Aston Martin : 3,1 milliards de dollars de pertes sous l'ère Stroll

Publié le 2 novembre 2026 à 15:30
Aston Martin Valhalla Spider, ou comment rouler à 350 km/h cheveux au vent

En six ans sous Lawrence Stroll, Aston Martin a brûlé 3,1 milliards de dollars sans retrouver l’équilibre. Entre dettes, F1 et marchés fragiles, le pari atteint un tournant décisif.

Pour beaucoup, Aston Martin, c’est d’abord des GT sculpturales, des hypercars délirantes et une équipe de Formule 1 très visible. Côté coulisses, l’image est moins glamour : depuis l’arrivée du milliardaire canadien Lawrence Stroll en 2020, le constructeur a cumulé 2,3 milliards de livres de pertes nettes, soit près de 2,9 milliards d’euros. Le plan de sauvetage n’a pas encore effacé des années de comptes dans le rouge.

Six ans sous Lawrence Stroll : un trou de 3,1 milliards de dollars

Les derniers chiffres, ceux du troisième trimestre 2026, racontent une histoire plus nuancée : le déficit se réduit, les marges remontent, mais la marque reste loin de l’équilibre. La question n’est plus de savoir si Aston Martin brûle de l’argent, mais combien de temps elle peut encore le faire. Depuis la prise de contrôle en 2020, chaque exercice ou presque s’est soldé par une perte, jusqu’à atteindre ces 2,3 milliards de livres de déficit cumulé après impôts. En 2025, la perte avant impôts a encore tourné autour de 364 millions de livres, confirmant un rythme d’hémorragie élevé. À fin septembre 2026, la dette nette s’élève à 1,57 milliard de livres, un niveau qui limite la marge de manœuvre financière du constructeur anglais. Pour tenir, Aston Martin a multiplié les appels à l’aide : huit levées de cash d’urgence depuis son introduction en Bourse, dont 50 millions de livres injectés au printemps 2026. La marque a aussi lancé plusieurs avertissements sur résultats, coupé environ 300 millions de livres dans ses investissements et vendu les droits de naming de son écurie de F1 pour 50 millions. L’objectif est simple : gagner du temps en attendant que la nouvelle génération de modèles commence à vraiment payer.

Des signaux de redressement chez Aston Martin

Le troisième trimestre 2026 montre pourtant un visage moins sombre. La perte avant impôts recule à 77 millions de livres, contre 111,9 millions un an plus tôt, et la perte nette tombe à 78,8 millions, contre 131,8 millions. Dans le même temps, le chiffre d’affaires grimpe à 389 millions de livres, en hausse de 36 %, et la marge brute bondit de 76 %, signe que chaque voiture vendue rapporte davantage. Ce mieux ne vient pas des volumes, quasiment stables avec 1 431 livraisons en gros contre 1 430 un an plus tôt, mais du mix produit. La supercar hybride rechargeable Valhalla, produite en série limitée, tire les prix vers le haut. Elle sera suivie en 2027 par la Valen, un modèle V12 en petite série, pensé pour pousser encore les marges unitaires. Toute la stratégie consiste à vendre moins, mais beaucoup plus cher. En face, les vents contraires restent puissants. La demande se tasse en Chine, marché clé pour le luxe automobile, tandis que les droits de douane américains rognent les marges sur les modèles exportés. L’écurie Aston Martin de Formule 1, juridiquement distincte mais soutenue par Lawrence Stroll, sert de vitrine mondiale mais a accumulé près de 190 millions de livres de pertes en cinq ans. Le partenariat moteur exclusif avec Honda à partir de 2026 doit renforcer l’image technologique, pas forcément les comptes.

Les créanciers surveillent de près cette équation délicate. Des fonds obligataires, dont Arini Capital, contestent certaines structures de financement et cherchent à sécuriser leurs positions, dans un contexte où l’endettement reste lourd et la rentabilité encore hypothétique. Si les prochains modèles ne génèrent pas rapidement assez de cash pour réduire la dette et stabiliser les résultats, le groupe pourrait se retrouver poussé vers une restructuration plus brutale, voire un nouveau changement d’actionnaire de contrôle.

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À propos de l’auteur
Lucas Brenot
Lucas Brenot
J’aime l’automobile pour ce qu’elle apporte concrètement : la sensation de conduite, le plaisir d’un moteur bien réglé, le soin apporté à un intérieur. J’ai grandi avec des voitures autour de moi, et c’est resté une vraie curiosité au quotidien.
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