Aston Martin F1 : ce chèque de 63 millions qui change tout pour l'écurie... et sauve le constructeur
En pleine série de profit warnings, Aston Martin vend pour 63 millions de dollars ses droits de naming F1 à sa propre écurie. Derrière ce montage surprenant se joue un pari de pouvoir et de valeur qui pourrait rebattre les cartes du business de la Formule 1.
Un constructeur en difficulté qui vend son propre nom à son écurie de Formule 1 pour des dizaines de millions : le scénario a tout d’un aveu de faiblesse. Pourtant, dans le cas d’Aston Martin, ce chèque interne ressemble davantage à une opération de long terme soigneusement calibrée qu’à une panique de trésorerie selon Road & Track.
Concrètement, l’équipe Aston Martin F1, via AMR GP Holdings, va verser 50 millions de livres sterling (environ 63 millions de dollars, soit près de 59 millions d’euros) au constructeur Aston Martin Lagonda pour obtenir à perpétuité les droits d’utiliser le nom et le châssis "Aston Martin" en F1. Le tout alors que la marque de route reste sous pression financière. Derrière ce montage, un double coup stratégique.
Un deal qui grave le nom Aston Martin en F1 pour toujours
Jusqu’ici, l’écurie ne détenait le naming que jusqu’en 2055. Avec cette vente, AMR GP décroche des droits perpétuels tant qu’elle court en F1. Lawrence Stroll a décrit l’opération comme "an important step in our team’s journey", a déclaré Lawrence Stroll, plaçant clairement ce rachat dans une logique de construction d’un projet capable de viser les titres mondiaux sur plusieurs décennies.
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Ce point change tout : si Aston Martin Lagonda était restructurée, rachetée ou décidait un jour de se désengager du sport, l’équipe conserverait le badge et pourrait continuer d’exister sous ce nom prestigieux. Dans un championnat où la valeur des franchises s’envole et où les sponsors recherchent une visibilité stable, verrouiller à vie un nom aussi iconique augmente mécaniquement l’attrait et la valeur de l’actif "écurie Aston Martin F1".
Pour le constructeur, 50 M£ de cash qui tombent au bon moment
Côté route, la réalité est moins glamour. Aston Martin Lagonda a livré 5 448 voitures sur l’exercice 2025, contre 6 030 l’année précédente, soit une baisse d’environ 10 %. La marque a enchaîné les profit warnings, avec des marges et un EBIT inférieurs aux attentes, sur fond de dette lourde et de demande plus fragile. Avec une trésorerie tournant autour de 250 millions de livres, un apport immédiat de 50 millions pèse lourd.
Officiellement, la transaction doit "renforcer la position de liquidité du groupe", a indiqué Aston Martin Lagonda, cité par Reuters. Il s’agit d’une opération entre parties liées, AMR GP étant contrôlée par Lawrence Stroll ; elle nécessite donc un vote des actionnaires, dont 54,27 % se sont déjà engagés à l’approuver. Pour résumer, ce chèque interne transforme la F1 d’un simple centre de coûts marketing en levier financier. Les gains sont très concrets :
- pour le constructeur : du cash frais sans nouvelle dilution du capital, tout en restant présent sur la monoplace via le sponsoring ;
- pour l’écurie : un nom sécurisé à vie, déconnecté des hauts et des bas de la marque de route.
Un montage gagnant-gagnant… et presque invisible pour les fans
Pour les suiveurs de F1, le plus frappant est sans doute ce qui ne changera pas : le nom Aston Martin restera sur les grilles, sur les monoplaces et à l’écran, précisément grâce à ce deal. L’équipe peut maintenant se projeter au-delà de 2055 avec ses partenaires majeurs, du pétrolier saoudien Aramco au futur motoriste Honda à partir de 2026, en offrant une bannière stable.
En toile de fond, cette opération illustre la mue de la F1 en actif financier à part entière. Les écuries valent désormais des milliards et une marque historique solidement attachée à une équipe devient un atout central pour attirer sponsors, investisseurs et pilotes. Derrière le bruit d’un nouveau profit warning, Aston Martin vient surtout de transformer son nom en un actif autonome, capable de vivre sa vie dans le paddock, quelles que soient les turbulences de la route.














