Cette Gunther Werks F-26 de 1 000 ch est si radicale que même un ex-pilote de F1 reste sur ses gardes à Goodwood
Avec 1 000 ch transmis aux seules roues arrière, la Gunther Werks F-26 a signé le meilleur temps des voitures homologuées pour la route à Goodwood. Scott Speed explique pourquoi cet exploit doit autant au pilotage qu’à la puissance.
Au Goodwood Festival of Speed, la colline n’a l’air de rien sur les photos : 1,87 km d’allée de manoir qui serpente entre un mur, des arbres et des bottes de paille. Dans la réalité, Scott Speed y a expédié la Gunther Werks F‑26 de 1 000 ch en 50,41 secondes, devenant la voiture homologuée pour la route la plus rapide de l’édition devant une TWR Supercat reléguée à plus de quatre secondes. Sur le papier, c’est une démonstration de puissance. Dans le baquet, c’est un exercice d’équilibre permanent.
Officiellement, Goodwood n’est même pas une vraie course de côte, plutôt un show chronométré. Sauf que quand le chrono tourne, tout le monde roule comme en course. Et là, dompter 1 000 ch devient moins une question de pied droit que de finesse : peu de tours d’essai, aucune marge de dégagement, météo britannique capricieuse et piste plus proche d’une route de campagne que d’un circuit moderne. Même pour un pilote passé par la F1, le NASCAR et le rallycross, rien n’est vraiment "facile".
Goodwood : un ruban étroit pour lâcher 1 000 ch
Sur un circuit classique, Scott Speed peut accumuler les tours, comparer les données, affiner virage par virage. À Goodwood, tout est différent, à commencer par la largeur de la route. "Tester un véhicule ailleurs pour se préparer à Goodwood est un peu vain", explique-t-il, "parce que les conditions et la dynamique du tracé de Goodwood sont vraiment uniques. Surtout, la route est si étroite que la sensation est très différente de tout ce que vous faites habituellement au volant." Quand les bottes de paille deviennent vos rails de sécurité, l’erreur se paie très vite.
La surface n’aide pas. Le pilote raconte qu’en temps normal, il obtient deux montées par jour, une le matin, une l’après‑midi, avec des conditions rarement identiques. "D’habitude, le grip est très différent d’un run à l’autre à cause de la météo et de l’état de la route", détaille-t-il. Goodwood ne balaie pas sa piste comme un circuit ; si la pluie tombe au mauvais moment ou si des camions ont traversé, "il peut rester des traces de boue qui coupent la trajectoire". Cette année, il a bénéficié d’un temps sec et stable, presque un luxe.
Gunther Werks F‑26 : une hyper-Porsche sans filet d’aéro
La Gunther Werks F‑26 ne facilite pas la tâche. Derrière sa silhouette de 911 type 993 retravaillée façon Slantnose, elle cache un flat‑six 4,0 l biturbo développé avec Rothsport Racing, autour de 1 000 ch et environ 1 000 Nm de couple, envoyés uniquement aux roues arrière via une boîte manuelle à six rapports. Le tout dans un châssis largement en carbone, proche de 1 250 kg, sans énorme aileron ni appuis extrêmes. Une arme de chrono, mais très analogique.
Scott Speed insiste pourtant sur le côté sain de l’auto. Il explique que beaucoup de voitures à moteur arrière ont tendance à sous-virer, "mais la façon dont ils ont conçu la F‑26 fait que l’avant est vraiment efficace". Il salue une voiture qu’il peut "manipuler comme il veut", surtout parce que l’absence de gros appui laisse plus de marge autour de la limite : "Comme cette voiture n’a pas d’appui, je peux la faire glisser presque quelle que soit la vitesse du virage. Pour un pilote, c’est vraiment amusant."
Préparation mentale et respect : la vraie clé à Goodwood
Pour apprivoiser ce combo, la préparation commence loin de la colline. Faute de simulateur intégrant vraiment le tracé, Scott Speed passe par des journées sur des circuits plus classiques pour régler la voiture, puis par une consommation intensive de vidéos embarquées pour mémoriser chaque bosse, chaque compression. Sur place, il enchaîne quelques runs de démonstration non chronométrés avant d’augmenter progressivement le rythme ; après trois montées environ, il dit avoir senti que la F‑26 avait de quoi dominer les autres voitures de route.
La dernière variable reste dans la tête. Le pilote assure qu’il garde toujours une marge sur certains virages, "surtout près du mur", où il sait qu’il peut aller chercher un peu plus si tout se présente bien. Il insiste aussi sur la responsabilité des pilotes : "Le fait qu’on puisse encore amener des voitures de ce niveau avec comme barrières des bottes de paille, c’est parce que ceux qui sont passés avant ont traité l’événement avec respect." Moins de crashes, plus de spectacle, et la possibilité, encore une année, de voir quelqu’un tenter de tenir 1 000 ch sur ce mince ruban d’asphalte.














