Essai - Porsche 911 Carrera Cabriolet Spirit 70 : radio nostalgie (+ images)

Publié le 12 janvier 2026 à 12:10
Essai - Porsche 911 Carrera Cabriolet Spirit 70 : radio nostalgie

Prenez une Porsche 911 Carrera Cabriolet GTS. Habillez-la d’une couleur voyante et d’une panoplie rétro. Ajoutez-y une sellerie dont les motifs Pascha évoquent l’univers psychédélique et salez l’addition. Séquence nostalgie.

Marée devant le musée Porsche de Zuffenhausen, la triplette de 911 Spirit 70 détourne les têtes et suscite un brin de convoitise. Dieu sait pourtant s’il serait plus aisé d’attirer l’attention avec une Dacia Logan dans un endroit où les 911 sont désespérément communes !
Sa livrée exclusive Olive Neo, disponible rien que pour elle, n’y est peut‑être pas pour rien. A moins que ce ne soit la robe Signal Orange de notre exemplaire d’essai facturée la bagatelle de 10 548 €, au sein de la vaste offre de peintures personnalisées accessible à travers l’interminable configurateur.
Notre découvrable du jour fait tout pour se faire remarquer : teinte Bronzite subtilement disséminée sur les boucliers et sur les jantes Sport Classic Fuchs, badges dorés et logos « Exclusive Manufaktur » montés sur les ailes avant, écusson « Porsche Heritage » apposé sur la grille du capot moteur, logo « Porsche » très proche de celui des toutes premières 911 de 1963, bandes noires massives sur le capot et la capote, et imposant numéro flanqué sur les portes. Notre Spirit 70 fait frétiller les rétines, à condition de payer le prix fort.
Dépenser 52 400 € de plus que pour une Porsche 911 Carrera GTS Cabriolet sans la moindre amélioration technique, cela commence à faire beaucoup pour épater la galerie, même avec l’argument collector d’un modèle limité à 1 500 exemplaires.
Cet incroyable talent de Porsche à alléger le porte‑monnaie de sa clientèle tient dans l’habileté d’un service marketing parfaitement rodé à exploiter la corde sensible de la nostalgie.
Après avoir tiré profit des années 50 avec une Targa 4S Heritage Design Edition qui ne change que son style, puis des années 60 grâce à une très désirable 911 Sport Classic à la configuration technique spécifique, le troisième opus de cette collection Heritage Design visite les années 70.
Il suffit d’ouvrir la porte pour s’y voir transporté. Les fameux motifs Pascha que l’on retrouve sur les contre‑portes et la sellerie ou dans la boîte à gants parviennent presque à faire oublier la surfacturation.
Difficile de résister à l’envie de ressortir ses tenues chatoyantes ou ce bon vieux pantalon pattes d’éph abandonné au fond du placard. La planche de bord désormais entièrement numérique ramène pourtant directement à cette bonne année 2025.
A notre triste époque, une simple pression du doigt sur un vulgaire bouton imposé depuis le restylage enlève peut‑être une grande part de romantisme au réveil du flat 6, mais ses grognements évocateurs et son volume élevé exigé par la mise à température de ses catalyseurs annoncent une journée chantante. La playlist psychédélique ou disco attendra…

Hybridation transparente

Comme sur la GTS d’origine, le flat 6 3.6 de 485 ch se voit assisté par un moteur électrique de 56 ch, niché dans la boîte PDK à 8 rapports et alimenté par une batterie d’une capacité de 1,9 kWh installée à l’avant.
Il utilise un simple turbo, intégrant un petit moteur électrique de 15 ch dont l’avantage est la disponibilité à très bas régime, mais aussi la possibilité de recharger cette batterie lorsque la pression dans le système de suralimentation est trop élevée.
Les fameuses wastegates et leurs traditionnelles déperditions d’énergie ne font donc ici plus partie du voyage. Contre toute attente, cette usine à gaz n’entend pas économiser quelques litres de ce bon vieux sans‑plomb ni préserver la banquise, mais vise essentiellement la performance.
Impossible ici d’évoluer en silence, même à très basse vitesse, ni d’échapper à notre maxi‑malus tricolore de 70 000 € devenu rédhibitoire chez nous. Alors quel intérêt par rapport à une Carrera S Cabriolet déjà forte de 480 ch et débarrassée des 50 kg imposés par cette hybridation ?
Pour mieux s’adapter à de futures normes, même si l’offre thermique suralimentée classique peut encore perdurer. A l’exception du souffle dudit turbo parfois décorrélé de la pédale d’accélérateur, difficile de ressentir ses effets sur la Spirit 70.
A moins bien sûr de se pencher sur les flux d’énergie disponible au besoin sur l’écran central. Assisté par la fée électricité, le flat 6 suralimenté pousse sans le moindre creux, du régime de ralenti jusqu’à 7 500 tr/mn.
Si les plus tatillons regretteront peut-être un (très) léger temps mort à l’accélérateur, le reste ne mérite que des éloges. L’accélération apparaît plus marquée encore que sur une Carrera S classique, avec une sonorité un peu plus métallique à la clé.
Son allonge et sa capacité à ne pas s’essouffler à l’approche de la zone rouge impressionnent tout autant de la part d’une mécanique suralimentée. Au vu des performances, il est rassurant de compter sur la boîte PDK à 8 rapports qui permet de constamment garder les deux mains sur le volant.
Surtout qu’elle se plie volontiers à toutes les humeurs de son utilisateur. Capable d’égrener ses rapports avec une infinie douceur, elle peut tout aussi bien les enchaîner à la vitesse de l’éclair sur le programme Sport Plus.
En outre, le très réactif mode Manuel répond au doigt et à l’œil. Au point même d’offrir aux plus sportifs la possibilité de se freiner sur la boîte, à travers des palettes qui pourraient être un poil plus grandes. Il manque à cet ensemble peut-être un peu trop parfait ce petit grain de folie ou cette pincée de sale caractère qui rend l’expérience mécanique inoubliable.

Sèche-cheveux

Avec cette incroyable capacité à raccourcir la moindre ligne droite, il est tout aussi appréciable de compter sur un châssis au diapason. Avec le surpoids de l’hybridation et de l’architecture découvrable, les 1 675 kg annoncés de notre Spirit 70 sonnent comme une double peine.
Mais à vrai dire, si c’est peut-être le cas dans le cadre d’un Supertest sur circuit, ça ne l’est pas sur les routes sinueuses de notre parcours d’essai dans la Forêt-Noire. Oubliez le prétendu manque de rigidité propre au cabriolet.
Notre objet du jour vire d’un bloc et n’engendre aucun tremblement suspect, même lors d’une malencontreuse rencontre avec une saignée en appui. Cette Spirit 70 reste avant tout une 911. C’est-à-dire un redoutable outil dont l’efficacité et la qualité de mise au point renvoient la concurrence à ses chères études.
Une fois les gommes semi-slicks Goodyear Eagle F1 Supersport à température, le rythme prend au besoin des allures de manège à sensations. Le train avant costaud et les roues arrière directrices effacent comme par magie cette légère paresse à entrer dans les passages serrés, surtout en accompagnant les freins jusqu’au point de corde.
Le grip de ses enveloppes, son châssis ultra-rigoureux et son système antiroulis (optionnel) en font un scalpel capable de dessiner des trajectoires millimétrées. L’incroyable motricité transforme la moindre sortie de virage serré en piste de lancement, sans contrebraquer.
A moins bien sûr de remettre la première avec les pneus froids en se débarrassant de la béquille électronique. Un brin ferme à basse vitesse, l’amortissement piloté devient plus efficace en accélérant l’allure et rassure quand le revêtement se dégrade.
La direction un peu légère mais informative et les infatigables freins au ressenti parfait incitent d’autant plus à hausser le rythme en toute confiance, cheveux au vent. Impossible alors de conserver intact cet impeccable brushing pourtant très en vogue à la fin des années 70 !

L'avis de Jacques Warnery

Impossible de justifier le surcoût de cette version qui n’apporte aucune modification technique par rapport à la Carrera GTS Cabriolet d’origine. Mais difficile de résister à cette fameuse sellerie Pascha, à bord d’une des découvrables les plus abouties du marché, même si la facture abusive l’empêche de décrocher le cinquième feu vert.

Porsche 911 Carrera Cabriolet Spirit 70 : fiche technique

  • Moteur : flat 6, turbo hybride, 24 S
  • Cylindrée : 3 591 cm3
  • Puissance thermique maxi : 485 ch à 6 500 tr/mn
  • Couple thermique maxi : 58,5 mkg à 1 950 tr/mn
  • Moteur électrique : synchrone à aimants permanents
  • Puissance électrique maxi : 56 chC
  • ouple électrique maxi : 15,3 mkg
  • Capacité de la batterie : 1,9 kWh
  • Puissance cumulée : 541 ch
  • Couple cumulé : 62,2 mkg
  • Transmission : roues AR, 8 rapports automatiques
  • Autobloquant : AR piloté PTV+
  • Antipatinage : de série déconnectable + contrôle de trajectoire
  • Freins AV/AR : disques percés ventilés (408/380 mm)
  • Antiblocage : de série
  • Poids annoncé : 1 675 kg
  • Rapport poids/puissance : 3,1 kg/ch
  • L - l - h : 4 553 - 1 852 - 1 302 mm
  • Empattement : 2 450 mm
  • Réservoir : 63 l
  • Pneus AV & AR : 245/35 ZR 20 & 315/30 ZR 21
  • Prix de base : 247 200 €
  • Options/malus : 24 322/70 000 €
  • Prix du modèle essayé : 341 522 € (malus compris)
  • Production : série limitée à 1 500 exemplaires
  • V. max. : 312 km/h
  • 0 à 100 km/h : 3’’1
  • 0 à 160 km/h : 7’’0
  • 0 à 200 km/h : 10’’9

Retrouvez notre essai de la Porsche 911 Carrera Cabriolet Spirit 70 dans le Sport Auto n°767 du 28/11/2025.

Nos marques populaires Voir tout

Sport Auto