Ces voitures de sport espagnoles sont si rares que vous n’en avez probablement jamais croisé une
Certaines pèsent seulement 750 kg, d’autres développent plus de 900 ch. Ces cinq sportives espagnoles prouvent que le pays a aussi donné naissance à des machines très radicales.
Quand on parle de voitures de sport, on pense à l’Italie, l’Allemagne ou le Japon. L’Espagne, elle, reste associée à Seat, Cupra et à quelques noms historiques comme Hispano-Suiza, pas vraiment aux supercars. Pourtant, derrière cette image sage se cachent cinq voitures de sport espagnoles méconnues, produites au compte-gouttes mais capables de faire rougir bien des GT italiennes.
Au programme : une fusée catalane à V12 AMG, une barquette de 750 kg qui ridiculise bien des hypercars, un spider V8 issu d’une Pontiac, une hypercar valencienne de plus de 900 ch et un roadster andalou néo-rétro basé sur une Mazda MX-5. Ces cinq modèles – Tramontana R, IFR Aspid Supersport, Tauro V8 Spider, Spania GTA Spano et Hurtan Grand Albaycin – sont si rares que même les passionnés de sportives les croisent plus souvent sur écran que dans la rue.
Trois fusées espagnoles taillées pour la piste
En Catalogne, à Palau de Santa Eulalia (province de Gérone), Advanced Design Tramontana a présenté en 2005 un concept dérivé de la Formule 1 qui est devenu quelques années plus tard la Tramontana R. Biplace en tandem, châssis maison doté de suspensions à doubles triangles réglables et allure de monoplace de route, elle cache en position centrale un V12 5,5 l biturbo d’origine Mercedes-AMG de 720 ch, associé à une boîte séquentielle à 6 rapports. Résultat : 0 à 100 km/h en environ 3,6 s et 325 km/h en pointe, pour une production si artisanale que chaque exemplaire ressemble presque à une pièce unique.
Ignacio Fernández Rodríguez, ingénieur et ancien pilote de rallye, a suivi une autre voie avec l’IFR Aspid Supersport, dévoilée au British International Motor Show de Londres en 2008. Sa barquette ultra légère de 750 kg reçoit un quatre-cylindres 2,0 l Honda F20C profondément préparé, avec carter sec et environ 400 ch, pour un 0 à 100 km/h annoncé en moins de 3 s. À Valence, Spania GTA a visé encore plus haut avec la GTA Spano, hypercar dévoilée en 2009 et produite à partir de 2012 autour d’un châssis composite et d’un V10 8,0 l biturbo dérivé de la Dodge Viper, poussé à environ 925 ch, de quoi rivaliser sur le papier avec les grandes européennes.
Deux cabriolets espagnols plus rares qu’une supercar
À Valladolid, la petite société Tauro Sport Auto s’est attaquée en 2012 à un autre exercice : transformer le roadster américain Pontiac Solstice en roadster de luxe européen, le Tauro V8 Spider. Sous sa carrosserie spécifique, on retrouve la plateforme GM Kappa, mais le modeste 4-cylindres d’origine cède la place au V8 6,2 l LS3 de Corvette, fort de 440 ch, voire 530 ch avec préparation. Trente exemplaires étaient prévus, sans certitude qu’ils aient tous vu le jour, ce qui explique pourquoi ce cabriolet reste presque introuvable, même sur les sites de collectionneurs.
Plus au sud, à Santa Fe en Andalousie, Hurtan Automóviles a dévoilé en 2021 le Grand Albaycin, une Mazda MX-5 ND métamorphosée en roadster néo-rétro façon années 1930. Capot allongé, ailes arrondies, chrome omniprésent : la carrosserie est entièrement retravaillée à la main, mais la base technique reste celle de la MX-5, avec les moteurs 1,5 l ou 2,0 l Skyactiv-G et le même châssis joueur. Le modèle devait être limité à 30 unités ; le carnet de commandes, notamment venu du Moyen-Orient, a poussé la marque à fabriquer davantage d’exemplaires, chacun largement personnalisable avant livraison.
Ce que ces sportives espagnoles disent de l’industrie locale
Ces voitures de sport espagnoles exceptionnelles ont un point commun : elles naissent presque toutes dans de petites structures d’ingénieurs, loin des budgets marketing des grands groupes. Entre coûts d’homologation, marché domestique limité et absence de réseau de distribution international, la plupart restent confinées à quelques dizaines d’exemplaires, parfois moins, comme la Spania GTA Spano dont les 99 unités annoncées n’ont jamais été atteintes. Résultat, on les aperçoit surtout dans les salons spécialisés, les garages de collectionneurs ou quelques vidéos virales, rarement à un feu rouge.
L’Espagne ne se résume pourtant pas à ces ovnis isolés. Des projets récents comme l’hypercar électrique Hispano-Suiza Carmen, la pistarde zéro émission Baltasar Revolt ou les modèles sportifs de Cupra montrent que le pays sait jouer sur tous les tableaux, du thermique artisanal au tout électrique. Croiser un jour une Tramontana, une Aspid ou un Tauro V8 Spider en vrai restera un privilège rarissime, mais connaître leur histoire donne un autre regard sur la créativité automobile espagnole.














