Grand format Porsche 911 Carrera T : Basic fit
Trois pédales et un petit pommeau en bois à manipuler, un subtil régime minceur et quelques options destinées à affûter son châssis : la Porsche Carrera T passe à la salle de sport et revient aux basiques. Direction la baie de Somme pour vérifier tout cela volant en mains.
Impossible de résister au désir d’empoigner le levier de vitesses pour retrouver ce geste aujourd’hui remplacé par des coups de palettes autrement moins immersifs. D’autant que le siège Sport Plus réglable manuellement en longueur et électriquement en hauteur et en inclinaison permet une position de conduite qui incite à en découdre. Carrera T ou pas, on se sent toujours comme chez soi dans une Porsche. La mise en route à travers un simple bouton à gauche qui anime un bloc d’instrumentation entièrement numérique perd en romantisme. Sauf qu’elle impose, sur notre Carrera T, de débrayer pour donner vie à un flat 6 toujours aussi grognon au réveil. Le petit coup de poignet en haut à gauche pour enclencher la première ne donne alors qu’une envie : sortir du parking pour découvrir toute l’étendue de ses talents en direction de la baie de Somme.
© FLORIAN GROUT /
ERAS
De la région parisienne à la Baie de Somme, la variété des routes met en valeur ce fameux feeling qui rend les Porsche toujours aussi addictives.
Des trombes d’eau sans discontinuer, une chaussée détrempée et une obscurité encore omniprésente en cette heure bien matinale : la première portion du trajet sur les grands axes destinés à s’échapper de la banlieue parisienne par l’A15, l’A115 et la N184 n’ont rien d’une partie de plaisir. Les phares HD Matrix LED teintés facturés 2 993 € en supplément ont beau faire tout leur possible pour éclairer notre lanterne, difficile de distinguer le marquage au sol et le ruban d’asphalte au-delà du bout du capot. Quel temps ! La visibilité un peu meilleure sur l’autoroute A16 en direction de Calais facilite la découverte de cette Carrera T. Le flat 6 qui ronronne aux alentours de 3 000 tr/mn en sixième parvient à se faire oublier. Il est certes un brin plus présent une fois l’échappement en position Sport, mais la résonance supplémentaire ne verse pas dans l’excès. En revanche, les bruits de roulement sont plus audibles et deviennent vite marqués sur certains revêtements. En outre, la sécheresse de l’amortissement se ressent tout de suite dès les premières irrégularités, mais aussi sur les plus rares saignées rencontrées sur l’A16. Sans être aussi extrême que celle d’une GT3 qui lit constamment la route, bourdonne à allure stabilisée et décolle les plombages au premier mégot venu, la conduite de la Carrera T implique davantage que celle d’une Carrera normale dont elle partage la mécanique, et c’est logique.
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Bien aidée par sa caméra à 360° facturée 853 € en supplément, notre belle allemande glisse aisément ses hanches larges dans cet environnement étroit
Radicalité
De série sur toutes les 911, l’amortissement piloté
PASM reçoit d’office le réglage sport et le
châssis abaissé de 10 mm que l’on trouve en option sur la
Carrera S. La T (pour « Touring »), se débarrasse
également de quelques insonorisants, adopte des vitres plus fines
et perd 30 kg par rapport à une simple Carrera. Il y a aussi
et surtout ce fameux levier, d’autant plus désirable qu’il se fait
encore plus rare depuis la disparition au restylage de la boîte
sept mécanique, autrefois proposée sur la gamme classique.
Notre T est donc aujourd’hui la seule 911 avec la GT3 à
disposer d’une boîte manuelle qui comprend désormais
six rapports comme celle de sa radicale frangine.
Elle trouve logiquement sa place au sein d’une gamme à rallonge et
prône une authenticité rafraîchissante. Le maniement du pommeau
rond en bois à l’ergonomie parfaite rééduque un cerveau maintenant
habitué aux unités automatisées. Le retour de ce geste pratiquement
disparu à ce niveau de performances apporte une sensualité
appréciable à la conduite d’une 911. Les débattements assez courts
aussi bien en longitudinal qu’en latéral et le rappel assez franc
au point mort participent au bonheur et à cette relation plus
intime avec cet emblématique flat 6. Difficile
de résister à la tentation de jouer du levier pour le
simple
plaisir, découvrant alors un étagement plutôt long. Sans offrir
autant de ressenti et de rapidité qu’à bord d’une Honda Civic Type R, la commande
est autrement plus agréable et précise que sa devancière à sept
rapports. Quel progrès !
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Notre T est donc aujourd'hui la seule 911 avec la GT3 à disposer d'une boîte manuelle qui comprend désormais six rapports.
Efficacité
Sur la partie la plus au nord de notre parcours, la route entre Camiers et Frencq, à la lisière du Pas-de-Calais, s’apparente à une belle mise en bouche. Serpentant au-dessus des falaises, ce magnifique ruban de bitume où deux véhicules peinent à se croiser épouse le relief d’une nature verdoyante. Cet incroyable toboggan d’asphalte aussi étroit que rapide avec quelques passages en aveugle est emprunté sur une spéciale du Rallye du Touquet. L’absence de visibilité, l’amortissement qui tabasse sur certains défauts de la chaussée, ajoutés à une météo à ne pas mettre un chien dehors n’incite pas à jouer les Sébastien Loeb, mais j’imagine le plaisir qu’elle doit offrir une fois fermée à la circulation et avec un minimum de connaissance du terrain. Quel décor ! Cap au sud vers une ville de Berck plutôt désertée. Cela reste l’occasion de constater que les cinquante nuances de gris des phoques soufflant, tournoyant et barbotant dans la baie d’Authie sont parfaitement assorties à notre monture du jour. A défaut de couleurs chatoyantes, la baie de Somme prend de jolies teintes par cette météo pluvieuse.
À une paire de kilomètres au nord du Crotoy, la carrière alluvionnaire Oscar Savreux excite l’œil du tigre de Florian. Cadre matériaux, Christophe nous accueille chaleureusement et nous autorise gentiment à réaliser quelques clichés dans ce décor incroyable. Notre auto y fait sensation. Amateur de belles voitures, notre hôte apprécie les accélérations de la Carrera T après un rapide petit tour en passager. Dans cette version de base, le 3.0 biturbo passe de 385 à 394 ch depuis le restylage, pour un couple inchangé. Le flat 6 séduit surtout par son allonge proche de celle d’un atmosphérique, avec une petite pincée de punch en plus. Il se réveille vers 2 000 tr/mn, donne un coup de collier vers 2 500 tr/mn et grimpe de manière linéaire jusqu’à 7 500 tr/mn. Certains concurrents poussent plus fort, avec un effet turbo autrement plus marqué, mais les mises en vitesse sont largement suffisantes pour adopter un rythme indécent sur route ouverte.
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La Carrera est une propulsion qui s'assume.
Musicalité
La commande manuelle laisse peut-être échapper quelques dixièmes par rapport à son homologue affublée d’une parfaite boîte PDK aussi rapide que l’éclair, mais quelle importance face au plaisir de claquer ses rapports soi‑même ? Surtout quand la bande‑son s’accompagne d’une résonance délectable sur les 1 000 derniers tours avant la zone rouge. Difficile de ne pas abuser de ce petit plaisir, à condition bien sûr de rester assez raisonnable sur cette chaussée détrempée ! Les Michelin Pilot Sport 4 S offrent une adhérence tout à fait correcte dans ces conditions, mais l’ESP laisse pas mal de liberté, surtout dans son mode Sport qui autorise déjà quelques jolies dérives lors d’une remise des gaz un peu généreuse ! La Carrera T est une propulsion qui s’assume.
Le centre-ville du Crotoy apparaît autrement plus calme en l’absence de tout badaud, mais la couleur verdâtre de la Manche qui délimite la côte et entoure délicatement la digue Mercier confère un charme unique et une ambiance à part au paysage. De l’autre côté de l’estuaire, plus au sud, Saint‑Valery‑sur‑Somme fait partie des plus beaux villages du coin. Offrant une vue incroyable sur la baie de Somme, il y ajoute l’attrait de son architecture variée ou de ses ruelles escarpées bordées de ravissantes maisons colorées. Bien aidée par sa caméra à 360° facturée 853 € en supplément, notre belle allemande glisse aisément ses hanches larges dans cet environnement étroit. Le système de levage de l’essieu avant optionnel (2 376 €) facilite les choses sur les dos‑d’âne plus abrupts, mais le cran de marche arrière un peu rude implique davantage en manœuvre. Petit passage par la pointe du Hourdel où le phare est hélas inaccessible, avant de descendre vers Mers‑les‑Bains et Le Tréport pour un repos bien mérité, après une journée particulièrement humide.
Le lendemain, miracle, le soleil pointe enfin le bout de ses rayons ! La falaise prolongeant Mers‑les‑Bains offre un magnifique panorama sur ces deux stations balnéaires contiguës et essentiellement séparées par une écluse. Un peu plus loin, les bocages environnants se mettent en valeur, à travers les quelques nappes de brouillard. Le trajet se poursuit en longeant la falaise vers Mesnil‑Val Plage, sur la D126E qui prend des allures de carte postale, même si quelques éoliennes dardent au loin les extrémités de leurs pales. La côte réserve encore de bien belles surprises, dont la mise à l’eau de Saint‑Martin Plage, avec ses falaises de craie blanche, son sol en galets et une mer variant selon son gré autour de subtilités turquoise. Dernières photos avant de rentrer en région parisienne par le chemin des écoliers pour découvrir les talents de notre Carrera T sur le sec. Sur revêtement dégradé, son amortissement intransigeant implique une poigne de fer. Encaissant plutôt bien les grosses déformations, il devient plus remuant sur les autres aspérités et compose parfois avec une poupe sautillante, voire rebondissante. Cela n’empêche pas son pilote d’imprimer un très gros rythme quand il est en confiance.
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Notre
Carrera T cabotine bien volontiers dans la carrière alluvionnaire
Oscar Savreux, devant un parterre acquis à sa
cause. Pas sûr en revanche qu’elle soit parfaitement adaptée à
l’endroit, à moins de se transformer en version Dakar, avec une
garde au sol appropriée et des jantes moins exposées !
La variété des routes met en valeur ce fameux feeling qui rend les Porsche toujours aussi addictives. Dotée ici d’un ratio un peu plus direct d’à peine 2,5 tours de butée à butée, la direction à assistance électrique offre un ressenti parfait. Le freinage mordant se dose au millimètre et le talon‑pointe devient complètement naturel avec un pédalier taillé en conséquence, même si les modes Sport et Sport Plus mâchent le travail en laissant l’électronique s’en charger. Les roues arrière directrices montées d’office apportent une aide discrète, tout en conservant des manières naturelles. À la sortie des Andelys, la D1 empruntée par la course de côte du même nom devient délicieuse en Carrera T. Impossible de résister à la tentation de retarder les freinages, en chargeant son avant à l’approche des épingles. Elle y entre dans un très léger sous‑virage, avant d’en ressortir encore plus fort. La poupe enroule subtilement, mais la motricité parfaite n’entraîne aucune dérobade. Les passages plus rapides sont effacés dans une rassurante stabilité sous les résonances grisantes du flat 6. Avec une telle monture, le temps passe bien trop vite.














