600 ch, 9 000 tr/min et un flat-8 inédit : ce moteur pourrait transformer les Porsche 911 classiques
Porsche ne l'a jamais commercialisé, Rünge Cars l'a construit. Ce flat-8 refroidi par air de 600 ch est conçu pour prendre place dans les 911 classiques sans modifications lourdes.
Dans un petit atelier d’Alexandria, au Minnesota, Rünge Cars s’est mis en tête de créer ce que Porsche n’a jamais osé commercialiser : un moteur flat‑8 refroidi par air, entièrement artisanal. Ce bloc baptisé Hetzer n’est pas seulement une folie mécanique, c’est aussi l’histoire d’un père, Christopher Rünge, qui construit un projet pensé pour durer sur plusieurs générations avec son fils Fin à ses côtés.
Concrètement, Hetzer est un flat‑8 de 5,3 litres, double arbre à cames en tête par banc, 32 soupapes, zone rouge à 9 000 tr/min et limiteur à 10 000 tr/min, pour une puissance visée autour de 600 ch. Rünge Cars fabrique quasiment tout en interne, du châssis tubulaire en aluminium jusqu’à ce moteur. L’idée est claire : offrir à plusieurs générations de Porsche 911 refroidies par air une nouvelle vie, tout en créant un objet mécanique transmissible dans la famille.
Un moteur flat‑8 Hetzer que Porsche n’a jamais construit
L’obsession de Christopher Rünge pour le flat‑8 remonte aux prototypes de course Porsche des années 1960, jamais déclinés en série. En 2017, un client lui demande un huit cylindres basé sur deux moteurs de 356, projet finalement abandonné mais qui plante la graine. La collaboration avec le motoriste britannique Swindon Powertrain sur un 4 cylindres de 911 très poussé relance l’idée et sert de banc d’essai pour Hetzer, développé sur près de sept ans.
Hetzer reste fidèle à l’esprit des moteurs refroidis par air, mais avec des chiffres de supercar moderne : 5 328 cm³, rapport volumétrique de 12:1, quatre arbres à cames, 32 soupapes, environ 600 ch à très haut régime. Le premier écrin sera la Runge R3, une berlinette à moteur central d’environ 780 kg, boîte manuelle 6 rapports et ligne inspirée des Porsche 908. Rünge réserve les premiers exemplaires du moteur à ses propres projets, dans un volume ultra limité, comparable à son flat‑4 2,4 litres déjà vendu plus de 250 000 dollars (soit environ 218 000 €).
Un flat‑8 pensé pour plusieurs générations de Porsche 911
Pour que Hetzer n’intéresse pas seulement quelques collectionneurs de R3, il doit surtout s’intégrer dans les compartiments moteur des 911 classiques sans chirurgie lourde. Rünge et ses partenaires ont donc calé l’encombrement du flat‑8 sur celui du moteur M64 3,6 litres de la 964, à 2 mm près. Ce bloc est aujourd’hui un swap courant dans les 911 refroidies par air, ce qui ouvre à Hetzer la porte de plusieurs générations de 911 sans découper tablier ni éléments structurels.
Fin Rünge et un collaborateur, Jeff Langendoerfer, ont scanné en 3D des baies moteur de Porsche et le prototype du flat‑8 pour modéliser chaque contrainte. Ils ont même imprimé en 3D un compartiment de 911 à l’échelle 1 pendant plus de 90 jours, soit environ 20 kg de plastique, pour valider physiquement l’implantation. Résultat : Hetzer peut être proposé comme "moteur prêt à installer" pour projets de restomod, pensé pour être réutilisé sur plusieurs châssis au fil des décennies, de la 964 aux anciennes 911 à air.
Chez Rünge Cars, un projet père‑fils qui se joue sur le long terme
Dans l’atelier, entre cuir, machines à coudre et roue anglaise, Christopher Rünge s’est longtemps méfié des écrans. "Je me suis retenu pendant longtemps", confie-t-il. "Je suis de la vieille école pour tout ce qui est mains sales, muscles fatigués, et dans mon esprit, être assis devant un ordinateur, ce n'est pas du vrai travail." L’arrivée de Jeff Langendoerfer, qui apprend la CAO et imprime des petites pièces, change la donne et ouvre la porte à Fin.
Le fils maîtrise désormais la modélisation 3D et allège le quotidien de son père. "Plus il s'implique, plus le fardeau s'allège", dit Christopher Rünge. Des optiques demandaient notamment trois jours de mise au point. Elles sont désormais finalisées en une après‑midi, une bibliothèque de scans garantit la répétabilité. Christopher insiste sur le fait qu’il ne force pas Fin à reprendre l’entreprise, tout en glissant : "Je pense qu'il va rester pour longtemps." Hetzer devient alors plus qu’un moteur extrême : un outil de transmission d’un savoir-faire qui se projette, lui aussi, sur plusieurs générations.














