Essai - Audi RS 5 Avant (2026) : coup de massue !
Avec sa masse pachydermique, il y avait de quoi craindre le pire en matière de comportement dynamique pour la nouvelle RS5 Avant. Avant de pouvoir en juger sur la route, Audi a convié Sport Auto à un premier galop d’essai…
Cela n’engage que moi mais au risque d’être lourd, je vais me
répéter : j’ai du mal à digérer la hausse de poids de la nouvelle RS 5 Avant, par rapport
à la RS 4 Avant qu’elle remplace, 550 kg d’embonpoint, soit un
total de 2 370 kg. Mince ! 2,3 tonnes et des brouettes, à vide.
Malgré les tas d’explications avancées (hybridation, grosse
batterie, différentiel arrière alambiqué, gros freins, vous
comprenez…), pour moi, ça reste un âne mort aplati par une
enclume.
D’ailleurs, le responsable du développement châssis des gammes Audi
RS, Roland Waschkau, ne s’en cache pas : « Nous savions qu’elle
allait être lourde, donc nous avons tout fait pour équilibrer les
masses entre les deux essieux et nous avons veillé à ce que le
centre de gravité soit le plus bas possible. Vous allez voir, au
volant, le résultat est surprenant. » On ne demande qu’à être
surpris !
L’exercice du jour n’est pas un test détaillé, mais une première
prise en main. Une sorte de galop d’essai sur une aire plane
gigantesque qui jouxte les pistes de l’aéroport de Munich. Une
série de cônes, clôturée par un rond-point imaginaire puis un
enchaînement de virages en pif-paf reliés par une courbe.
Des conditions très particulières, d’autant que les Bridgestone
Potenza Sport sont volontairement surgonflés à l’arrière. Pas la
vraie vie donc, et encore moins la Nordschleife, mais
c’est toujours mieux que rien pour patienter jusqu’aux premiers
essais routiers d’ici l’été. Et puis pour tout vous dire, l’ami
Roland, qui a développé la voiture, est chaud comme la braise dès
qu’il s’agit de mettre la RS 5 à l’équerre. Il nous invite à faire
de même. Achète-t-on un break pour le mettre en travers ? Non.
Mais s’il faut absolument passer par là pour apporter un début de
réponse à la question C du comportement dynamique de cette auto au
poids pachydermique, je veux bien me sacrifier. Bien amenée,
l’excuse, non ?
Lacet
Toute RS qu’elle soit, l’heure n’est pas à soulever le capot.
Mais plutôt à s’interroger sur son mouvement de lacet. C’est-à-dire
sa capacité à pivoter autour de son axe vertical. Bref, à
s’inscrire dans les virages. Pas la partie la plus évidente pour
une intégrale aussi pesante. Pour ce faire, Audi s’en remet à de nouveaux
différentiels aux pouvoirs miraculeux : un Torsen central à
précharge et un différentiel magique électrique à l’arrière.
Un peu comme si la RS 5 était un éléphant sur des rollers, à qui
l’on enfile un tutu pour faire des pointes. Voyons cela de plus
près. Au centre, un Torsen amélioré fait office de chef
d’orchestre, tandis qu’à l’arrière, un différentiel boosté par un
petit moteur électrique joue le violoniste surdoué dans un concert
où les vagues de couple se succèdent à la vitesse grand V.
Le Torsen, lui, présente la particularité d’être toujours
partiellement bloqué, ce qui signifie que les deux essieux restent
couplés en permanence. Ce qui a notamment pour effet d’améliorer la
vitesse de réactivité, donc le comportement lors des phases de
transition. La répartition initiale réglée à 40/60 en faveur de
l’arrière pouvant basculer jusqu’à 70/30 ou 15/85 en fonction des
besoins.
A cela s’ajoute l’autre secret, sur l’essieu arrière, à savoir un
petit moteur électrique de 8 kW logé dans une sorte de boîte-pont.
Modeste en apparence, mais ses deux réducteurs multiplient la force
qu’il distribue aux roues arrière, le tout à la vitesse de
l’éclair. Bon d’accord, ce n’est qu’une façon de parler, mais vous
voyez l’idée (15 millisecondes pour vriller l’un ou l’autre des
cardans arrière, voire les deux si nécessaire). Là où cela devient
encore plus malin, c’est que l’action du moteur électrique arrière
est entièrement indépendante de la position du pied sur
l’accélérateur.
Rigidité
Tout cela étant savamment posé sur un châssis à la rigidité
renforcée par rapport au modèle précédent et dont la suspension a
fait l’objet des plus grandes attentions. Les nouveaux amortisseurs
à double valve permettent de mieux dissocier la compression et la
détente, donc de suivre les irrégularités de la route avec
davantage de précision.
Sans parler du travail sur l’essieu avant (nouvelles articulations,
silentblocs renforcés, etc.) et de son homologue à l’arrière pour
maintenir le contact entre les gommes et le bitume dans toutes les
conditions. Passons à la pratique. Les premiers tours de roues
laissent apparaître une direction pas totalement avare en
sensations. C’est bon signe.
A la première impulsion sur le volant, la RS 5 obéit avec une
rapidité largement supérieure à celle de l’ancienne RS 4 Avant.
L’auto verrouille son assiette et vire à plat, en révélant une
rigueur remarquable. Sans broncher dans le pif-paf, avec une
vitesse d’exécution inattendue. On pousse alors les curseurs des
modes de conduite, du plus sage au plus joueur.
La position RS Torque Rear est la plus permissive. Rien de bien
sorcier : mettre en appui, souder et contrebraquer progressivement
en gardant le pied au plancher. Résultat : non seulement l’Audi ne
proteste pas, mais elle dérive et reste digne, pendant que les
pneus arrière s’allument comme un feu de petit bois.
Pas la BMW M3 de la grande époque, mais avec un entrain qu’il
convient tout de même de souligner. Quel intérêt de drifter, au
volant d’un break conçu pour voyager à quatre, avec chat et chien ?
Aucun. Mais si votre compagne ou votre compagnon pose la question,
voici ce que vous pourrez lui répondre : qui peut le plus peut le
moins.
Cela démontre aussi et surtout la démarche assumée d’Audi, qui
consiste à mettre l’accent sur le fun, à une époque où le nombre
d’autos vivantes et amusantes se réduit à peau de chagrin. D’autant
plus cocasse qu’après avoir passé quarante-cinq ans à verrouiller
ses Quattro au sol, Ingolstadt s’emploie désormais à les faire
glisser, break y compris.
Bref, Audi se lâche et c’est tant mieux. En attendant de pouvoir
conduire la RS 5 dans la vraie
vie pour jauger de ses capacités réelles, ce premier contact permet
d’évaluer un écart d’agilité gigantesque avec l’ancienne RS 4
Avant. Le jour et la nuit.
V6 sauce électron
Le 2,9 litres est une vieille connaissance : V6 TFSI biturbo,
ici porté à 510 ch. Passons sur ses turbines à géométrie variable
et son admission redessinée pour nous intéresser à ce qui le
différencie réellement de son aîné. Je parle du module électrique
de 130 kW, pris en sandwich entre le bloc-moteur et la boîte
Tiptronic à 8 rapports.
L’ensemble délivrant la bagatelle de 639 ch et 84 mkg. Sans oublier
la possibilité de rouler jusqu’à 84 km en mode tout électrique, et
ainsi passer entre les mailles du filet de ce satané malus CO2 .
Sans toutefois échapper aux 13 130 € de malus au poids, on y
reviendra. Concentrons-nous plutôt sur le tempérament du V6
hybride, même si le tourniquet du jour est un peu court pour en
dresser le bilan définitif.
Force est de remarquer qu’il relance de façon très énergique à bas
régime et qu’il n’a pas l’air de rechigner dans les tours. Sa
sonorité n’a peut-être pas la rondeur de la grande époque où les RS
4 jouissaient de V8, mais les pots envoient de bonnes ondes,
sourdes et caverneuses. Reste qu’il nous faudra conduire la RS 5
sur un terrain davantage en rapport avec ses capacités pour juger
de son agrément mécanique. Même chose pour son freinage, dont on
perçoit un feeling à la pédale : pas si mal.
Audi n’a pas lésiné sur ce chapitre, avec des disques de 420 mm de
diamètre à l’avant pour le système en acier et même 440 mm pour le
dispositif en carbone-céramique optionnel, qui oblige à recourir
aux jantes de 21 pouces. Rappelons que ces derniers font gagner 30
kg par rapport à l’acier, toujours ça de pris.
A propos du tarif, on s’attendait au coup de massue, mais au regard
des prestations, il y a de quoi être agréablement surpris. La RS 5
Avant est disponible à partir de 119 500 €, auxquels s’ajoutent 13
130 € de malus au poids, soit un total de 132 630 €. Une somme
rondelette certes, mais très nettement inférieure au tarif de base
d’une BMW M3 Touring malussée (125 300 € + 80 000 € de malus CO2 ,
soit 205 300 €) ou encore d’une Mercedes-AMG C 63 S, qui n’arrive
malheureusement pas à déjouer le piège des taxes CO2 malgré son 4
cylindres (137 750 € + 80 000 €, soit 217 750 €). Sans même parler
de prix au kilo (ha, ha) mais bien de prestations générales, la RS
5 se présente d’ores et déjà comme une excellente alternative.
L'avis de Sport Auto : 4/5
Les conditions imposées et très particulières de ce tout premier contact (slalom sur une aire plane avec des pneus arrière surgonflés) démontrent une agilité inattendue. Et un rayon d’action beaucoup plus large que celui de l’ancienne RS 4 Avant. Un premier bilan positif, dans lequel se dessinent déjà les contours d’un excellent rapport prix/prestations. La note maximale reste à valider lors de l’essai définitif.
Audi RS 5 Avant : fiche technique
- Moteur thermique : V6 biturbo, 24 S
- Cylindrée : 2 993 cm3
- Puissance thermique maxi : 510 ch à 5 700 tr/mn
- Couple thermique maxi : 61 mkg à 2 000 tr/mn
- Moteur électrique : 1 dans le carter de transmission + différentiel arrière
- Puissance électrique maxi : 177 ch
- Couple électrique maxi : 47 mkg
- Capacité de la batterie : 25,9 kWh
- Autonomie électrique : 84 km
- Puissance cumulée : 639 ch
- Couple cumulé : 84 mkg
- Transmission : intégrale, 8 rapports automatiques
- Antipatinage/autobloquant : de série, déconnectable/oui, Torsen central et vectorisation électromécanique arrière
- Poids annoncé : 2 370 kg
- L - l - h : 4 830 - 1 956 - 1 409 mm
- Empattement : 2 900 mm
- Freins AV/AR : disques acier 420/400 mm (carbone-céramique 440/410 mm en option)
- Pneus AV & AR : 285/35 R 20
- Réservoir : 58 l
- Prix de base : 119 500 €
- Prix des options/malus CO2/malus au poids : NC/0/13 130 €
- Prix du modèle essayé : 132 630 € (malus compris)
- V. max. : 285 km/h
- 0 à 100 km/h : 3’’6
Retrouvez notre essai de l'Audi RS 5 Avant dans le Sport Auto n°772 du 24/04/2026.














