Supertest - Aston Martin Vantage : passage musclé sur le "gril" de Mortefontaine (+ images)

Publié le 16 février 2026 à 12:30
Supertest - Aston Martin Vantage : passage sur le "gril" à Mortefontaine

Une Aston Martin, c’est somptueux, mais pas seulement. C’est aussi une voiture de sport, conçue pour être utilisée en tant que telle. La Vantage en apporte la preuve, avec ce passage sur le gril du Supertest de Sport Auto.

Je dois avouer que j’ai un petit faible pour les Aston Martin (entre autres) depuis tout gamin. Au point d’avoir probablement manqué d’objectivité à leur propos et ainsi froissé ma cape de journaliste impartial.

Aston Martin Vantage : une histoire de "coefficient émotionnel"

En me laissant aller au dithyrambe à leur volant, au gré de nos colonnes, même si leurs qualités intrinsèques étaient, disons, relatives ou inconstantes. On appelle ça le « coefficient émotionnel ». Mais cette fois, promis, je serai totalement intraitable.
Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas lieu d’être indulgent dans le cas présent. Je m’explique. Cette Vantage phase 2 est la première GT d’Aston Martin à pouvoir réellement soutenir la comparaison avec le gratin des sportives, c’est-à-dire être matraquée sur un circuit, sans la moindre retenue.
Primo, ses liaisons au sol n’ont jamais été aussi comparables à la concurrence, et secundo, sa puissance rabat le caquet d’une Corvette ou d’une Maserati. A propos de moteur, Christophe ne cache pas sa surprise : « C’est un vrai pétard ! En troisième, il faut voir comment ça repart ! Autant de couple, ça donne l’impression d’avoir un gros 6 litres.
C’est vraiment réussi au point de vue mécanique, c’est très puissant, avec un beau bruit à l’intérieur, malgré le niveau sonore qui reste contenu à l’extérieur. Ils ont bien géré cet aspect chez Aston Martin, parce qu’il y a beaucoup de circuits où l’on ne peut plus faire de bruit.
»
Il faut rappeler que ce V8, toujours d’origine AMG, marque une réelle différence par rapport à celui de la Vantage phase 1. Tant en matière de puissance, en passant de 510 à 665 ch, que de tempérament, avec davantage de punch à bas régime et une plus grande allonge dans les tours.
En comparaison de la concurrence, il est infiniment plus poignant, sonore et démonstratif que le V6 des Maserati GranTurismo et MC20, par exemple. Et s’il n’est probablement pas encore assez percutant pour inquiéter le V8 de la Ferrari Amalfi, son niveau d’agrément n’en demeure pas moins exceptionnel.

Aston Martin Vantage : quid de ses performances sur circuit ?

Mais commençons par le commencement : le poids total. Le vrai, celui de notre balance de Mortefontaine, pour le comparer avec la valeur revendiquée par le constructeur (1 745 kg annoncés avec un conducteur de 75 kg, soit 1 670 kg). Verdict avec les pleins : 1 738 kg.
Ça dépasse a promesse, certes, mais on a vu pire et on a rarement constaté un équilibre aussi parfait entre les essieux. Malgré son moteur avant, en effet, la Vantage a la particularité d’être à 50/50 entre l’avant et l’arrière, avec 435 kg posés sur chacune des roues. C’est bon signe pour la suite des événements.
Quant à savoir où la Vantage se situe par rapport à la concurrence, rappelons qu’une Corvette Stingray s’approche des 1 700 kg avec les pleins et qu’une 911 Carrera GTS à 2 roues motrices accuse 1 696 kg. En clair et à la louche, la Vantage fait 50 kg de plus qu’une 911, mais avec 120 ch supplémentaires.
Cette puissance abondante procure des accélérations de tout premier ordre. Les valeurs mesurées sont d’ailleurs conformes à celles revendiquées par le constructeur. Le 0 à 100 km/h est avalé en 3”5 et le 0 à 200 km/h réclame 10”1 seulement.
Le 400 m D.A. est expédié en 11”2 et le 1 000 m D.A. est clôturé en 20”1 (!) à la vitesse finale de 270 km/h tout pile. Les reprises sont tout aussi spectaculaires, avec un 100 à 140 km/h effectué en littéralement moins de deux (1”9) !
Autant dire qu’il est inutile d’anticiper l’accélération avant de se décaler sur la file de gauche pour doubler. De là à en conclure que le bilan mécanique atteint le gratin absolu du segment, il n’y a qu’un pas… que nous ne franchirons pas, en raison du temps de réponse et de la réactivité de la boîte de vitesses.
Il faut avouer que Porsche et Ferrari ont habitué leur clientèle à un niveau tellement irréprochable que l’on a l’impression que c’est devenu standard. Mais ce n’est pas le cas. Rappelons que sur le plan technique, la boîte automatique de l’Aston Martin ne pourra jamais concurrencer la réactivité des boîtes à double embrayage.
A propos de la transmission, Christophe explique : « Il ne faut pas en attendre des passages ultra-rapides. Il faut la laisser faire et anticiper. J’exagère, mais c’est presque comme si on avait une boîte mécanique : on rétrograde gentiment et ça passe. A la montée, ça va encore, mais en rétrogradant, c’est un peu lent. »

Aston Martin Vantage : un vrai "feeling" de conduite

Au-delà de sa puissance spectaculaire, la Vantage se distingue par son feeling de conduite. Non pas que sa direction soit particulièrement riche en retours d’informations (elle en manque, à vrai dire), mais l’ensemble de ses réactions donne l’impression d’une voiture homogène, saine et sportive, malgré le poids et l’inertie qu’il engendre.
Si elle sous-vire ? Oui, mais dans des proportions infiniment moindres qu’une Mercedes-AMG SL, par exemple. Si elle survire ? Aussi, mais le contrôle de traction à multiples positions permet de faire passer le couple sans gâcher la fête.
Christophe explique : « Lorsque l’antipatinage intervient, ça régule le mouvement, mais ça ne le coupe pas complètement, c’est plutôt bien fait. » En revanche, le sens de fonctionnement du Traction Control le laisse perplexe, son intensité étant dégressive à mesure que le curseur progresse, de 1 jusqu’à 8, où tout est coupé.
« C’est un détail, mais je serais tenté de faire l’inverse, comme en course », précise Christophe avant d’ajouter : « Potentiellement, c’est une voiture qui peut faire des sorties sur circuit sans aucun problème. En gardant à l’esprit qu’il y a beaucoup de puissance et de couple, donc il faut en être conscient avant d’enlever toutes les aides électroniques.
Il faut avoir un petit peu d’expérience, parce que ça survire rapidement, à cause de la puissance. On peut vite se retrouver avec une voiture qui survire brutalement et se faire surprendre. Encore qu’elle téléphone bien ses réactions et n’est pas piégeuse. »
Quant aux pneus, notre modèle d’essai est équipé de Pilot Sport 5, ce qui pousse Christophe à dire : « Dommage qu’elle ne soit pas en semi-slicks. Ses gommes ne sont pas réellement adaptées au circuit, et ça lui fait perdre du temps sur l’épreuve du tour chrono, environ 2” sur un circuit comme Le Vigeant. Les pneus à pavés et le poids, ça ne va pas dans le sens de la performance." Même si Aston Martin a vu les choses en grand en matière de dimensions de roues : 275 à l’avant !

Aston Martin Vantage : une variante "classique" exceptionnelle

Christophe ajoute : « Il y a souvent 1 pouce d’écart entre l’avant et l’arrière, mais là, ce sont les mêmes dans les deux cas. Ça veut dire qu’ils ont quand même un problème pour faire pivoter la voiture. S’ils avaient mis du 20 pouces devant, elle ne tournerait pas.
En fait, il y a un super-train avant, mais assez vite, la gomme chauffe à cause du poids. C’est ça qui met le pneu en défaut. Ensuite, avec la chaleur, quand on rentre fort sur les freins, l’auto a un peu plus de mal à tourner. »
Christophe aurait bien sa petite idée pour radicaliser cette Vantage, qui reste une version routière, rappelons-le. « Il faudrait baisser la hauteur de caisse, pour avoir un centre de gravité plus bas et renforcer l’antiroulis. »
Mais au risque de nous répéter, il faut préciser que cette Vantage n’est pas, dans le catalogue Aston Martin, l’équivalent d’un modèle affûté comme une Mercedes-AMG Pro, une Porsche 911 GT3 ou une Ferrari Speciale.
Avouons que pour une variante « classique », elle est tout à fait exceptionnelle. Son freinage est aussi au-dessus du lot. Notre modèle d’essai équipé de disques en carbone-céramique ne réclame que 140 m pour passer de 200 km/h à l’arrêt lorsqu’une Mercedes-AMG GT Coupé 63 S E Performance (également en céramique) exige 10 m supplémentaires.
« Elle freine tard, malgré le poids et la vitesse en bout de ligne droite, où elle doit débouler à quasi 260 chrono. C’est quand même déjà pas mal ! » s’exclame Christophe, avant de conclure : « C’est vraiment classe, Aston Martin. C’est bien fini et la ligne est magnifique. Franchement, c’est beau. On n’en voit pas souvent en plus. Rouler en Aston sur un track day, c’est quelque chose ! A l’accélération, je pense qu’il n’y en a pas beaucoup qui peuvent doubler. Parce que ça va très vite ! »

L'avis de Laurent Chevalier : 5/5

Pour ceux qui pensaient que les Aston Martin se conduisaient le coude à la portière, non seulement la Vantage accélère, tourne et freine, mais elle distille un équilibre et des sensations remarquables, malgré son poids.
Même dans les conditions les plus extrêmes. Les seuls bémols concernent la relative lenteur de la boîte de vitesses et le manque de remontées d’informations dans la direction. Pour le reste, la prestation est de haute volée. La Vantage est une excellente alternative pour rouler, vite, différemment.

Aston Martin Vantage : en chiffres sur piste

© ERAS / Sport Auto

Aston Martin Vantage : sa fiche technique

  • Moteur : V8 biturbo, 32 S
  • Position : avant
  • Cylindrée : 3 982 cm3
  • Alésage x course : 83 x 82 mm
  • Rapport volumétrique : 8,6
  • Régime maxi : 6 500 tr/mn
  • Puissance maxi : 665 ch à 6 000 tr/mn
  • Puissance au litre : 166 ch/l
  • Couple maxi : 81,5 mkg à 2 000 tr/mn
  • Couple au litre : 20,3 mkg/l
  • Transmission : arrière, 8 rapports automatiques
  • Autobloquant : de série (E-Diff)
  • Antipatinage : de série, réglable et déconnectable
  • Suspension AV/AR : double triangulation, ressorts hélicoïdaux et amortissement piloté, barre antiroulis/ essieu arrière multibras, ressorts hélicoïdaux et amortissement piloté, barre antiroulis
  • Direction : électrique, assistance variable
  • Tours de volant/diamètre de braquage : 2,3/12 m
  • Freins AV/AR : disques percés ventilés (400/360 mm), céramique en option
  • Poids constructeur/contrôlé : 1 670/1 738 kg
  • Répartition AV/AR : 50/50 %
  • Rapport poids/puissance : 2,5 kg/ch
  • L - l - h : 4 495 - 1 980 - 1 275 mm
  • Empattement : 2 705 mm
  • Voies : 1 665 mm
  • Jantes AV & AR : 9,5 & 11,5 x 21
  • Pneus AV & AR : 275/35 & 325/30 ZR 21
  • Réservoir : 73 l
  • Prix de base : 199 700 €
  • Prix des options du modèle essayé/malus : 67 450/80 000 €
  • Prix total du modèle essayé : 347 150 € (malus compris)

Retrouvez notre Supertest de l'Aston Martin Vantage dans le Sport Auto n°768 du 26/12/2025.

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