Essai - Lamborghini Temerario Alleggerita (2026) : fauve domestique...
La Temerario est donc la "petite" Lamborghini, même s’il faut le dire vite. Au volant d’une version Alleggerita, nous partons bien loin de Modène, son lieu de naissance, visiter les Pouilles entre Otrante et Brindisi, pays de belles routes et de beaux paysages. L’Italie est multiple, notre Lambo l’est aussi !
Voyage en terre inconnue…
Lamborghini Temerario Alleggerita :
Nous récupérons la Temerario à la concession de
Bari, avec son vaste showroom et ses ateliers géants où attendent
une bonne trentaine de Lambo de tous âges. Laurent le photographe
s’inquiète de la lumière, moi des routes disponibles alentour (pas
trop lent tour si possible).
La couleur (bleu Cepheus) de l’animal à bord duquel nous prenons
place donne immédiatement le sourire à l’homme de l’image. Moi qui
comme toujours me suis mis dans le rôle d’un client potentiel, je
sens légèrement les coutures du costume qui serrent : je n’aurais
sûrement pas opté pour ce coloris, qui abîme passablement le dessin
très abouti de Mitja Borkert (chef du design), mais soit.
Un, remémorons‑nous l’adage « Des goûts et des couleurs… ». Deux,
assis à bord, je ne la verrai pas. Trois, ce sera un peu de gaieté
dans les pages… Et puis un peu de couleur sur la terne route où
lanternent toutes les machines quotidiennes déguisées en cubes
gris, ça ne peut faire que du bien. La rue nous apprendra très vite
que cette voiture est accueillie partout comme un cri de joie.
Lamborghini Temerario : "Alleggerita", vraiment ?
Ça commence par un tour du propriétaire, une addition des
différences par rapport à la version ordinaire, plus lourde de 25
kg. Les boucliers revus promettent carrément 67 % d’appui en plus,
ce qui pèsera aussi sur le prix de base, de 70 400 € tout de
même.
Ledit prix de base (312 668 €) est finalement bien théorique
puisque à peu près aucune Temerario ne sortira de Sant’Agata en
version standard, mais c’est la règle du jeu si l’on veut espérer
une belle revente, a fortiori quelque plus‑value propre à se
consoler du malus français.
Ça commence par une manœuvre. Le temps de recadrer les dimensions,
la Temerario étant de 18 cm plus
longue que la Huracán, et surtout de 6 plus large ! Si vous avez
conduit des autobus, l’expérience doit pouvoir servir.
Il faut encore changer de costume, comme quand Stark enfile le
scaphandre d’Iron Man, en gardant présent à l’esprit que celui-ci
n’est ni blindé ni autoréparateur. Mais si la concession est un
lieu adapté aux monstres avec des portes larges et des rampes
faiblement déclives, il n’en ira pas de même partout.
La voiture est surprenante d’aisance, glissant sur sa seule force
électrique, sans à-coup ni hoquet, O.K. du premier coup. Ça
commence par le choix de l’itinéraire, sous la belle lumière du Sud
de l’Adriatique, loin de la grisaille si courante sur
l’Emilie‑Romagne, sans parler du Bassin parisien.
Laurent voudrait bien « assurer » un bord de mer, tandis que ma
propre gourmandise tend à nous engager tout de suite vers les
montagnes de l’Ouest, plus prometteuses en virolos. Bon, comme
d’habitude, priorité à l’image, à nous le cabotage par l’intérieur
et la recherche d’un précieux accès face aux vagues.
L’auto se fait remarquablement oublier : reptation maîtrisée,
commandes légères, bruit… discret. On en reparlera. La Lambo se
manie aisément, lève son nez à la demande pour mieux fureter dans
les ruelles qui pourraient aboutir à la mer.
La caméra de marche arrière s’avère aussi utile qu’à bord des
poids-lourdesques SUV. On impose à la belle des exercices qui
fatigueraient ma vieille Fiat Panda. Mais elle reste impavide et
suscite partout la bienveillance.
Des ouvriers, soucieux d’éviter la moindre anicroche à Princesse
Lambo, descendent de leur échafaudage pour balayer les gravats
devant ses roues. Les températures sont stables, rien ne cloche.
Photos capturées.
Le petit village d’Alberobello, dont à peu près toutes les maisons
se coiffent curieusement d’un bonnet circulaire et pointu, est
l’occasion d’apprécier une nouvelle fois le caractère facile à
vivre de la Temerario mais également l’inconvénient de ses
dimensions : il y aura un moment où ce bon Laurent devra quitter de
l’œil son Nikon pour s’assurer que la Lambo ne va laisser dans la
ruelle que la trace noire de ses deux Bridgestone arrière, chacun
appuyé à une borne, et nul lambeau de métal de ses jantes, si
précieuses, si vulnérables et si chères !
Cette fois, ça passe, mais vue de haut, la belle sportive prise
entre deux maisons doit ressembler au cristal d’un verre de curaçao
coincé entre deux gros presse-livres. Le petit bourg touristique,
consacré à ces choses sérieuses que sont l’histoire, la religion et
la mozzarella, permet aussi de mesurer la popularité d’une belle
auto qui impose sa présence anachronique et profane, sinon
profanatrice.
Alors que nous encombrons la rue circulaire à sens unique, personne
ne s’en offusque, touristes et pèlerins y voyant surtout
l’opportunité de prendre un selfie. Caractère bon enfant propre à
l’Italie, patrie du Grand Tourisme vrombissant ? Peut-être, mais
pas si sûr.
Lamborghini Temerario Alleggerita : diablement efficace
Ça commence sur la route de Gravina in Puglia, à vitesse très
normale, interrupteur en mode Strada, histoire de savourer la
montée en puissance. Et là, la Temerario nous surprend pour la
première fois.
Dans un virage marqué, elle enchérit sur le braquage, allant seule
prendre la corde ; heureusement que, n’étant nullement à l’attaque,
j’avais prévu large. Petit stress. J’essaie de reproduire
l’incident pour mieux l’analyser, mais mes gestes, plus
intelligents que moi, ont déjà intégré cette consistance spécifique
du volant et adapté tout seuls un braquage un peu moindre que celui
commandé par l’instinct.
Je note qu’il va me falloir parler de cette bizarrerie à Ivan
Pezzolla, pilote et responsable clientèle, qui nous a accueillis à
Bari et confié la voiture. La route n’est pas chiche en
enchaînements bien revêtus et je m’enhardis bientôt jusqu’en mode
Sport, plus incisif et mieux assorti à mon humeur du moment, une
certaine impatience d’en arriver aux choses sérieuses.
La direction, à présent légère et très précise, participe à la
saveur particulière qui vient régaler les papilles de mes paumes et
les palpeurs de mon postère, tous endroits du corps par où la route
me parvient, recouverte d’Alcantara.
Les énormes pneus n’imposent aucune inertie, on ne trouve à
déplorer aucun copiage (quand les roues engagent sur chaque pli de
la chaussée, chaque saignée, perturbant la tenue de cap), les
moteurs font leur travail mystérieux et efficace, les bouts droits
sont effacés le temps de dire « Vroum ».
L’allure augmente tout naturellement et là, seconde surprise, le
train arrière commence à céder, ou plutôt à concéder de menus
écarts, sans doute très télégéniques, mais je ne me savais pas si
rageur à ce moment-là.
Cette rupture précoce de l’adhérence est-elle une vraie faiblesse
détectée ? A moins que… Cette réaction disproportionnée ne
serait-elle pas une flatterie pour mon ego de pseudo-pilote, une
petite coquetterie de la gestion électronique qui m’offrirait ce
plaisir, cette illusion de contrôle ?
Je penche pour cette hypothèse et voilà la seconde chose dont il me
faudra faire part à Pezzolla (très amical, il confirmera nos
sensations et nos hypothèses, promettant de rapporter nos
observations aux ingénieurs, qui en seraient friands pour mieux
ajuster les réglages au goût de la clientèle, NDLR).
En tout cas, je poursuis la double escalade, de la montagne et du
rythme d’ascension, et j’apprécie à chaque virage la rigidité de la
coque en aluminium, de 20 % supérieure à celle de la Huracán.
Ainsi campée sur ses voies larges, l’auto ne souffre d’aucun
roulis, les pneus travaillent à plat et la puissance répartie
permet un ballet qui donne envie de tester le mode Corsa, mais sur
route ouverte, entre tracteurs et scooters, on s’interdira tout
cinéma. Etre acteur et tracteurs, c’est incompatible… Extracteur :
nous redescendons vers l’autoroute.
Lamborghini Temerario Alleggerita : "blue bull" aussi donne des ailes
Nous sommes loin d’avoir utilisé toute la puissance jusqu’ici.
Parions que certains propriétaires se contenteront, les trois
moteurs électriques aidant, du souffle du V8 biturbo 4 litres aux
alentours de 6 000 ou 7 000 tr/mn.
L’autoroute de Brindisi s’offre à nous, raisonnablement libre, et
l’envie me prend d’approcher la zone rouge et d’aller ébouriffer la
crinière des 920 ch, aux 10 000 tr/mn promis. Et c’est là que ça
commence. La poussée soudain bien plus impérative, le bruit qui
s’affole, l’aiguille qui grimpe. Terrible !
Léger comme un 4 cylindres de moto, le V8 donne tout ce qu’il a en
chantant, dans un plaisir subitement révélé. Je relâche l’effort en
sixième et Laurent, qui a son propre écran de bord sous les yeux,
me signale que nous avons atteint 308 km/h.
Comment dit-on en italien « Mais, monsieur l’agent, c’est que
je regardais le compte-tours, pas le compteur » ? Nous ne
sommes pas en Exopotamie ni à Sugarland mais dans un pays civilisé,
et ça ne se passerait sûrement pas très bien.
Bah, si on ne tente pas le diable de temps en temps, on s’endort…
L’essentiel, bien sûr, n’est pas là mais dans le véritable agrément
de conduite à toutes les allures. De ce point de vue, la Temerario
est mieux que digne de la lignée Lamborghini : elle surpasse toutes
les grandes anciennes.
Essayeur blanchi sous le harnais, longtemps titulaire de la
rubrique rétro de Sport Auto, je peux témoigner, avec détails et
anecdotes. Mes si splendides rencontres avec les monstres sacrés
d’antan me laissent des souvenirs émerveillés mais quelque peu
chaotiques.
Une 350 GT, une Islero et même une Espada n’affrontaient pas
l’embouteillage de gaieté de cœur ni de carburateur. La Miura non
plus, et elle y ajoutait cette si magnifique légèreté qui vous
faisait douter d’aller chercher à savoir beaucoup plus haut que 230
ou 240 km/h si elle tenait toujours par terre.
La Countach, toutes celles que j’ai conduites en tout cas,
réclamait presque constamment d’être dégorgée d’un mouvement du
pied droit pour accepter de traverser la ville. Quant aux Diablo,
il me souvient de la première VT Roadster, dont les vitres
tombaient dans les portières et dont la boîte chauffait tellement
qu’on tâchait de tout enrouler sur le troisième rapport (il est
vrai que c’était un proto).
Ou encore de la SV, souveraine sur le sec mais si pataude et
hésitante sous la pluie que mieux valait ralentir jusqu’à se faire
dépasser par la totalité du trafic, camions compris, et attendre
que passe l’averse – délicat dans les pays de mousson comme
l’Indonésie, à laquelle Lamborghini appartenait alors.
Les progrès de l’automobile en général et ceux de la marque
italienne en particulier nous donnent la Temerario, qui peut
sourire des menus travers et des graves défauts de ses ancêtres,
sans jamais confondre mauvais caractère et personnalité. Un
merveilleux fauve domestique.
L'avis de Sport Auto : 5/5
Un fleuron de l’ère moderne. Facile, agréable, la Temerario ne pose pas de problème au quotidien, sauf côté largeur. Elle vous octroie sa présence visuelle, son atmosphère de bord et ses performances ébouriffantes toujours à portée de pied droit, les 300 km/h étant fournis comme une Golf en donne 200, en toute facilité. L’électronique pousse la prévenance un peu loin, mais est-ce un défaut avec 920 ch ?
Lamborghini Temerario Alleggerita : sa fiche technique
- Moteur : V8, biturbo, 32 S + 3 électriques
- Cylindrée : 3 995 cm3
- Puissance cumulée : 920 ch
- Couple cumulé : 74,4 mkg
- Transmission : intégrale, 8 rapports à double embrayage
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : de série piloté
- Poids annoncé : 1 665 kg (à sec)
- L - l - h : 4 706 – 2 246 - 1 201 mm
- Empattement : 2 658 mm
- Pneus AV & AR : 255/35 ZR 20 & 325/30 ZR 21 (Bridgestone Potenza Sport sur modèle d’essai)
- Prix de base : 312 668 €
- Prix des options/malus : 70 400/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 463 068 € (malus compris)
- V. max. : 343 km/h
- 0 à 100 km/h : 2”7
Retrouvez notre essai Grand Format de la Lamborghini Temerario Alleggerita dans le Sport Auto n°773 du 29/05/2026.














