Essai - Alpine A110 R Ultime : une A110 au prix d’une 911 GT3, est-ce bien sérieux ?
Une Alpine A110 au prix d’une Porsche 911 GT3, est-ce bien sérieux ? Oui, tout ce qu’il y a de plus sérieux… comme le plaisir !
Pour mieux comprendre celle que l’on surnomme « RU », pour
« R Ultime », à ne pas confondre
avec l’A110 R tout court, il faut rembobiner plutôt que de
s’arrêter au simple fait qu’elle soit la der des ders. Ce qui la
rend aussi singulière, c’est sa démarche.
Hervé Mailliet, chef de produit A110 R Ultime, l’explique
clairement : « Notre patron nous a dit : 'Faites tout ce que
vous n’avez pas pu faire sur l’A110 jusqu’à présent. Tout ce que
vous pouviez imaginer pour la rendre unique.' C’est donc ce qu’on a
fait : une voiture unique !
On a tout modifié, tout changé, on a même été obligés de casser le
berceau pour faire entrer la boîte, qui est plus grosse et qui ne
passait plus entre les longerons. Ce n’est quand même pas neutre,
puisque cela implique de repasser au crash-test. On a dû mettre
deux voitures de 300 000 € dans le mur pour pouvoir l’homologuer.
»
Tout cela pour dire que la R Ultime n’est pas comme ces
séries spéciales en manque d’inspiration, sauf en ce qui concerne
la facturation (encore que, bon… nous y reviendrons). En clair,
c’est une lame tranchante d’origine, savamment acérée, affilée et
épointée.
Bel et bien l’un des couteaux les plus aiguisés du tiroir,
soigneusement rangé dans le compartiment des 911 GT3 RS,
Lamborghini Huracán STO et Ferrari 296 Speciale. Infiniment moins
puissante que ces dernières, certes, mais pas moins inspirée.
Alpine A110 R Ultime : dans le vent
L’aérodynamique fait l’objet d’un travail acharné. Ainsi qu’en
témoignent des différences qui se voient comme le nez au milieu de
la figure, ou plutôt comme les narines sur le capot.
En effet, toute la partie avant est à flux inversé, avec une pièce
géante en carbone connectée à deux cheminées à ailettes pour mieux
replaquer l’air des échangeurs sur le pare-brise, en le maintenant
sur la partie supérieure de la voiture pour le diriger vers les
roues arrière.
C’est pour cette raison que la 110 RU est reconnaissable les yeux
fermés. Lorsqu’elle passe devant vous, à haute vitesse, le flux
aérodynamique provoque un sifflement très caractéristique, au
contraire d’une A110 R dont l’écoulement d’air
est moins élaboré.
En comparaison de cette dernière, la 110 RU apporte 149 kg d’appui
supplémentaire à 275 km/h (dont 124 kg sur le seul train avant)
avec une inclinaison à 0° de l’aileron réglable. Ladite pelle à
tarte peut adopter quatre positions (0°, +2°, +4° et +6°) pour
s’adapter à chaque type de circuit, et tantôt favoriser la traînée,
tantôt la charge aérodynamique.
On note par ailleurs que la hauteur d’assiette est ajustable ;
depuis sa position la plus haute, qui correspond à celle (déjà
rabaissée) de l’A110 R, avec une amplitude pouvant aller jusqu’à
-20 mm à l’avant et -25 mm à l’arrière.
Les deux paires d’amortisseurs Ohlins, issus de la version GT4,
sont évidemment réglables en compression/détente et la barre
antiroulis avant voit son diamètre majoré. Autre invité de choix :
un nouveau différentiel à glissement limité est finement mis au
point pour offrir une plus grande stabilité en entrée de virage et
une meilleure motricité en sortie.
Quant à ceux qui attendaient une baisse de la masse générale, ils
en seront pour leurs frais. L’A110 RU revendique exactement la même
valeur que l’A110 R, à savoir 1 100 kg. Ce qui ne retire rien au
mérite des ingénieurs d’Alpine qui ont dû raboter de tous les côtés
pour compenser les 22 kg supplémentaires de la nouvelle boîte de
vitesses.
Ce statu quo sur la balance s’accompagne d’un rapport
poids/puissance pourtant plus favorable, grâce aux modifications du
4 cylindres. Bielles et pistons forgés pour mieux résister à la
détonation, elle-même appuyée par un turbo réusiné pour augmenter
la pression dans les chambres et par des bougies spécifiques.
Sans parler de l’usage recommandé d’essence sans plomb 102, qui
permet une plus grande avance à l’allumage et ainsi l’obtention des
345 ch, contre 325 ch avec le sans-plomb 98. Cela suppose de
commander l’élixir en tonneau sur Internet (un peu plus de 4
€/litre), sans compter la livraison qui devient plus avantageuse à
partir de douze barils de 50 litres. Petit budget
Pour clôturer les questions d’intendance, il est conseillé de vider
complètement le réservoir avant de permuter entre 98 et 102 et vice
versa, pour des raisons de calculs de cliquetis. A propos de
capacité à détoner, l’échappement titane Akrapovic est livré de
série.
Il laisse entendre une sonorité plus libérée au lever de pied,
comme au passage de vitesse, et permet un gain de 3,5 kg par
rapport au modèle d’origine, tout en restant dans les limites de
l’homologation routière.
Le rupteur intervient à 7 000 tr/mn, tandis que le couple maxi
atteint désormais 42,8 mkg entre 3 200 et 4 200 tr/mn, au lieu de
34,6 mkg entre 2 400 et 6 000 tr/mn sur l’A110 R de 300 ch.
Alpine A110 R Ultime : haute pression
Peut-on parler de métamorphose ? Non, mais les différences sont
néanmoins perceptibles en matière de respiration, bruits et
pulsations. Notre modèle d’essai, qui tourne au sans-plomb 102,
donne tout d’abord l’impression de répondre plus vite aux
sollicitations à régime intermédiaire.
Comme s’il était davantage sous pression. Disons qu’il est plus
prompt. Par ailleurs, ses bonnes vibrations se répandent mieux dans
l’habitacle, au travers de son nouveau berceau dont les
silentblocs, probablement plus rigides, ôtent des couches de
filtres.
Enfin, il gravit le compte-tours avec plus d’aplomb et s’essouffle
un peu moins à mesure que l’aiguille s’approche de la zone rouge.
En résumé, le petit dixième d’écart au 0 à 100 km/h par rapport à
l’origine (3’’8 au lieu de 3’’9) ne rend pas tout à fait justice au
changement d’atmosphère. Non seulement le 4 cylindres respire
mieux, mais il se montre plus communicatif.
L’écart est également perceptible en matière de mouvements de
caisse et d’adhérence. Par rapport à l’A110 R, l’Ultime donne
l’impression d’être à la fois plus stable, mieux plaquée et plus
agile. Aussi bien dans sa façon de plonger à l’intérieur du virage
sans le moindre roulis en gardant sa trajectoire en sortie, que de
pivoter comme une toupie sous l’action du nouveau différentiel.
Sans parler du couple moteur plus généreux, qui permet de se
relancer avec davantage de brio. Mais ceux qui ne veulent pas céder
au charme du survirage, même s’il est tentant, devront rester
vigilants. Il faut dire que, si le train avant se révèle plus
efficace, le train arrière conserve une partie de son côté
vivace.
Ce qui n’empêche pas l’adhérence latérale d’accéder à un niveau
tout à fait exceptionnel. Nos brèves sessions de roulage sur le
circuit Bugatti mettent également en exergue une résistance
remarquable du système de freinage.
En l’occurrence, de nouveaux disques AP Racing à bol séparé dont le
diamètre atteint 330 mm (au lieu de 320 mm) et des plaquettes
spécifiques au refroidissement amélioré par de nouvelles écopes. Au
bout du compte, l’A110 R Ultime se montre plus efficace, plus
communicative, mieux verrouillée au sol, plus agile et plus
précise. Pour caricaturer, elle tend vers le kart, dans le bon sens
du terme.
A tel point que la direction, identique à celle d’origine, s’avère
presque trop démultipliée et trop routière au regard de ce
renforcement de caractère. L’autre bémol concerne la boîte de
vitesses, dont la gestion et la rapidité apparaîtront désinvoltes
aux yeux de la clientèle habituée aux cadors du marché. Car le
tarif se hisse à un niveau où les compromis deviennent difficiles à
expliquer. Compter 265 000 €, auxquels s’ajoutent plus de 20 000 €
de malus et autant de personnalisation, sans trop forcer.
Ce qui demeure disproportionné par rapport à la prestation du
modèle d’origine, sauf si cela devient le meilleur des placements.
L’avenir nous le dira. Mais au-delà de la question pécuniaire et de
quelques points de détail, on ne peut s’empêcher d’applaudir la
démarche. Car l’A110 RU reste une pépite.
L'avis de Laurent Chevalier : 5/5
L’A110 R Ultime met l’accent sur des sensations que la
plupart des sportives ont étouffées, à force de rester tête baissée
dans la course à la puissance et à la surenchère technologique. Le
geste d’Alpine fait donc l’effet d’une bouffée d’air frais.
En revanche, quitte à dégainer une arme de circuit et à l’afficher
à un prix aussi élevé, on aurait aimé ne pas devoir faire de
compromis. C’est le cas de la transmission, un poil paresseuse en
conduite énergique, et de la direction d’origine, trop démultipliée
sur les pistes lentes par exemple. Cela n’enlève rien à la beauté
du geste.
Alpine A110 R Ultime : sa fiche technique
- Moteur : 4 en ligne, turbo, 16 S
- Cylindrée : 1 798 cm3
- Puissance maxi : 345 ch à 6 000 tr/mn avec carburant RON 102 (325 ch à 6 000 tr/mn avec carburant RON 98)
- Couple maxi : 42,8 mkg entre 3 200 et 4 200 tr/mn (42,8 mkg entre 3 200 et 5 600 tr/mn avec carburant RON 98)
- Transmission : roues AR, 6 rapports à double embrayage déconnectable
- Antipatinage/autobloquant : de série/Torsen de série
- Poids annoncé : 1 100 kg
- Rapport poids/puissance : 3,2 kg/ch
- L - l - h : 4 258 - 1 798 - 1 234 mm
- Empattement : 2 419 mm
- Voies AV/AR : 1 556/1 553 mm
- Pneus AV & AR : 225/40 R 18 & 255/35 R 19 (Michelin Pilot Sport Cup 2)
- Freins AV & AR : disques bimatière (330 mm)
- Réservoir : 45 l
- Prix de base : 265 000 €
- Prix des options/malus : 20 890/22 380 €
- Prix du modèle essayé : 308 270 € (malus compris)
- Production : 110 exemplaires
- V. max. : 280 km/h
- 0 à 100 km/h : 3’’8
Retrouvez notre essai de l'Alpine A110 R Ultime dans le Sport Auto n°737 du 28/11/2025.


