Audi RS 6 (2019-2025) : que vaut-elle sur le marché de l'occasion ?
Pourquoi hésiter entre une routière confortable, un break familial et des performances de très haut niveau, si l’on peut tout avoir en une seule voiture ? Cet improbable grand écart, c’est la spécialité de l’Audi RS 6. Gros plan sur sa dernière génération.
En 1993, Audi a surpris tout le monde en débarquant avec une auto que l’on n’attendait pas : la RS 2. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais à l’époque, le concept du break sportif n’existait pas. Il demeure peu répandu de nos jours. Il aura fallu patienter plusieurs décennies pour que BMW daigne enfin proposer une version M3 Touring...
Audi RS 6 : un V8 4.0 biturbo de 600ch
Après ce coup d’essai couronné de succès, Audi pérennise le genre à partir de 1999 avec la RS 4, puis, en 2002, avec la première RS 6 (dérivée de l’A6 C5). Une véritable saga qui s’est prolongée avec cette Audi RS 6, au nom de code C8, basée sur l’avant-dernière génération d’A6. Disponible uniquement en break, c’est d’abord un physique. Si les premières RS 6 donnaient dans une certaine sobriété, ce n’est plus le cas ici. Par rapport à une A6 Avant de grande série, la RS 6 dispose de nombreux éléments spécifiques qui servent autant le style que l’aérodynamique. D’ailleurs, seuls le toit, les portes avant et le hayon sont communs avec l’A6 de série. Outre des boucliers retravaillés, largement évasés à l’avant pour faire respirer le moteur et remodelés à l’arrière pour intégrer les deux sorties d’échappement avec le diffuseur d’air, la RS 6 bénéficie de voies élargies de 4 cm, abritées par des ailes bodybuildées. Sous le capot, cette génération jouit du V8 4.0 biturbo commun aux productions du groupe Volkswagen (Bentley Continental GT, Porsche Panamera et Lamborghini Urus). Seule évolution notable : il reçoit l’aide d’une micro-hybridation 48 V. Pour respecter une certaine hiérarchie entre les marques, il développe 600 ch, distribués aux quatre roues par la transmission Quattro. La boîte de vitesses retenue est une Tiptronic à 8 rapports, douce et réactive. Avec 12” pour atteindre la barre des 200 km/h, ce break déménage ! Mais il y a encore plus fou, avec la variante GT (660 exemplaires), lancée à l’été 2024. Outre de nombreux éléments spécifiques (ailes avant et capot en carbone avec extracteurs, bas de caisse profilés, boucliers plus agressifs, béquet de toit et diffuseur en deux parties…), cette « super-RS 6 » aux trains avant retravaillés (amortisseurs réglables) voit sa puissance grimper à 630 ch. Si ce collector demeure rare et très cher en occasion (279 000 € malus inclus pour un modèle de 7 000 km !), les RS 6 classiques sont – toutes proportions gardées – plus accessibles, puisque l’on en trouve dès 82 000 € avec 60 000 km
La carrosserie & la structure
La RS 6 hérite de la coque en acier du break A6 Avant, tandis que tous les ouvrants sont en alu. De nombreux éléments de carrosserie sont spécifiques, comme les ailes bodybuildées, alors que les boucliers en plastique renforcé, peints couleur carrosserie, sont entièrement redessinés. La face avant doit beaucoup à l’A7 Sportback, dont elle reprend la calandre et les phares Matrix. Des composants coûteux à remplacer : un seul phare vaut 3 735 € hors pose. D’origine, la carrosserie d’une RS 6 offre un très beau rendu, avec des peintures de qualité et des ajustements millimétrés entre chaque élément. Y déceler des imperfections (coulures, poussières dans la peinture…) n’est pas normal : vous êtes en présence d’un exemplaire qui a été mal réparé. Prenez le temps d’ausculter la RS 6 sous toutes les coutures, à la lumière du jour.
L’intérieur
Cette RS 6 séduit par la qualité des matériaux et leur assemblage impeccable. Malgré une dotation riche, de nombreux exemplaires ont bénéficié des bons soins du département sur mesure Audi Exclusive. Certaines options spécifiques, comme les baquets avant à coque en carbone ou la hi-fi haut de gamme Bang & Olufsen, qui est associée d’office au ciel de toit en Alcantara, peuvent justifier un écart de prix en occasion entre deux modèles similaires. A noter que la très exclusive série limitée GT profite d’une présentation intérieure particulière, avec le toit panoramique de série. L’électronique embarquée, hyper-présente à bord, peut être à l’origine de dysfonctionnements, nécessitant un passage en atelier pour une mise à jour des logiciels concernés. Audi a par ailleurs procédé à un rappel afin de remplacer les capteurs de collision pilotant les airbags latéraux.
Le transmission
Pour faire passer sereinement toute la puissance au sol, cette RS 6 emploie, comme les générations précédentes, une transmission intégrale Quattro, véritable signature technique des Audi sportives. Afin de digérer le couple, la marque a monté d’office une boîte automatique Tiptronic à 8 rapports. Cette dernière, signée ZF et dotée d’un convertisseur, est réputée fiable. Elle ne doit présenter aucun à-coup ni bruit suspect lors des passages de vitesse. Une huile de haute qualité étant utilisée d’origine, Audi ne préconise aucune vidange avant au moins 100 000 km… du moins pour les exemplaires qui ne fréquentent pas souvent les circuits.
Le moteur
À son apogée, la RS 6 C7, dans sa déclinaison Performance apparue en fin de carrière, culminait à 605 ch grâce à son V8 4.0 biturbo. La génération suivante fait encore mieux. Toujours animée par le même bloc, désormais épaulé par une hybridation légère reposant sur un réseau de bord 48 V, elle revendique d’emblée 600 ch. Et même 630 ch dans sa version GT. Ce V8, doté d’une distribution par chaîne et partagé avec plusieurs modèles premium du groupe Volkswagen, jouit d’une solide réputation de fiabilité. Comme toujours avec ce type de mécanique, le respect des temps de chauffe est impératif. L’entretien doit être effectué au plus tard tous les 30 000 km – voire plus tôt si l’ordinateur de bord l’exige – pour un budget moyen de 800 € dans le réseau constructeur. D’ailleurs, rester dans ce dernier est vivement conseillé afin de préserver la garantie et de bénéficier des mises à jour techniques régulières. Les incidents recensés – tous traités par des campagnes de rappel – concernent principalement l’électronique. Audi a notamment procédé au remplacement du transmetteur de niveau de carburant : un défaut pouvait entraîner une indication faussée de la jauge, sans message d’alerte, avec à la clé un risque de panne sèche. Autre désagrément possible : un allumage intempestif du témoin de liquide de refroidissement, dû à une erreur du logiciel du calculateur moteur. Là encore, une simple mise à jour suffit à corriger le problème.
Les trains roulants
Sans surprise, ce gros break de 5 m de long est lourd, très lourd même puisqu’il pèse un peu plus de 2 tonnes. Si cette RS 6 sait pourtant faire preuve d’une étonnante efficacité grâce à son amortissement piloté – et même d’agilité lorsqu’elle dispose des roues arrière directrices optionnelles –, sa masse reste handicapante sur circuit, un terrain qu’elle affectionne modérément malgré ses performances élevées. Si elle peut faire de bons chronos en conduite sportive, les éléments d’usure sont les premiers exposés, notamment les freins et les pneus. Des composants qui reviennent très cher, surtout les disques en carbone‑céramique montés sur la plupart des RS 6 équipées du pack optionnel Dynamic RS Plus (de série sur GT). Ainsi, une paire de disques avant ou arrière coûte… 15 352 € sans la pose ! Même constat pour un jeu de plaquettes : comptez 1 103 € pour l’avant et 1 383 € pour l’arrière, des tarifs d’ailleurs assez proches de ceux des plaquettes en acier. Audi précise que ces éléments sont « à vie », mais ce n’est pas le cas, puisque leur vieillissement prématuré demeure possible. Si un gravillon se coince entre les plaquettes et les disques, par exemple, il peut les endommager. Quant au budget pneus, il est également important : tablez sur 1 000 € par train. Sachez par ailleurs qu’Audi a procédé à un rappel concernant des écrous non conformes utilisés sur le train arrière.
L'entretien et l'assurance
L’entretien d’une RS 6 n’est évidemment pas donné. En usage classique, prévoyez 1 400 € environ pour parcourir 10 000 km, à condition d’éviter les mauvaises surprises concernant les disques en carbone.

Le choix du spécialiste
« J’ai vendu et suivi en entretien de nombreuses RS 6 C8, y compris des GT, et je peux dire que c’est une super voiture, vraiment fiable à l’usage. J’ai repris des exemplaires ayant parcouru plus de 140 000 km sans rencontrer le moindre souci, excepté de possibles bugs électroniques, vite résolus en atelier par une simple mise à jour. Je conseille de choisir un modèle doté du pack Dynamic RS Plus pour bénéficier du train arrière directionnel, du différentiel Quattro Sport, mais également des freins en carbone, particulièrement utiles sur une auto aussi lourde et rapide. » David-Alexandre Schwartz (06.98.01.70.70), spécialiste des modèles Audi RS et R8
Les tarifs en occasion
Cette génération de RS 6, déjà fortement touchée par les malus, conserve une cote élevée, si bien qu’il est difficile de trouver un exemplaire à moins de 82 000 € (modèle de 2020 avec 60 000 km). Plus il est récent et peu kilométré, plus les prix approchent les 150 000 €, voire 280 000 € pour une RS 6 GT quasi neuve.
Le choix de Sport Auto
La version GT (660 exemplaires), un peu plus puissante et plus légère, a notre préférence. Mais son tarif stratosphérique nous ramène rapidement sur terre. Nous viserons donc une RS 6 classique, offrant le meilleur compromis entre état général, dotation, kilométrage et prix. Cela implique un budget d’environ 100 000 €. Il est difficile de reprocher à un grand break suréquipé d’être lourd et encombrant. Mis à part ces griefs, cette RS 6, ultra-fiable au quotidien, séduit par sa polyvalence. Rares sont les autos capables d’embarquer 4 personnes et un chien tout en affichant de telles performances.














