Ferrari, Porsche, BMW de fonction : ce salaire caché des cadres qui pèse lourd sur vos impôts et le climat
Des Ferrari de parking aux SUV BMW des cadres, les voitures de fonction de luxe s’imposent comme nouveaux symboles de statut en France. Mais derrière ces bolides de société se joue une impasse sociale, fiscale et écologique encore largement invisible.
Ferrari rouge garée sur un parking de zone d’activités, Porsche cabriolet siglée au nom d’une PME, SUV BMW payé par un grand groupe : derrière ces cartes grises d’entreprise se cachent des voitures qui ne servent pas qu’au travail. En France, la voiture de fonction est devenue un symbole social autant qu’un outil professionnel.
Une étude du Forum Vies Mobiles, pilotée par le sociologue Yoann Demoli, rappelle qu’environ 1,5 million de voitures de fonction circulent, soit 5,8 % des actifs. Financé par la SNCF mais juridiquement indépendant, l’institut décrit un système coûteux pour les entreprises, pour l’État et pour le climat. Derrière la Ferrari de fonction, c’est tout un modèle qui se dévoile selon Le Parisien.
Voitures de fonction : du bonus salarial aux Ferrari de parking
Au départ, la voiture de fonction devait surtout permettre aux commerciaux et techniciens de se déplacer. Aujourd’hui, près de la moitié des voitures neuves seraient achetées par des entreprises, et une part non négligeable sert surtout à compléter le salaire des cadres supérieurs. Environ 20 % seraient même des voitures statutaires, choisies d’abord pour le prestige.
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Certains cadres conduisent des voitures de luxe.
Pour le Forum Vies Mobiles, ce modèle forme une impasse à trois têtes. Les entreprises dépensent autour de 15 milliards d’euros par an pour ces véhicules, tandis que les comptes publics perdraient 1,8 milliard d’euros de recettes sociales et fiscales, voire 3,96 milliards selon l’ONG Transport et Environnement. L’impasse est à la fois :
- sociale, car l’avantage reste concentré sur une petite minorité de salariés ;
- fiscale, avec des niches coûteuses pour l’État ;
- écologique, en incitant à choisir de gros modèles thermiques.
Qui roule dans ces Ferrari, Porsche et BMW de fonction ?
Les chiffres de l’étude montrent un privilège très concentré. Environ 75 % des bénéficiaires de voitures de fonction de luxe sont des hommes, la moitié sont cadres alors que les cadres ne représentent que 21 % des actifs, et les 10 % les plus riches ont dix fois plus de chances d’en profiter que les salariés les moins favorisés.
Le portrait qui se dessine est celui d’un cadre urbain, souvent dirigeant, dont le bureau se trouve à quelques stations de métro. Sa grosse berline allemande ou son SUV BMW reste au garage en semaine, avant de filer sur l’autoroute le week-end ou pour les vacances. À l’extrême, quatre Ferrari Daytona sur cinq vendues en France l’auraient été à des entreprises.
Entre réforme fiscale et transition écologique, un modèle sous pression
Le fisc a commencé à resserrer la vis. Depuis février 2025, la base de calcul de l’avantage en nature lié à une voiture louée est passée de 30 % à 50 % du coût annuel, et de 9 % à 15 % pour un véhicule acheté. Les modèles 100 % électriques qui respectent un éco-score bénéficient encore d’un abattement de 70 %.
Dans le même temps, les grandes flottes doivent intégrer au moins 20 % de véhicules à faibles émissions lors de leurs renouvellements, alors que près de 60 % des entreprises auraient pris du retard. Seules environ 11 % proposent des alternatives comme le crédit mobilité, une enveloppe de 3 000 à 10 000 € par an pour financer d’autres transports. Reste une question : que deviendra la Porsche de fonction lorsque ce budget sera réorienté vers des mobilités plus sobres.














