Considérée comme l'une des plus belles voitures du monde, cette Delage de 1937 vise un record aux enchères
En août 2026, une Delage D8-120 S de 1937 va tenter les enchérisseurs à Monterey avec une estimation vertigineuse. Entre Paris, Pebble Beach et RM Sotheby’s, son destin fascine encore.
Imagine une voiture de 1937 qui pourrait s’envoler à près de 6 millions de dollars (environ 5,2 millions d'euros) aux enchères. C’est le destin de la Delage D8‑120 S Aerodynamic Coupe, coupé souvent décrit comme l’une des plus belles voitures du monde, lors de la RM Sotheby’s Monterey Auction. Estimée entre 5 et 6 millions de dollars, soit autour de 4,3 à 5,2 millions d’euros, cette française vise un record pour la marque Delage.
Pourquoi un tel prix pour une voiture presque nonagénaire ? Parce que ce coupé aux lignes Art déco très travaillées cumule tout ce qui attire les collectionneurs : rareté, profil aérodynamique, histoire forte, de la France des années 1930 aux plus grands concours d’élégance. Reste une question : qui sera prêt à signer le chèque à 7 chiffres ?
Delage D8‑120 S 1937 : une voiture Art déco plus proche de la sculpture que de la route
À la base, la Delage 1937 est le prototype du châssis D8‑120 S, version "surbaissée" et plus sportive de la D8‑120. Sous le long capot, un huit cylindres en ligne de 4,75 litres développe environ 120 ch et approche les 160 km/h, niveau très élevé pour la fin des années 1930. Le châssis abaissé et allégé, doté de freins plus généreux, sert d’écrin à une carrosserie en grande partie en aluminium pensée pour fendre l’air.
Cette enveloppe naît du crayon du designer Georges Paulin. Ce dernier utilise déjà la soufflerie pour affiner les courbes. Son dessin prend vie dans les ateliers de Marcel Pourtout. Ligne de toit fuyante, arrière effilé, vitrage intégré dans un dessin très pur : tout est étudié pour allonger visuellement la voiture et calmer les turbulences. "C’est rien de moins qu’un chef‑d’œuvre de carrosserie, et l’une des plus importantes voitures françaises Art déco jamais créées", résume Harvey Stanley, directeur des ventes privées de RM Sotheby’s.
De Louis Delage à Sam et Emily Mann : la vie mouvementée d’un coupé d’exception
En 1937, Louis Delage veut frapper un grand coup au Salon de Paris avec ce coupé expérimental. Mais il est trop tard pour déposer un dossier officiel. Il se contente alors de le garer devant le Grand Palais. Garée à l’entrée du salon, la voiture fait sensation. Le patron en tombe amoureux et en fait son véhicule de tous les jours. Cette auto devient un mélange rarissime de prototype de salon et d’auto de chef d’entreprise.
Victime d’un accident en 1953, le coupé est réparé chez Saoutchik, qui en modifie la face avant et le vitrage. Des décennies plus tard, Sam et Emily Mann le font entièrement reprendre par l’atelier Stone Barn. Celui-ci, en deux ans et demi, recrée les lignes signées Pourtout et Paulin. Cette version ressuscitée remporte le Best of Show à Pebble Beach Concours d’Elegance en 2005, puis le titre "Best of the Best" au premier Louis Vuitton Classic à New York.
Un marché de l’art sur roues à plusieurs millions d'euros
Sa valeur à sept chiffres tient à une combinaison rare : coupé unique, restauration de concours et série de victoires internationales. Pour un collectionneur, l’auto sert quasiment de passeport pour les pelouses les plus prestigieuses du monde.
Sam Mann la décrit comme "la crème de tout ce que nous avons possédé".














