Essai - Alpine A290 Rallye : en mode "course" sur le pavé de Montlhéry ! (+ images)
Avec l’A290 Rallye, Alpine compte réconcilier les autorités bien-pensantes et les amateurs de sport automobile. Le constructeur a laissé à Sport Auto le volant de sa traction de course, pendant quatre tours, sur le circuit de Montlhéry. Et on a adoré !
"Vas-y, câble ! » Non. « Mais si, vas-y, t’es là pour ça ! » O.K. Petit déhanché, rattrapé de façon peu académique, mais rattrapé. « Tu vois, ce n’est pas sorcier ! » A ma droite, David Praschl, metteur au point chez Alpine.
Alpine A290 Rallye : "Il faut maîtriser le système"
L’A290 Rallye, c’est en grande
partie à lui qu’on la doit puisqu’il a abattu plus de 3 500 km
derrière son volant. David est un pilote, pas moi, aussi comprenez
ma frilosité lorsque pendant ce galop d’essai, sur une piste de
Montlhéry séchante et donc fourbe, il m’intime l’ordre de tirer sur
l’immense levier noir qui nous sépare.
Celui-ci commande le frein à main hydraulique. « En spéciale,
tu n’as pas le choix dans les portions lentes : il faut maîtriser
le système. » L’A290 Rallye a fait ses débuts publics au
Rallye de l’Indre, les 8 et 9 novembre derniers. Trois semaines
avant, Alpine nous a proposé d’effectuer une quinzaine de
kilomètres à son volant.
C’est évidemment trop peu pour tirer une quelconque conclusion,
mais suffisant pour en puiser quelques leçons. Première d’entre
elles : une traction électrique peut être efficace et drôle. La
base a fait ses preuves : l’A290 GTS, avec ses 220 ch et ses accus
de 52 kWh (400 V).
« C’est l’ensemble moteur-batterie de la version de route,
précise François Champod, directeur adjoint Motorsport Alpine
Racing. Mais la Rallye est une vraie voiture de course avec arceau,
baquets, harnais, extincteur, liaisons au sol revues et
autobloquant à glissement limité ZF. Le but n’est pas d’offrir un
ersatz mais un engin capable de gagner. »
Alpine A290 Rallye : on l’entend arriver !
Ça, l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a autant de
différences entre une GTS et la Rallye qu’entre moi et un jockey.
Il faut déjà arriver à se sangler, ce qui implique, pour l’équipe
de mécanos, de déboulonner le siège aux immenses oreilles pour
l’implanter au plus bas. Une fois l’intercom branché, moteur…
Enfin, façon de parler.
La planche de bord est identique à celle de l’A290 normale. «
Nous avons épuré l’habitacle, explique François Champod, mais
certains éléments ne pouvaient être retirés, comme le double écran
qui comprend le bouton de démarrage. La climatisation est conservée
puisqu’elle refroidit également le groupe motopropulseur et la
batterie ».
Première bonne surprise : il y a du bruit. Pas
l’air sifflotant joué habituellement par un moteur électrique ni
des bandes-son totalement superfétatoires jaillissant des
haut-parleurs. Sous le capot à attaches rapides, au niveau du phare
droit, un boîtier coiffé d’une turbine.
A la base du compartiment, un papillon qui est relié à la pédale
d’accélérateur. En dessous, une grosse gaine en alu ressortant
derrière le bouclier. On dirait du bricolage, mais c’est génial car
l’A290 Rallye râle, de façon
naturelle et pas artificielle.
Une fois à bord, c’est discret, mais de l’extérieur, on l’entend
arriver, ce qui ne manquera pas d’alerter les spectateurs en bord
de spéciale. Le volume n’a bien sûr rien à voir avec les
gémissements sauvages d’un 4 cylindres en échappement libre, mais
c’est, de très loin, la sonorité la plus réussie qu’il m’ait été
donné d’ouïr à ce jour pour une auto électrique, Hyundai 5 N
comprise.
Alpine A290 Rallye : tout doux, bijou !
Après la bosse de Couard et son délestage légendaire, c’est un
gauche à 90°. Ouch, que ça freine fort ! Et tard. Devant, la Rallye
reçoit les étriers 6 pistons et les disques de 350 mm de l’A390.
Les plaquettes sont des éléments de course.
Attaque et mordant réclament du temps pour être maîtrisés, plus en
tout cas que les quatre tours qui me sont alloués. Il va falloir
revoir mes repères. Descente à fond qui permet d’attraper la bride
à 171 km/h. Celle-ci est équivalente à la voiture de série.
Dans le gauche rapide en dévers, je note un arrière-train léger. Si
le châssis est identique (plateforme AMPR, seule une protection
supplémentaire sous la batterie ayant été ajoutée), les trains
roulants ont évolué. Les bras inférieurs sont renforcés, les
porte-fusées différents, les barres antiroulis raidies, et des
amortisseurs Alp Racing Suspension font leur apparition.
Alpine propose deux types de ressorts (deux fois plus durs que ceux
d’origine), en fonction de l’épreuve. Pour notre essai, ce sont les
spires les plus souples et offrant le plus de débattement qui ont
été choisies.
Le carrossage négatif avant a également été retouché (+1,5°). La
piste encore humide de Montlhéry ne permet pas de profiter
pleinement du potentiel accrocheur de l’autobloquant mécanique ZF,
dont le tarage ne semble pas trop perturbant (remontées de couple
maîtrisées).
Le guidage étant bien plus précis que dans la GTS, nul doute que
sur le sec, la Rallye restera sur sa trajectoire. L’aspect costaud
de ce train avant se conjugue avec un arrière qui aime prendre ses
aises au transfert de charges.
Lors de notre venue, les pneus étaient des Michelin Pilot Sport A
intermédiaires, en 18 pouces (19 sur une A290 GTS). Redescente vers
le camp militaire avant de taper, trop tôt encore, dans les freins.
C’est l’épingle des Bruyères. Personne ne me regarde…
Alpine A290 Rallye : au-delà des 130 km/h, la poussée s’essouffle
Un coup de levier pour faire pivoter. « C’est mieux »,
ment, très mal, David Praschl. Pas simple de lâcher le volant de la
main droite, d’attraper la tige noire, de trouver la bonne
amplitude pour faire pivoter sans partir dans le sens opposé, de
relâcher sa prise, de reprendre le volant et de remettre les gaz.
Pardon : les électrons.
Dans cette auto truffée d’électronique, greffer un tel appendice
n’a-t-il pas été source de tracas ? « Pas du tout, sourit
sieur Champod. Cela n’a réclamé aucune mise au point
particulière. » Bien plus raide qu’une A290 GTS, la Rallye n’est pas
exigeante.
La piste essonnienne est pourtant très accidentée, constellée de
trous et lacérée de raccords de bitume, mais la conduite n’est pas
une torture. C’est même tout l’inverse et au troisième tour, la
confiance s’installe.
On aurait aimé avoir plus de temps avec l’A290 Rallye. Plus pour
saisir son équilibre que profiter de ses relances. Sur route
ouverte, les 220 ch du moteur synchrone peuvent suffire pour une
utilisation standard, mais sur circuit, il en manque
clairement.
Alpine nous rassure en précisant que le refroidissement a été
amélioré (avec un échangeur 50 % plus gros) pour bénéficier des
30,6 mkg tout le temps, sans perte de punch liée à une éventuelle
surchauffe, mais il y a un goût de trop peu en bouche.
Au-delà des 130 km/h, la poussée s’essouffle. On nous rétorquera, à
raison, que les allures de Falcon ne sont pas la priorité numéro un
en Rallye. Il n’empêche qu’un peu de brutalité « mécanique
» n’aurait pas été de refus.
Alpine A290 Rallye : l'autre grief ? Les freins
L’autre grief (plutôt une interrogation) concerne les freins. Je
sais, je les ai encensés au fil de ces lignes avec leur puissance
désarmante, mais malgré les derniers hectomètres à rythme de
calèche dans l’ascension du Ventoux, de vilaines volutes sont
apparues une fois garé sous la tente de l’assistance, indiquant que
le refroidissement laissait à désirer et imposant un autre tour de
« cool down ».
En dépit d’un accastillage important, les 1 530 kg de l’A290 Rallye
auraient-ils eu raison des freins ? Le poids de cette voiture de
course pourrait d’ailleurs poser problème en compétition. Rappelons
qu’une GTS, avec sa sellerie cuir, sa banquette arrière et son
équipement riche, est annoncée à 1 479 kg (1 505 kg vérifiés par
nos soins).
Last but not least, il faut aborder l’autonomie. Celle-ci
variera énormément en fonction des conditions climatiques et des
épreuves, mais François Champod escompte bien une cinquantaine de
kilomètres de spéciale avant d’avoir à recharger.
Cela semble peu. « Dit comme ça, c’est vrai, mais passer de 20
à 80 % réclame 28 mn, soit moins de temps qu’une assistance
classique. » Faudra juste faire gaffe de ne pas se prendre les
pieds dans le câble en intervenant autour de l’auto…
Alpine A290 Rallye : sa fiche technique
- Moteur : électrique synchrone
- Puissance : 220 ch
- Couple : 30,6 mkg
- Capacité de batterie : 52 kWh
- Puissance de recharge : 100 kW
- Transmission : roues AV, réducteur à 1 rapport
- Antipatinage/autobloquant : de série déconnectable/de série mécanique ZF
- L - l - h (A290 GTS) : 3 990 - 1 823 - 1 502 mm
- Empattement (A290 GTS) : 2 534 mm
- Poids annoncé : 1 530 kg Roues : 8 x 18 Evo Corse
- Pneus : Michelin Pilot Sport A Prix : 59 900 € H.T. (non homologuée route)
Retrouvez notre essai course de l'Alpine A290 Rallye dans le Sport Auto n°768 du 26/12/2025.














