’une des plus évocatrices de la F1.
C’étaient des voitures magnifiquement simples à regarder, avec des personnages phénoménaux qui les pilotaient. Et j’adorais le fait que McLaren soit une véritable entreprise technologique, qui repoussait les limites de ce qui pouvait être réalisé.
J’ai mené des missions de conseil ici il y a dix ans, entre deux emplois, et j’ai eu l’impression qu’il y avait des gens très compétents sur le plan technique, qui faisaient beaucoup avec peu de moyens. »

Nick Collins : qu’a-t-il trouvé en arrivant chez McLaren ?

Qu’a-t-il trouvé en arrivant cette fois-ci ? Qu’est-ce qui justifie les pertes effarantes ? Qu’est-ce qui doit immédiatement être corrigé, avant le lancement des McLaren développées par Forseven ? « Je pense qu’ils étaient coincés dans les défis et les contraintes de l’entreprise, et qu’en conséquence, ils étaient devenus un peu hésitants à agir, ce qui explique pourquoi nous sommes allés très vite sur certaines choses. Même quelques-unes des décisions difficiles que nous avons prises ont été accueillies avec un certain soulagement. »
Entre autres choses, le réseau de distributeurs avait accumulé des stocks excessifs. Ils seront donc réduits de moitié cette année, ce qui encouragera plus d’acheteurs à commander à l’usine et à ajouter des finitions sur mesure.
Les dettes de la société ont été annulées lors de l’achat, et Nick Collins n’a pas hésité à revoir les prochaines voitures développées par McLaren s’il estimait qu’elles n’étaient pas au niveau. Il ne veut pas entrer dans les détails, mais explique simplement : « Nous avons agi très rapidement sur certains modèles qui sont proches de la mise sur le marché, pour y investir davantage et en faire des propositions encore meilleures. »

Nick Collins : une vision à long terme

Il a conduit la W1 le même jour qu’une P1 (« C’était une bonne journée de bureau »), mais ne révèle pas si c’est l’un des modèles sur lesquels il a demandé des modifications.
Et bien que les voitures de la gamme actuelle soient toutes excellentes, Nick constate des problèmes plus fondamentaux affectant la rentabilité de McLaren et son attractivité, qui ne pourront pas être résolus tant que ces modèles ne seront pas remplacés : « Ils sont assez similaires en matière de proportions et de concept, mais il y a relativement peu de points communs entre eux, ce qui fait que l’on ne profite pas d’économies d’échelle.
Pourtant, nous ne disposons pas d’une gamme assez diversifiée pour les clients. Et je pense que certaines autos auraient pu bénéficier d’une évolution plus marquée du point de vue du design. »
Ce que tout le monde veut savoir et que Nick ne souhaite pas encore dévoiler, c’est à quoi ressemblera la gamme McLaren une fois que les voitures actuelles auront été remplacées et que les voitures développées par Forseven seront entrées en production.

Nick Collins : quoi de prévu dans la gamme ?

Y aura-t-il des berlines ? Des SUV ? Les nouveaux modèles seront-ils uniquement électriques, utilisant une partie de la technologie de NIO ? « Dès l’année dernière, nous étions confiants sur le fait que le rachat aurait lieu. Donc nous sommes beaucoup plus avancés que la plupart des gens ne le pensent. Nous savons – à 10 % près – tout ce que nous ferons jusqu’en 2030.
Il y aura plus de ce que nous avons toujours fait, mais encore mieux, et ensuite l’entrée dans certains segments adjacents. Vous verrez certainement quelque chose avec plus de deux sièges, mais cela nous laisse encore dans un territoire assez large. Et comme je l’ai dit, même dans le domaine des 2 places, nous pourrions avoir beaucoup plus de diversité. »
Avant les paillettes des futures présentations, il faudra traverser des zones moins confortables. Les droits de douane sur les exportations vers les Etats-Unis, le plus grand marché de McLaren, sont passés de 2,5 à 10 %, mais au moins l’accord commercial précoce du Royaume-Uni signifie qu’ils sont fixes et actuellement moins élevés que ceux de l’UE.
Et il y aura du soutien de la part du groupe automobile, inattendu mais très moderne, que CYVN est en train de mettre sur pied, avec l’argent du Moyen-Orient, de brillants talents britanniques et de la technologie chinoise.

Nick Collins : développer des nouveaux modèles à la "vitesse de la Chine"

« Vous verrez des composants NIO dans les McLaren bien plus tôt que vous ne le pensez, même dans la gamme existante », déclare Nick. Mais l’accès à la puissance de calcul du chinois pourrait être un avantage tout aussi important, en aidant Woking à développer ses nouveaux modèles à la « vitesse de la Chine » qui obsède présentement l’industrie.
« Nous avons travaillé avec eux pour faire une meilleure McLaren plus rapidement », affirme-t-il. Il y a aussi l’aide fournie par l’association avec l’équipe de F1. CYVN a pris une participation minoritaire dans l’écurie McLaren lorsque cet investisseur a racheté l’activité automobile à Mumtalakat, le fonds souverain bahreïnien.
Collins a rejoint le conseil d’administration du team de F1 et s’entretient avec Zak Brown « presque quotidiennement ». Il peut également compter sur l’impressionnante équipe de cerveaux que CYVN a rassemblée au conseil d’administration de McLaren, y compris – chose surprenante – Luca di Montezemolo, 78 ans, qui a supervisé une transformation similaire et très réussie chez Ferrari dans les années 90.
Mais son plus grand atout pourrait bien être ses investisseurs : ils disposent de ressources importantes et, selon lui, sont bien intentionnés et motivés pour redresser McLaren. « Ils ont une vision très audacieuse de l’avenir, confie Nick Collins.

Ils sont très engagés et adoptent une perspective à long terme. Il ne s’agit pas d’une opération de deux ou trois ans de type capital-investissement. Il ne s’agit pas non plus, à l’autre extrémité du spectre, d’un projet d’image pour lequel ils financeront des pertes pour toujours. Nous voulons bâtir une entreprise qui puisse financer son propre futur. Nous ne devons pas avoir un horizon à dix ans. Nous devons construire une entreprise pour les cinquante prochaines années. Cela peut paraître un peu grandiloquent, mais c’est ce que nous essayons de réaliser. »

Retrouvez notre interview de Nick Collins, le nouveau patron de McLaren, dans le Sport Auto n°767 du 28/11/2025.

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