Alpine préfère vendre moins plutôt que perdre son âme
Ventes timides et production ralentie à Dieppe, l’Alpine A390 interroge déjà la stratégie électrique de Renault. Mais derrière ce semi-flop se cache un choix plus radical.
L'Alpine A390 devait être le SUV sportif 100 % électrique qui ferait passer la marque française dans une nouvelle dimension. Dans les faits, son démarrage commercial est poussif et oblige déjà Renault Group à revoir la copie, sans tomber dans la panique ni les rabais massifs.
Alpine A390 : des ventes timides et une production déjà ralentie
Au lieu de casser les prix pour doper les ventes, Alpine assume un choix plus rare dans l’auto : vendre moins, mais rester fidèle à son ADN de marque. En coulisses, la direction parle de marathon plutôt que de sprint, avec une stratégie pensée sur des années, quitte à laisser filer certains clients très courtisés par les SUV allemands. Sur les six premiers mois de 2026, le SUV n’a signé qu’environ 1 041 immatriculations en Europe, dont 610 en France, soit près de 250 exemplaires écoulés chaque mois, bien en dessous des attentes internes. En août, les commandes seraient tombées autour de 60 unités, un niveau qui a poussé l’usine de Dieppe à s’adapter. La manufacture Alpine avait calibré ses lignes pour 30 Alpine A390 par jour, avec la possibilité de grimper à 50 en cas de succès. La cadence est finalement ramenée à 15 véhicules quotidiens. Ironie du calendrier, la petite Alpine A290, plus abordable, tourne autour de 400 unités par mois au premier semestre 2026 et devient le bon élève de la gamme électrique.
Prix, leasing et remises : Alpine refuse la solution facile
Avec une A390 GT autour de 67 500 € et une GTS
proche de 78 000 €, le SUV se positionne face aux
Porsche Macan Electric et autres SUV électriques premium
allemands. Sur le marché clé de la location longue
durée, ces rivaux affichent souvent des mensualités plus
basses. François Provost explique que : "les
concurrents allemands premium de l'A390 sont moins chers en
mensualités, probablement parce qu'ils poussent beaucoup sur les
valeurs résiduelles et les remises". Le patron de
Renault Group reconnaît que les prévisions de
volumes étaient trop optimistes : "Je pense que tu es beaucoup
trop optimiste, ton volume sera bien plus bas que ça et tu devrais
être plus raisonnable, parce que la voiture est super bonne",
raconte-t-il avoir dit à Philippe Krief au
lancement. Pour lui : "Alpine est une grande marque, mais face
aux voitures sportives premium allemandes, si l'Alpine est plus
chère ce n'est pas facile", même si les conducteurs
d’A390 se montrent "super enthousiastes".
François Provost assume pleinement le fait que les volumes de
l’A390 puissent rester modestes : "Je m'en fiche. Je m'en fiche
parce que c'est un parcours de vingt ans. Je ne tuerai pas la
marque, l'ADN, l'actif en étant frileux ou instable",
affirme-t-il. Il envisage même que : "le potentiel de la
voiture soit un tiers de ce que nous pensions", tant que le
positionnement reste cohérent et les clients
satisfaits. Dans cette logique, Alpine préfère
ajuster sereinement sa présence (avec une entrée retardée aux
États-Unis et un lancement progressif des versions GT et GTS) et
capitaliser sur son héritage A110/A310. "Si le client est
content, nous trouvons une bonne façon de positionner la voiture.
Si cela nourrit la marque, ça me va", résume François
Provost.
Pour les passionnés de la marque, l’A390 pourrait ainsi devenir un modèle plus rare que prévu, mais au service d’une Alpine qui veut rester… Alpine, aussi dans l’électrique.














