Ferrari ignorait leur existence : l’incroyable histoire des six F90 commandées par le sultan de Brunei

Publié le 4 juin 2026 à 08:30
Ferrari ignorait leur existence : l’incroyable histoire des six F90 commandées par le sultan de Brunei

À la fin des années 1980, Enrico Fumia conçoit en cachette une Ferrari unique pour la famille royale de Brunei. Ce projet secret n’a été révélé au grand public que des années plus tard.

Une Ferrari dessinée en cachette de Ferrari, ça ressemble à un scénario de série. Pourtant la Ferrari F90 a bien existé : un coupé ultra‑secret imaginé par le designer Enrico Fumia chez Pininfarina pour le frère du sultan de Brunei, le prince Jefri Bolkiah, à la fin des années 1980.

Sur le papier, ce devait être une simple supercar unique posée sur la base mécanique d’une Testarossa. En réalité, le projet a donné naissance à six F90 sur mesure, payées par la famille royale et gardées hors des radars pendant plus de quinze ans, au point que Maranello lui‑même n’en a rien su avant le milieu des années 2000.

Ferrari F90 : six Ferrari fantômes pour Brunei

Baptisée "F90" pour "Ferrari for the 90s", la voiture repose sur le châssis et le flat‑12 de 4,9 litres de la Testarossa, mais tout le reste change : carrosserie, habitacle, proportions. Les six exemplaires sont expédiés directement à Brunei et rejoignent une collection d’environ 7 000 voitures, évaluée autour de 15 milliards de dollars (environ 12,9 milliards d'euros), où ils se fondent dans la masse.

Le secret ne concerne pas seulement le public. Pendant le développement, l’équipe de Pininfarina fait rouler les prototypes presque uniquement la nuit, sans logo Ferrari et sous une carrosserie camouflée. "Nous avons surtout testé de nuit, sans l’emblème du cheval cabré et avec la carrosserie entièrement camouflée pour la rendre méconnaissable", se souvient Enrico Fumia. Jusqu’au début des années 2000, personne à l’extérieur du palais ne sait vraiment ce qu’est cette mystérieuse F90.

Un projet clandestin entre le prince Jefri et Enrico Fumia

L’histoire commence quand  le prince Jefri Bolkiah, via un importateur de Singapour, approche Pininfarina pour commander une supercar totalement exclusive. Condition non négociable : Ferrari ne doit rien savoir. Plusieurs propositions sont préparées, et c’est celle d’Enrico Fumia, alors responsable du design avancé, qui séduit le prince. La commande passe d’un seul exemplaire à six, grâce à un budget royal impossible à refuser pour le carrossier italien.

Sur le plan du style, Enrico Fumia transforme la Testarossa en objet méconnaissable. La face avant abandonne la calandre traditionnelle pour reprendre l’idée des radiateurs latéraux, des ellipses pointues rythment les flancs, et des optiques très étirées préfigurent des codes que l’on retrouvera plus tard sur l’Enzo. Le toit coulissant façon targa, extrêmement complexe, est considéré comme l’un des systèmes les plus sophistiqués jamais réalisés par Pininfarina.

Fuite de photos et reconnaissance tardive par Ferrari

Le château de cartes commence à trembler en 2002 lorsqu’une photo d’une F90, prise dans un garage princier, apparaît en ligne. Les passionnés s’interrogent et les rumeurs se multiplient. En 2005, un journaliste italien souhaite inclure la F90 dans un annuaire officiel Ferrari. Enrico Fumia raconte alors toute l’histoire au responsable de la communication du constructeur, qui découvre qu’une Ferrari complète lui a échappé.

Contre toute attente, Maranello réagit sans scandale. Enrico Fumia explique que Ferrari a réagi "mieux que nous n’aurions jamais pu l’espérer". Le constructeur autorise les photos dans l’annuel 2005, envoyé aux clients en 2006. Il reconnaît officiellement la F90 comme une authentique Ferrari, sans en avoir jamais vu ni touché un seul exemplaire. Les six voitures seraient toujours quelque part à Brunei, dans des garages capables d’abriter au moins 110 voitures chacun. Elles sont restées invisibles depuis leur brève apparition en photo.

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