V8 de 2,0 litres, 155 ch, boîte automatique américaine… quand Ferrari ne misait pas tout sur la performance
Ferrari évoque les V12 rageurs et les performances extrêmes. Pourtant, Maranello a aussi produit quelques modèles étonnamment sages, dont une sportive de seulement 155 ch.
On pense tous à une Ferrari rouge, qui hurle dans les tours et efface tout au feu vert. Pourtant, l’histoire de Maranello cache aussi quelques curiosités : certaines des Ferrari les plus lentes jamais construites, parfois à peine plus rapides qu’une compacte sage. Derrière ces ovnis se cachent des histoires de fisc, de normes antipollution, de boîtes automatiques et même d’hommage familial tragique.
Ces anomalies roulantes ont des noms bien précis : Ferrari 208 GTB/GTS, Mondial 8, 365 GT 2+2 "Queen Mary", Dino 206 GT et 400 Automatic. On parle d'un minuscule V8 de 2,0 litres, de GT 2+2 plus lentes qu’une Corolla hybride, de V12 bridés par une boîte auto General Motors. De quoi faire grincer les tifosi, mais aussi comprendre à quel point Ferrari a parfois accepté d’être plus calme qu’on ne l’imagine.
Ferrari 208 GTB/GTS et Mondial 8 : quand une Ferrari se fait doubler par une compacte
En Italie, en 1973, les voitures de plus de 2,0 litres étaient soumises à une TVA de 38 %, contre 18 % sous ce seuil. Pour sauver ses ventes, Ferrari dégonfle alors son V8 à 1 990 cm³ : la 208 GTB/GTS ne développe que 155 ch, avec l’un des plus petits V8 de série jamais produits. Résultat, la "Ferrari la plus lente de l’histoire" affiche à peine 40 % de puissance en plus qu’une simple Volkswagen Golf GTI 1,6 l de l’époque.
La Ferrari Mondial 8, lancée en 1980, ajoute une autre couche au paradoxe. Son V8 2,9 l à injection Bosch K-Jetronic développe 214 ch, mais doit traîner environ 1 500 kg, avec seulement deux soupapes par cylindre. Le 0 à 100 km/h en 9,4 s pour la version américaine la place derrière une Toyota Corolla hybride actuelle. Moquée pour ses performances et son style, la Mondial 8 s’est pourtant bien vendue, avant que les versions ultérieures plus puissantes ne redressent son image.
365 GT 2+2 et 400 Automatic : les paquebots de luxe de Maranello
Présentée en 1967, la Ferrari 365 GT 2+2 choque les puristes par son gabarit : près de 4,97 m de long et environ 1 480 kg à sec. Les tifosi la surnomment "Queen Mary". Son V12 4,4 l de 320 ch reste brillant, mais l’auto privilégie le confort : première Ferrari dotée d’une suspension arrière à correcteur d’assiette, d'une direction assistée de série et, selon les marchés, d'une climatisation d’office. Le 0 à 100 km/h tourne autour des 8 s, pour 245 km/h en pointe, des chiffres honorables en GT mais timides pour la marque.
La Ferrari 400 Automatic va plus loin dans le confort. À l’origine, quelques 365 GT à boîte automatique GM à 3 rapports, commandées par l’importateur Luigi Chinetti, rencontrent un tel succès qu’Enzo Ferrari accepte en 1976 une version de série. La 400 Automatic combine un V12 4,8 l de 340 ch, environ 1 700 kg et cette boîte à convertisseur pensée pour les gros V8 américains. Le 0 à 100 km/h en un peu plus de 7 s fait tiquer les puristes, mais les clients suivent : 355 exemplaires automatiques contre seulement 147 manuels.
Dino 206 GT : la “fausse Ferrari” légère mais étonnamment sage
La Dino 206 GT naît comme sous-marque, sans cheval cabré, en hommage à Alfredo, le fils d’Enzo mort en 1956. Aujourd’hui, Ferrari la réintègre officiellement dans son patrimoine, et les prix aux enchères le confirment : pour beaucoup, c’est une vraie Ferrari. Sebastian Vettel résume bien la passion autour de la marque : "Tout le monde est fan de Ferrari. Même ceux qui ne le sont pas le sont quand même." Pourtant, cette berlinette en aluminium d’environ 900 kg met tout de même 8 s environ pour atteindre 100 km/h.
En cause, un V6 2,0 l de 180 ch mais seulement 187 Nm de couple atteints à 6 500 tr/min, avec un caractère presque de moto. Le moteur, fabriqué chez Fiat à Turin et partagé avec la Fiat Dino (annoncée à 160 ch), aime hurler plus que catapulter. La 206 GT sera rapidement remplacée par la 246 GT, plus coupleuse et plus rapide, tandis que la petite Dino reste, avec la 208, l’une des Ferrari les plus lentes mais aussi l’une des plus fascinantes à raconter.














