Condamné à disparaître, ce spécialiste texan des restomod vend désormais ses Mustang à plus de 600 000 euros
Classic Recreations est passé de la liquidation judiciaire à un carnet de commandes rempli jusqu’en 2028. Sa recette : des Mustang Shelby restomod toujours plus exclusives et plus chères.
Vu de loin, on dirait juste une Ford Mustang de 1967 musclée à l’extrême. En réalité, cette Shelby GT500CR est la vitrine du retour d’entre les morts de Classic Recreations, atelier texan spécialiste du restomod. Après sa sortie de faillite, la marque signe désormais des Mustang affichées jusqu’à environ 725 000 dollars, soit près de 622 000 €.
Derrière ce prix vertigineux, il y a une histoire de dépôt de bilan, de licence Shelby perdue puis retrouvée, et d’un rachat opportuniste. Le 9 juillet 2025, Classic Recreations a demandé la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, avant que la procédure ne bascule en chapitre 7, liquidation pure et simple. Actifs déclarés : entre 500 001 et 1 million de dollars, pour 1 à 10 millions de dettes. Autrement dit, la fin semblait écrite.
De la faillite annoncée au sauvetage de Classic Recreations
Avant de trébucher, l’atelier s’était fait un nom avec ses restomods de Ford Mustang 1967-1968 : Shelby GT500CR, Boss 429 Hitman, Cobra, toutes inscrites au registre officiel Shelby grâce à un accord avec Carroll Shelby Licensing. En 2020, une première GT500CR Carbon Edition, déjà habillée de fibre de carbone, démarrait à 298 000 dollars (environ 256 000 €) pour environ 810 ch.
La rupture de la licence Shelby a fragilisé un modèle économique déjà tendu. Sans droit d’utiliser le nom Shelby ni d’inscrire les voitures au registre officiel, la valeur perçue s’effondre. Quand la faillite a été déclarée, plusieurs clients avaient versé des acomptes sur des voitures en cours de construction, sans certitude de les voir un jour terminées.
Velocity Restorations relance la machine en version ultra‑premium
Le 8 août 2025, une vente de faillite approuvée par le tribunal a tout changé. L’atelier floridien Velocity Restorations rachète l’outillage, la propriété intellectuelle, les châssis en cours et négocie un nouveau contrat de licence avec Carroll Shelby Licensing. La marque renaît sous la bannière "Classic Recreations powered by Velocity", avec l’idée de livrer moins de voitures, mais à un niveau de finition nettement supérieur.
La production quitte le Texas pour une usine de 12 500 m² à Pensacola, en Floride. Velocity revendique plus de 1 000 véhicules déjà construits et annonce jusqu’à 2 500 heures de travail sur chaque Shelby GT500CR. Une des premières voitures terminées après le rachat, une GT500CR carbone, a même été entièrement démontée puis reconstruite sur six mois pour atteindre ces standards maison.
Comment une Mustang en arrive à coûter plus de 600 000 euros
Symbole de cette nouvelle ère, la récente Shelby GT500CR en carbone repose toujours sur une Mustang 1967, mais chaque panneau de carrosserie est désormais en fibre de carbone apparente, jusqu’aux barillets de jantes fournis par Brothers Carbon. L’intérieur reçoit une insonorisation moderne, un système multimédia, une hi‑fi Focal et une sellerie en cuir noir surpiqué rouge. Sous le capot, un V8 Ford Coyote 5,0 L développe au choix environ 500, 700 ou 900 ch.
Le ticket d’entrée pour une GT500CR tourne aujourd’hui autour de 549 900 dollars (environ 472 000 €), et la version 900 ch grimpe à 724 900 dollars (environ 622 000 euros). L’écart avec une Carbon Edition 2020 s’explique par le coût des matériaux, la main‑d’œuvre qualifiée mobilisée pendant des mois, la licence Shelby, mais aussi une stratégie assumée : produire très peu, très cher. Le carnet de commandes est déjà rempli jusqu’en 2027, voire 2028 pour les GT500CR carbone, preuve qu’un marché existe pour ces muscle cars devenus objets de luxe.














