Essai - Nouvelle Ferrari Amalfi : digne héritière de la Roma ou usurpatrice ?
Elle est vraiment belle. Voire très belle. Fluide, élégante mais aussi charismatique avec son grand capot et son arrière dodu. L’Amalfi remplace la Roma sans que l’on comprenne pourquoi l’appellation change tant les deux autos sont jumelles. Mais c’est la garantie assumée par Ferrari : faire parfois du mieux avec du vieux, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Mais pas que…
Nous vous proposerions bien de jouer au jeu des sept erreurs,
mais encore faut-il en trouver autant. La plus évidente : la
calandre. La râpe à fromage disparaît au profit d’une pièce plus
béante en bas et plus fine en haut.
Les blocs optiques, déjà peu encombrants, s’affinent et les ailes
avant paraissent moins marquées sur l’Amalfi que sur la Roma. Peut-être nos yeux nous
trompent-ils ? L’élégant popotin perd ses optiques débordant sur
les hanches et le spoiler arrière, et le diffuseur, quoique plus
proéminent, semble mieux intégré à ces lignes sans cassure.
C’est à croire que Flavio Manzoni, le chef du design Ferrari, s’est
posé sur une plage de galets et, après s’être laissé imprégner par
tant des courbes douces, a décidé d’en extrapoler sa Ferrari.
Ferrari Amalfi : filiation ténue
L’Amalfi est lisse, polie,
monolithique, presque érodée. On peut d’ailleurs reprocher
cette frilosité stylistique. Nous entendons la segmentation entre
cette entrée de gamme et les bêtes féroces que sont 849 Testarossa
et F80. Mais la filiation est ténue.
L’Amalfi fera-t-elle date dans l’histoire du design Ferrari ? C’est
peu probable, au même titre qu’une California ou une Roma n’ont pas
révolutionné le grand tourisme en leur temps. Reste que le coupé, à
défaut d’en imposer, plaît même lorsque nous ne sommes pas sur ses
terres natales.
C’est le Portugal, entre Lisbonne et Faro, qui accueille le
lancement de la nouvelle Ferrari. Avec ses 640 ch (20 de plus que
la Roma), l’Amalfi est la moins puissante du catalogue. C’est une
belle entrée en la matière, nous sommes d’accord.
Telle son aïeule, l’Amalfi s’en remet au F154 pour se mouvoir, tout
en grâce. Ce V8 biturbo de 3,9 litres est en position centrale
avant. Les conduits d’admission se joignent aux couvre-culasses
rouges au niveau des coupelles d’amortisseurs et le moteur semble
incliné vers le bas, comme pour profiter davantage de cette
répartition des masses très favorable.
Le surplus de puissance est modeste mais les orfèvres ne se sont
pourtant pas reposés sur une nouvelle calibration de la
suralimentation ou de l’injection pour y parvenir. Le bloc, usiné
avec plus de rigueur, est moins lourd d’un kilo alors que le
quatuor d’arbres à cames fait l’économie de 1,3 kg.
Les turbos tournent à 171 000 tr/mn, soit 6 000 de plus que sur la
Roma. L’Amalfi est aussi la première Ferrari à utiliser de l’huile
0W30, à très faible viscosité, améliorant le temps de chauffe de 30
%. Techniquement, la principale nouveauté réside dans l’adoption du
freinage by wire. La Roma était la seule du catalogue Ferrari à en
être privée ; l’Amalfi répare ce mal. A condition que c’en soit
un.
Ferrari Amalfi : une vraie GT ?
La cour de l’hôtel où nous récupérons notre carrosse vert
(couleur de lancement, Verde Costiera) est pavée. Pas de bonnes
intentions mais de jolis cubes limés par les passages incessants de
véhicules. « C’est confort », avance Yann. « Carrément
», le suis-je. La suspension magnéto-rhéologique de la Roma
est reconduite.
Cet amortissement MagneRide conserve les mêmes organes qu’avant
mais la calibration a évolué. « Pour plus de cohésion notamment
sur les hautes fréquences », me confiait, la veille au soir,
Jacopo Canestri, responsable projet Dynamique du véhicule.
A allure légale, l’Amalfi est d’un ouaté presque « bentleysien
». La compression est maîtrisée, progressive, alors que la
détente est contenue, légère, sans envoyer la tête des deux
occupants (les deux places arrière serviront uniquement de coffre
d’appoint) dans le joli ciel de toit, un peu trop proche de mon
occiput.
L’agencement de la planche de bord, en double cockpit, est une
réussite. L’infographie, qu’elle soit côté conducteur ou côté
passager, est limpide, lisible, et le retour des commandes
physiques sur le volant simplifie la navigation entre les divers
menus.
Nous allouons un bon point en plus pour la désactivation des
alertes légales (dépassement de la vitesse, maintien dans la voie,
etc.) facile d’accès en trois opérations seulement, tandis que
certaines autos réclament souvent de balayer l’écran central
pendant de longues secondes afin de décocher toutes ces aides
intrusives.
Ferrari Amalfi : quid des sensations ?
Le 3,9 l hérite d’un nouvel échappement, dont les huit tubulures
sont de longueur égale, pour offrir un timbre plus caverneux.
N’ayant pas eu la chance d’essayer la Roma par le passé, je dois me
fier à l’avis de confrères de confiance qui m’assurent que l’Amalfi
sonne plus juste et plus fort.
Pourtant, la voix n’est pas très Ferrari. Il n’y a pas cette
montée lyrique vers les aigus, caractéristique des machines à
sensations fortes de Maranello. Les 7 600 tr/mn du rupteur
apparaissent à la fois comme une délivrance, le couple
s’essoufflant vers 6 800 tr/mn, et une déception, habitués que nous
sommes à cette ascension inépuisable du compte-tours. Quid des
sensations alors ?
Paradoxales. Même en Race, l’Amalfi fait patte de velours.
Lorsqu’on ne la brusque pas, sa capacité à se caler
imperturbablement sur ses appuis rassure et invite à rallonger le
trajet. La sonorité n’est pas envahissante comme dans une
Vantage.
L’anglaise, au chapitre des sensations, en donne plus. Son V8 4
litres, légèrement plus puissant, est plus volontaire dans les bas
régimes. Il faut dire qu’à Gaydon, contrairement à Maranello, on ne
pratique pas la limitation du couple en fonction du rapport engagé.
L’Amalfi ne se traîne évidemment pas, mais les reprises n’assènent
pas le même direct au derrière que l’Aston.
Quant à la 911 Turbo S (711 ch), avec sa capacité à muer la moindre
relance en départ arrêté, elle boxe dans une autre catégorie.
Confortable et équilibrée, l’Amalfi est-elle une Ferrari au rabais
?
Ferrari Amalfi : un vrai pur-sang de Maranello ?
Oh que non ! Si son V8 n’a pas le caractère fougueux du V6 de la
296 ni le timbre enchanteur du V12 de la 12Cilindri, il joue une
partition suave, un brin rauque et finalement assez addictive. Avec
ses deux turbos, et en raison de son positionnement dans la gamme,
l’Amalfi ne se conduit pas le couteau entre les dents sur
l’intégralité du parcours.
Pas à cause d’un manque de dynamisme, mais lui faire endosser le
costume de méchante sportive reviendrait à passer à côté de sa
véritable raison d’être : faire découvrir l’univers Ferrari à de
nouveaux clients. Une fois que ces derniers seront accoutumés aux
clignotants sur le volant, à la commande de volume invisible
(planquée derrière la branche gauche dudit volant) et au point
mort, uniquement actionnable en tirant les deux palettes en carbone
vers soi, ils pourront goûter au côté Mister Hyde de l’Amalfi.
Qui n’est pas qu’une excellente GT mais une vraie Ferrari. Comment
cela se traduit-il ? Par un guidage hors pair. La crémaillère de
l’Amalfi est nouvelle et le calibrage de la direction se veut plus
sportif que sur la Roma.
L’assistance électrique n’offre pas la même réactivité ni le même
retour informatif que son homologue hydraulique de la McLaren
Artura, mais le conducteur ressent parfaitement le travail de
l’essieu directionnel. Qui n’est que frontal.
« Nous n’avons pas jugé opportun d’avoir les roues arrière
directrices », confie Jacopo Canestri. On lui donne raison.
Avec son avant prompt dans les changements d’appui et des pneus
Goodyear Eagle F1 au mieux de leur forme, l’Amalfi ne s’avoue pas
facilement vaincue, même lorsque le virage se resserre. La
répartition des masses (50/50) y est pour beaucoup.
Ferrari Amalfi : le diable se cache dans les détais
L’E-Diff3 arrière aussi. Capable de gérer un couple grimpant
jusqu’à 108 mkg sur l’une ou l’autre des roues arrière, cet
autobloquant met en confiance quand le rythme augmente. Nous vous
le répétons régulièrement dans nos pages, mais Ferrari est passé
maître dans l’élevage de puces savantes.
Pas du genre de celles qui vous grattent lorsque les vils instincts
refont surface. Non : du genre de celles qui, de façon transparente
et indolore, améliorent l’expérience de conduite. La boîte de
vitesses à double embrayage recalibrée, qui me donnait parfois
l’impression d’être sous Xanax en ville, s’est muée en transmission
de F1, claquant quasi avant qu’on lui en intime l’ordre.
Cette corrélation entre la pression à l’accélérateur et la DCT est
géniale. Et c’est à ce moment qu’il faut se raisonner, car si
l’Amalfi est une GT patentée et un coupé très véloce, elle n’est
pas une supersportive. Sur les routes portugaises, à l’état parfois
déplorable, la Ferrari s’est désunie de temps à autre, avec une
détente trop lâche.
Est-ce lié à un défaut de mise au point ? Non, juste un rappel que
son cheval cabré est un étalon bien éduqué, pas un pur-sang modelé
pour gagner des titres. Endurant et facile à cerner, le freinage
sans liaison mécanique est probablement l’élément qui m’a réclamé
le plus d’adaptation (étriers, disques et plaquettes sont
identiques à ceux de la Roma).
Sa course courte se marie à merveille avec une conduite sportive
mais, sur les phases de délestage de suspension en particulier, on
note parfois une sur-assistance dans la décélération, ne permettant
pas de doser le dégressif aussi facilement qu’on l’aurait souhaité.
Une fois encore, comme pour le domaine de la direction, McLaren
rend une meilleure copie. Cela se joue à peu, bien sûr, mais
puisque le diable se cache dans les détails…
L'avis de Sylvain Vétaux : 5/5
L’Amalfi n’est pas la plus Ferrari des Ferrari mais elle
peut exhiber son joli blason jaune sans qu’on la traite
d’usurpatrice. Agile sans excès, elle est la moins performante du
catalogue, ce qui ne la rend pas pour autant la moins
désirable.
Nous aurions voulu un caractère moteur plus affirmé, mais c’est
oublier que la fougue mécanique, elle la laisse à d’autres. En
revanche, pour voyager vite, bien et loin, la concurrence va devoir
affûter ses armes.
Ferrari Amalfi : sa fiche technique
- Moteur : V8 biturbo, 32 S
- Cylindrée : 3 855 cm3
- Puissance maxi : 640 ch à 7 500 tr/mn
- Couple maxi : 77,5 mkg à 3 000 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports à double embrayage
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : piloté de série E-Diff3
- Poids annoncé : 1 470 kg à sec
- L - l - h : 4 660 - 1 974 - 1 301 mm
- Empattement : 2 670 mm
- Roues AV & AR : 8 & 10 x 20
- Pneus AV & AR : 245/35 & 285/35 ZR 20
- Réservoir : 80 l
- Prix de base : 234 516 €
- Prix des options/malus : 115 368/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 429 884 € (malus compris)
- V. max. : 320 km/h
- 0 à 100 km/h : 3’’3
- 0 à 200 km/h : 9’’0
Retrouvez notre essai de la Ferrari Amalfi dans le Sport Auto n°768 du 26/12/2026.














