Essai - Lamborghini Temerario Alleggerita (2026) : fauve domestique...

Publié le 3 juillet 2026 à 15:00
Essai - Lamborghini Temerario Alleggerita (2026) : fauve domestique...

La Temerario est donc la "petite" Lamborghini, même s’il faut le dire vite. Au volant d’une version Alleggerita, nous partons bien loin de Modène, son lieu de naissance, visiter les Pouilles entre Otrante et Brindisi, pays de belles routes et de beaux paysages. L’Italie est multiple, notre Lambo l’est aussi !

Voyage en terre inconnue…

Lamborghini Temerario Alleggerita :

Nous récupérons la Temerario à la concession de Bari, avec son vaste showroom et ses ateliers géants où attendent une bonne trentaine de Lambo de tous âges. Laurent le photographe s’inquiète de la lumière, moi des routes disponibles alentour (pas trop lent tour si possible).
La couleur (bleu Cepheus) de l’animal à bord duquel nous prenons place donne immédiatement le sourire à l’homme de l’image. Moi qui comme toujours me suis mis dans le rôle d’un client potentiel, je sens légèrement les coutures du costume qui serrent : je n’aurais sûrement pas opté pour ce coloris, qui abîme passablement le dessin très abouti de Mitja Borkert (chef du design), mais soit.
Un, remémorons‑nous l’adage « Des goûts et des couleurs… ». Deux, assis à bord, je ne la verrai pas. Trois, ce sera un peu de gaieté dans les pages… Et puis un peu de couleur sur la terne route où lanternent toutes les machines quotidiennes déguisées en cubes gris, ça ne peut faire que du bien. La rue nous apprendra très vite que cette voiture est accueillie partout comme un cri de joie.

Lamborghini Temerario : "Alleggerita", vraiment ?

Ça commence par un tour du propriétaire, une addition des différences par rapport à la version ordinaire, plus lourde de 25 kg. Les boucliers revus promettent carrément 67 % d’appui en plus, ce qui pèsera aussi sur le prix de base, de 70 400 € tout de même.
Ledit prix de base (312 668 €) est finalement bien théorique puisque à peu près aucune Temerario ne sortira de Sant’Agata en version standard, mais c’est la règle du jeu si l’on veut espérer une belle revente, a fortiori quelque plus‑value propre à se consoler du malus français.
Ça commence par une manœuvre. Le temps de recadrer les dimensions, la Temerario étant de 18 cm plus longue que la Huracán, et surtout de 6 plus large ! Si vous avez conduit des autobus, l’expérience doit pouvoir servir.
Il faut encore changer de costume, comme quand Stark enfile le scaphandre d’Iron Man, en gardant présent à l’esprit que celui-ci n’est ni blindé ni autoréparateur. Mais si la concession est un lieu adapté aux monstres avec des portes larges et des rampes faiblement déclives, il n’en ira pas de même partout.
La voiture est surprenante d’aisance, glissant sur sa seule force électrique, sans à-coup ni hoquet, O.K. du premier coup. Ça commence par le choix de l’itinéraire, sous la belle lumière du Sud de l’Adriatique, loin de la grisaille si courante sur l’Emilie‑Romagne, sans parler du Bassin parisien.
Laurent voudrait bien « assurer » un bord de mer, tandis que ma propre gourmandise tend à nous engager tout de suite vers les montagnes de l’Ouest, plus prometteuses en virolos. Bon, comme d’habitude, priorité à l’image, à nous le cabotage par l’intérieur et la recherche d’un précieux accès face aux vagues.
L’auto se fait remarquablement oublier : reptation maîtrisée, commandes légères, bruit… discret. On en reparlera. La Lambo se manie aisément, lève son nez à la demande pour mieux fureter dans les ruelles qui pourraient aboutir à la mer.
La caméra de marche arrière s’avère aussi utile qu’à bord des poids-lourdesques SUV. On impose à la belle des exercices qui fatigueraient ma vieille Fiat Panda. Mais elle reste impavide et suscite partout la bienveillance.
Des ouvriers, soucieux d’éviter la moindre anicroche à Princesse Lambo, descendent de leur échafaudage pour balayer les gravats devant ses roues. Les températures sont stables, rien ne cloche. Photos capturées.
Le petit village d’Alberobello, dont à peu près toutes les maisons se coiffent curieusement d’un bonnet circulaire et pointu, est l’occasion d’apprécier une nouvelle fois le caractère facile à vivre de la Temerario mais également l’inconvénient de ses dimensions : il y aura un moment où ce bon Laurent devra quitter de l’œil son Nikon pour s’assurer que la Lambo ne va laisser dans la ruelle que la trace noire de ses deux Bridgestone arrière, chacun appuyé à une borne, et nul lambeau de métal de ses jantes, si précieuses, si vulnérables et si chères !
Cette fois, ça passe, mais vue de haut, la belle sportive prise entre deux maisons doit ressembler au cristal d’un verre de curaçao coincé entre deux gros presse-livres. Le petit bourg touristique, consacré à ces choses sérieuses que sont l’histoire, la religion et la mozzarella, permet aussi de mesurer la popularité d’une belle auto qui impose sa présence anachronique et profane, sinon profanatrice.
Alors que nous encombrons la rue circulaire à sens unique, personne ne s’en offusque, touristes et pèlerins y voyant surtout l’opportunité de prendre un selfie. Caractère bon enfant propre à l’Italie, patrie du Grand Tourisme vrombissant ? Peut-être, mais pas si sûr.

Lamborghini Temerario Alleggerita : diablement efficace

Ça commence sur la route de Gravina in Puglia, à vitesse très normale, interrupteur en mode Strada, histoire de savourer la montée en puissance. Et là, la Temerario nous surprend pour la première fois.
Dans un virage marqué, elle enchérit sur le braquage, allant seule prendre la corde ; heureusement que, n’étant nullement à l’attaque, j’avais prévu large. Petit stress. J’essaie de reproduire l’incident pour mieux l’analyser, mais mes gestes, plus intelligents que moi, ont déjà intégré cette consistance spécifique du volant et adapté tout seuls un braquage un peu moindre que celui commandé par l’instinct.
Je note qu’il va me falloir parler de cette bizarrerie à Ivan Pezzolla, pilote et responsable clientèle, qui nous a accueillis à Bari et confié la voiture. La route n’est pas chiche en enchaînements bien revêtus et je m’enhardis bientôt jusqu’en mode Sport, plus incisif et mieux assorti à mon humeur du moment, une certaine impatience d’en arriver aux choses sérieuses.
La direction, à présent légère et très précise, participe à la saveur particulière qui vient régaler les papilles de mes paumes et les palpeurs de mon postère, tous endroits du corps par où la route me parvient, recouverte d’Alcantara.
Les énormes pneus n’imposent aucune inertie, on ne trouve à déplorer aucun copiage (quand les roues engagent sur chaque pli de la chaussée, chaque saignée, perturbant la tenue de cap), les moteurs font leur travail mystérieux et efficace, les bouts droits sont effacés le temps de dire « Vroum ».
L’allure augmente tout naturellement et là, seconde surprise, le train arrière commence à céder, ou plutôt à concéder de menus écarts, sans doute très télégéniques, mais je ne me savais pas si rageur à ce moment-là.
Cette rupture précoce de l’adhérence est-elle une vraie faiblesse détectée ? A moins que… Cette réaction disproportionnée ne serait-elle pas une flatterie pour mon ego de pseudo-pilote, une petite coquetterie de la gestion électronique qui m’offrirait ce plaisir, cette illusion de contrôle ?
Je penche pour cette hypothèse et voilà la seconde chose dont il me faudra faire part à Pezzolla (très amical, il confirmera nos sensations et nos hypothèses, promettant de rapporter nos observations aux ingénieurs, qui en seraient friands pour mieux ajuster les réglages au goût de la clientèle, NDLR).
En tout cas, je poursuis la double escalade, de la montagne et du rythme d’ascension, et j’apprécie à chaque virage la rigidité de la coque en aluminium, de 20 % supérieure à celle de la Huracán.
Ainsi campée sur ses voies larges, l’auto ne souffre d’aucun roulis, les pneus travaillent à plat et la puissance répartie permet un ballet qui donne envie de tester le mode Corsa, mais sur route ouverte, entre tracteurs et scooters, on s’interdira tout cinéma. Etre acteur et tracteurs, c’est incompatible… Extracteur : nous redescendons vers l’autoroute.

Lamborghini Temerario Alleggerita : "blue bull" aussi donne des ailes

Nous sommes loin d’avoir utilisé toute la puissance jusqu’ici. Parions que certains propriétaires se contenteront, les trois moteurs électriques aidant, du souffle du V8 biturbo 4 litres aux alentours de 6 000 ou 7 000 tr/mn.
L’autoroute de Brindisi s’offre à nous, raisonnablement libre, et l’envie me prend d’approcher la zone rouge et d’aller ébouriffer la crinière des 920 ch, aux 10 000 tr/mn promis. Et c’est là que ça commence. La poussée soudain bien plus impérative, le bruit qui s’affole, l’aiguille qui grimpe. Terrible !
Léger comme un 4 cylindres de moto, le V8 donne tout ce qu’il a en chantant, dans un plaisir subitement révélé. Je relâche l’effort en sixième et Laurent, qui a son propre écran de bord sous les yeux, me signale que nous avons atteint 308 km/h.
Comment dit-on en italien « Mais, monsieur l’agent, c’est que je regardais le compte-tours, pas le compteur » ? Nous ne sommes pas en Exopotamie ni à Sugarland mais dans un pays civilisé, et ça ne se passerait sûrement pas très bien.
Bah, si on ne tente pas le diable de temps en temps, on s’endort… L’essentiel, bien sûr, n’est pas là mais dans le véritable agrément de conduite à toutes les allures. De ce point de vue, la Temerario est mieux que digne de la lignée Lamborghini : elle surpasse toutes les grandes anciennes.
Essayeur blanchi sous le harnais, longtemps titulaire de la rubrique rétro de Sport Auto, je peux témoigner, avec détails et anecdotes. Mes si splendides rencontres avec les monstres sacrés d’antan me laissent des souvenirs émerveillés mais quelque peu chaotiques.
Une 350 GT, une Islero et même une Espada n’affrontaient pas l’embouteillage de gaieté de cœur ni de carburateur. La Miura non plus, et elle y ajoutait cette si magnifique légèreté qui vous faisait douter d’aller chercher à savoir beaucoup plus haut que 230 ou 240 km/h si elle tenait toujours par terre.
La Countach, toutes celles que j’ai conduites en tout cas, réclamait presque constamment d’être dégorgée d’un mouvement du pied droit pour accepter de traverser la ville. Quant aux Diablo, il me souvient de la première VT Roadster, dont les vitres tombaient dans les portières et dont la boîte chauffait tellement qu’on tâchait de tout enrouler sur le troisième rapport (il est vrai que c’était un proto).
Ou encore de la SV, souveraine sur le sec mais si pataude et hésitante sous la pluie que mieux valait ralentir jusqu’à se faire dépasser par la totalité du trafic, camions compris, et attendre que passe l’averse – délicat dans les pays de mousson comme l’Indonésie, à laquelle Lamborghini appartenait alors.
Les progrès de l’automobile en général et ceux de la marque italienne en particulier nous donnent la Temerario, qui peut sourire des menus travers et des graves défauts de ses ancêtres, sans jamais confondre mauvais caractère et personnalité. Un merveilleux fauve domestique.

L'avis de Sport Auto : 5/5

Un fleuron de l’ère moderne. Facile, agréable, la Temerario ne pose pas de problème au quotidien, sauf côté largeur. Elle vous octroie sa présence visuelle, son atmosphère de bord et ses performances ébouriffantes toujours à portée de pied droit, les 300 km/h étant fournis comme une Golf en donne 200, en toute facilité. L’électronique pousse la prévenance un peu loin, mais est-ce un défaut avec 920 ch ?

Lamborghini Temerario Alleggerita : sa fiche technique

  • Moteur : V8, biturbo, 32 S + 3 électriques
  • Cylindrée : 3 995 cm3
  • Puissance cumulée : 920 ch
  • Couple cumulé : 74,4 mkg
  • Transmission : intégrale, 8 rapports à double embrayage
  • Antipatinage : de série déconnectable
  • Autobloquant : de série piloté
  • Poids annoncé : 1 665 kg (à sec)
  • L - l - h : 4 706 – 2 246 - 1 201 mm
  • Empattement : 2 658 mm
  • Pneus AV & AR : 255/35 ZR 20 & 325/30 ZR 21 (Bridgestone Potenza Sport sur modèle d’essai)
  • Prix de base : 312 668 €
  • Prix des options/malus : 70 400/80 000 €
  • Prix du modèle essayé : 463 068 € (malus compris)
  • V. max. : 343 km/h
  • 0 à 100 km/h : 2”7

Retrouvez notre essai Grand Format de la Lamborghini Temerario Alleggerita dans le Sport Auto n°773 du 29/05/2026.

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