Supertest - Aston Martin Vantage : passage musclé sur le "gril" de Mortefontaine (+ images)
Une Aston Martin, c’est somptueux, mais pas seulement. C’est aussi une voiture de sport, conçue pour être utilisée en tant que telle. La Vantage en apporte la preuve, avec ce passage sur le gril du Supertest de Sport Auto.
Je dois avouer que j’ai un petit faible pour les Aston Martin (entre autres) depuis tout gamin. Au point d’avoir probablement manqué d’objectivité à leur propos et ainsi froissé ma cape de journaliste impartial.
Aston Martin Vantage : une histoire de "coefficient émotionnel"
En me laissant aller au dithyrambe à leur volant, au gré de nos
colonnes, même si leurs qualités intrinsèques étaient, disons,
relatives ou inconstantes. On appelle ça le « coefficient
émotionnel ». Mais cette fois, promis, je serai totalement
intraitable.
Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas lieu d’être
indulgent dans le cas présent. Je m’explique. Cette Vantage phase 2 est la première
GT d’Aston Martin à pouvoir réellement soutenir la comparaison avec
le gratin des sportives, c’est-à-dire être matraquée sur un
circuit, sans la moindre retenue.
Primo, ses liaisons au sol n’ont jamais été aussi comparables à la
concurrence, et secundo, sa puissance rabat le caquet d’une
Corvette ou d’une Maserati. A propos de moteur, Christophe ne cache
pas sa surprise : « C’est un vrai pétard ! En troisième, il
faut voir comment ça repart ! Autant de couple, ça donne
l’impression d’avoir un gros 6 litres.
C’est vraiment réussi au point de vue mécanique, c’est très
puissant, avec un beau bruit à l’intérieur, malgré le niveau sonore
qui reste contenu à l’extérieur. Ils ont bien géré cet aspect chez
Aston Martin, parce qu’il y a beaucoup de circuits où l’on ne peut
plus faire de bruit. »
Il faut rappeler que ce V8, toujours d’origine AMG, marque une
réelle différence par rapport à celui de la Vantage phase 1. Tant
en matière de puissance, en passant de 510 à 665 ch, que de
tempérament, avec davantage de punch à bas régime et une plus
grande allonge dans les tours.
En comparaison de la concurrence, il est infiniment plus poignant,
sonore et démonstratif que le V6 des Maserati GranTurismo et MC20,
par exemple. Et s’il n’est probablement pas encore assez percutant
pour inquiéter le V8 de la Ferrari Amalfi, son niveau d’agrément
n’en demeure pas moins exceptionnel.
Aston Martin Vantage : quid de ses performances sur circuit ?
Mais commençons par le commencement : le poids total. Le vrai,
celui de notre balance de Mortefontaine, pour le comparer avec la
valeur revendiquée par le constructeur (1 745 kg annoncés avec un
conducteur de 75 kg, soit 1 670 kg). Verdict avec les pleins : 1
738 kg.
Ça dépasse a promesse, certes, mais on a vu pire et on a
rarement constaté un équilibre aussi parfait entre les essieux.
Malgré son moteur avant, en effet, la Vantage a la particularité
d’être à 50/50 entre l’avant et l’arrière, avec 435 kg posés sur
chacune des roues. C’est bon signe pour la suite des
événements.
Quant à savoir où la Vantage se situe par rapport à la concurrence,
rappelons qu’une Corvette Stingray s’approche des 1 700 kg avec les
pleins et qu’une 911 Carrera GTS à 2 roues motrices accuse 1 696
kg. En clair et à la louche, la Vantage fait 50 kg de plus
qu’une 911, mais avec 120 ch supplémentaires.
Cette puissance abondante procure des accélérations de tout premier
ordre. Les valeurs mesurées sont d’ailleurs conformes à celles
revendiquées par le constructeur. Le 0 à 100 km/h est avalé en 3”5
et le 0 à 200 km/h réclame 10”1 seulement.
Le 400 m D.A. est expédié en 11”2 et le 1 000 m D.A. est clôturé en
20”1 (!) à la vitesse finale de 270 km/h tout pile. Les reprises
sont tout aussi spectaculaires, avec un 100 à 140 km/h effectué en
littéralement moins de deux (1”9) !
Autant dire qu’il est inutile d’anticiper l’accélération avant de
se décaler sur la file de gauche pour doubler. De là à en conclure
que le bilan mécanique atteint le gratin absolu du segment, il n’y
a qu’un pas… que nous ne franchirons pas, en raison du temps de
réponse et de la réactivité de la boîte de vitesses.
Il faut avouer que Porsche et Ferrari ont habitué leur clientèle à
un niveau tellement irréprochable que l’on a l’impression que c’est
devenu standard. Mais ce n’est pas le cas. Rappelons que sur le
plan technique, la boîte automatique de l’Aston Martin ne pourra
jamais concurrencer la réactivité des boîtes à double
embrayage.
A propos de la transmission, Christophe explique : « Il ne faut
pas en attendre des passages ultra-rapides. Il faut la laisser
faire et anticiper. J’exagère, mais c’est presque comme si on avait
une boîte mécanique : on rétrograde gentiment et ça passe. A la
montée, ça va encore, mais en rétrogradant, c’est un peu lent.
»
Aston Martin Vantage : un vrai "feeling" de conduite
Au-delà de sa puissance spectaculaire, la Vantage se distingue par son
feeling de conduite. Non pas que sa direction soit particulièrement
riche en retours d’informations (elle en manque, à vrai dire), mais
l’ensemble de ses réactions donne l’impression d’une voiture
homogène, saine et sportive, malgré le poids et l’inertie qu’il
engendre.
Si elle sous-vire ? Oui, mais dans des proportions infiniment
moindres qu’une Mercedes-AMG SL, par exemple. Si elle survire ?
Aussi, mais le contrôle de traction à multiples positions permet de
faire passer le couple sans gâcher la fête.
Christophe explique : « Lorsque l’antipatinage
intervient, ça régule le mouvement, mais ça ne le coupe pas
complètement, c’est plutôt bien fait. » En revanche,
le sens de fonctionnement du Traction Control le laisse perplexe,
son intensité étant dégressive à mesure que le curseur progresse,
de 1 jusqu’à 8, où tout est coupé.
« C’est un détail, mais je serais tenté de faire l’inverse,
comme en course », précise Christophe avant d’ajouter : «
Potentiellement, c’est une voiture qui peut faire des sorties sur
circuit sans aucun problème. En gardant à l’esprit qu’il y a
beaucoup de puissance et de couple, donc il faut en être conscient
avant d’enlever toutes les aides électroniques.
Il faut avoir un petit peu d’expérience, parce que ça survire
rapidement, à cause de la puissance. On peut vite se retrouver avec
une voiture qui survire brutalement et se faire surprendre. Encore
qu’elle téléphone bien ses réactions et n’est pas piégeuse.
»
Quant aux pneus, notre modèle d’essai est équipé de
Pilot Sport 5, ce qui pousse Christophe à dire : « Dommage
qu’elle ne soit pas en semi-slicks. Ses gommes ne sont pas
réellement adaptées au circuit, et ça lui fait perdre du temps sur
l’épreuve du tour chrono, environ 2” sur un circuit comme Le
Vigeant. Les pneus à pavés et le poids, ça ne va pas dans le sens
de la performance." Même si Aston Martin a vu les choses en
grand en matière de dimensions de roues : 275 à l’avant !
Aston Martin Vantage : une variante "classique" exceptionnelle
Christophe ajoute : « Il y a souvent 1 pouce d’écart entre
l’avant et l’arrière, mais là, ce sont les mêmes dans les deux cas.
Ça veut dire qu’ils ont quand même un problème pour faire pivoter
la voiture. S’ils avaient mis du 20 pouces devant, elle ne
tournerait pas.
En fait, il y a un super-train avant, mais assez vite, la gomme
chauffe à cause du poids. C’est ça qui met le pneu en défaut.
Ensuite, avec la chaleur, quand on rentre fort sur les freins,
l’auto a un peu plus de mal à tourner. »
Christophe aurait
bien sa petite idée pour radicaliser cette Vantage, qui reste une
version routière, rappelons-le. « Il faudrait baisser la
hauteur de caisse, pour avoir un centre de gravité plus bas et
renforcer l’antiroulis. »
Mais au risque de nous répéter,
il faut préciser que cette Vantage n’est pas, dans le catalogue
Aston Martin, l’équivalent d’un modèle affûté comme une
Mercedes-AMG Pro, une Porsche 911 GT3 ou une Ferrari Speciale.
Avouons que pour une variante « classique », elle est tout à fait
exceptionnelle. Son freinage est aussi au-dessus du lot. Notre
modèle d’essai équipé de disques en carbone-céramique ne réclame
que 140 m pour passer de 200 km/h à l’arrêt lorsqu’une Mercedes-AMG
GT Coupé 63 S E Performance (également en céramique) exige 10 m
supplémentaires.
« Elle freine tard, malgré le poids et la vitesse en bout de
ligne droite, où elle doit débouler à quasi 260 chrono. C’est quand
même déjà pas mal ! » s’exclame Christophe, avant de conclure
: « C’est vraiment classe, Aston Martin. C’est bien fini et la
ligne est magnifique. Franchement, c’est beau. On n’en voit pas
souvent en plus. Rouler en Aston sur un track day, c’est quelque
chose ! A l’accélération, je pense qu’il n’y en a pas beaucoup qui
peuvent doubler. Parce que ça va très vite ! »
L'avis de Laurent Chevalier : 5/5
Pour ceux qui pensaient que les Aston Martin se conduisaient
le coude à la portière, non seulement la Vantage accélère, tourne
et freine, mais elle distille un équilibre et des sensations
remarquables, malgré son poids.
Même dans les conditions les plus extrêmes. Les seuls bémols
concernent la relative lenteur de la boîte de vitesses et le manque
de remontées d’informations dans la direction. Pour le reste, la
prestation est de haute volée. La Vantage est une excellente
alternative pour rouler, vite, différemment.
Aston Martin Vantage : en chiffres sur piste

Aston Martin Vantage : sa fiche technique
- Moteur : V8 biturbo, 32 S
- Position : avant
- Cylindrée : 3 982 cm3
- Alésage x course : 83 x 82 mm
- Rapport volumétrique : 8,6
- Régime maxi : 6 500 tr/mn
- Puissance maxi : 665 ch à 6 000 tr/mn
- Puissance au litre : 166 ch/l
- Couple maxi : 81,5 mkg à 2 000 tr/mn
- Couple au litre : 20,3 mkg/l
- Transmission : arrière, 8 rapports automatiques
- Autobloquant : de série (E-Diff)
- Antipatinage : de série, réglable et déconnectable
- Suspension AV/AR : double triangulation, ressorts hélicoïdaux et amortissement piloté, barre antiroulis/ essieu arrière multibras, ressorts hélicoïdaux et amortissement piloté, barre antiroulis
- Direction : électrique, assistance variable
- Tours de volant/diamètre de braquage : 2,3/12 m
- Freins AV/AR : disques percés ventilés (400/360 mm), céramique en option
- Poids constructeur/contrôlé : 1 670/1 738 kg
- Répartition AV/AR : 50/50 %
- Rapport poids/puissance : 2,5 kg/ch
- L - l - h : 4 495 - 1 980 - 1 275 mm
- Empattement : 2 705 mm
- Voies : 1 665 mm
- Jantes AV & AR : 9,5 & 11,5 x 21
- Pneus AV & AR : 275/35 & 325/30 ZR 21
- Réservoir : 73 l
- Prix de base : 199 700 €
- Prix des options du modèle essayé/malus : 67 450/80 000 €
- Prix total du modèle essayé : 347 150 € (malus compris)
Retrouvez notre Supertest de l'Aston Martin Vantage dans le Sport Auto n°768 du 26/12/2025.














