Essai - Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : match des contraires ?
Chacun s’érige en défenseur de la polyvalence mâtinée de sportivité. L’A390 GT est le premier sport fastback électrique de Dieppe. Le Formentor continue de carburer au 5 cylindres Audi et constitue l’offre la plus décalée sur ce segment, ce qui le fait succomber au malus maxi. Entre un Alpine qui n’est plus un poids plume et un Cupra qui coûte le prix d’une RS 5 avec des options, le choix n’est pas simple.
"C'est choisir entre la peste et le choléra, entre avoir des jambes en bois ou des dents en mousse. » J’entends les railleries à l’amorce de ce duel. Qu’est-ce qui prend à Sport Auto d’organiser ce combat entre bétaillères que tout oppose ?
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : match des contraires
En réalité, pas tant que ça. 400 ch pour l’A390, 390 pour le Cupra. 4 roues motrices dans les deux cas. Des profils relativement tendus (1 525 mm de haut pour l’Alpine, 1 528 mm pour le Cupra, rails compris). Et surtout, une raison d’être similaire : proposer une voiture pratique, logeable, confortable mais pourvue de caractère. Dans le cas de l’Alpine, ce dernier est plus à aller chercher du côté du comportement routier alors que chez l’ibère, c’est sous le capot que se trouve le plat de résistance. Il devait rester des stocks de 2,5 litres à Ingolstadt pour oser le reloger dans le Formentor, car, je suis le premier à l’admettre, la clientèle du VZ5 me semble pour le moins ténue. Qui voudrait d’un SUV coupé consommant comme une 911 et dont le tarif de base est moindre que la taxe écologique dont il faut s’acquitter pour rouler avec en France ? Avec un peu d’options et le malus, notre catalan mat coûte… 159 925 €. Mais avant d’enterrer le Cupra et de déclarer l’A390 gagnant par K.-O., focalisons-nous sur ce qui compte vraiment : le plaisir de conduite. Car oui, il y en a à bord de ces engins atypiques.
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : séance de torture
Honneur au « petit » nouveau pour lancer les hostilités
à Mortefontaine. « T’es sûr que c’est un Alpine ? » se
gausse un mécano des ateliers du Ceram quand il voit les chiffres
de la balance qui s’affichent : 516 kg à l’avant gauche, 539 à
l’avant droit, 554,5 à l’arrière gauche, 539 ‘‘C’ à l’arrière
droit.
Résultat : l’A390 GT pèse deux A110. 2 149 kg vérifiés, soit 25 de
plus qu’annoncé. Avec ses 1 646 kg réservoir de SP98 plein, le
Formentor VZ5 fait office de
ballerine. Une demi-tonne d’écart, alors que l’hispanique est plus
opulent à bord.
Les conditions sont parfaites, et l’Alpine s’élance dans ce
feulement lancinant des engins électriques mais peu électrisants.
La poussée est sensible jusqu’à 120 km/h mais s’essouffle ensuite
graduellement, au point de devenir imperceptible au-delà de 170
km/h. Mais le radar ne corrobore pas les sensations : 0 à 100 km/h
en 4”6, ce n’est pas mal du tout.
Aujourd’hui, cette accélération paraît anodine, mais en 1991, c’est
le temps que nous faisions, sur ce même anneau, avec une F40. Pour
aller jusqu’à 200 km/h, c’est plus compliqué car la bride
intervient pile à cette vitesse, tandis que notre GPS enregistre
199 km/h réels.
Le tachymètre de l’A390 est donc très peu menteur. Permettez que
nous publiions, exceptionnellement, un 0 à 199 km/h en 23”4, chrono
vraiment honorable, tout comme un 1 000 m D.A. en 24”3, alors que
l’A390 a atteint sa bride 3” avant. Bilan flatteur pour
l’Alpine.
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : expressif et volontaire
Mais voilà que déboule le Formentor. La séance de mesures est
plus joviale. Une fois l’ESP en Sport ou déconnecté, le Launch
Control est opérationnel. L’aiguille se cale autour de 3 900 tr/mn,
régime étonnamment haut puisque les 48,9 mkg maxi du 5 cylindres
sont disponibles dès 2 250 tr/mn.
Les Goodyear sont passablement usés, mais la motricité est
excellente. 4” tout rond pour taper les 100 km/h, 15” pour que le
tachymètre affiche un 2 en premier chiffre et le kilomètre expédié
en 22”5 (à 231 km/h) : pour un crossover, c’est ultra-véloce. Au 0
à 100 km/h, le VZ5 fait aussi bien qu’une GT3 Touring, et le 1 000
m est réalisé à la même vitesse qu’à bord d’une A45 S !
Sur le plan des prestations « mécaniques », il n’y a pas l’ombre
d’un doute. L’A390 assure des accélérations plus que suffisantes,
mais le plaisir délivré par le 2,5 litres Audi est une bonne
centaine de crans au-dessus.
L’arrivée d’un filtre à particules l’a trop muselé à notre goût, la
transmission DSG donne parfois l’impression de mouliner (au passage
de la deuxième à la troisième), mais c’est sans appel. Expressif et
volontaire jusqu’à la zone rouge, ce moteur brille par sa capacité
à reprendre (100 à 140 km/h en à peine 3”).
Ce tempérament impétueux est anachronique dans un engin de ce
morphotype, et c’est ce qui rend la conduite encore plus
délectable. D’autant que l’agrément mécanique n’est pas le seul
atout du VZ5.
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : pas facile d’entretenir la dérive
Le Cupra nous montre rapidement que
les virages, même lorsqu’ils s’enchaînent, ne l’effraient pas. Sa
suspension DCC, dont la moitié des 15 niveaux est inutile, endigue
correctement la détente mais témoigne d’un peu de sécheresse sur la
compression.
Dans le mode le plus confortable, les débattements verticaux
altèrent le placement à la corde, avec une tendance à chalouper,
mais il suffit de basculer dans un programme énervé pour la
contrecarrer.
La direction (2,1 tours d’une butée à l’autre) est un peu plus
lourde que l’A390 GT mais à peine plus riche en remontée
d’informations. La transmission intégrale est à la fois un élément
sécuritaire évident, avec une faculté à répartir équitablement la
fougue du 5 cylindres turbo entre les quatre roues, et un facteur
d’amusement puisque le VZ5 reçoit un mode Drift (par l’écran
central).
Comme la version de 2023, avant le restylage (qui concerne
principalement les optiques et la calandre), ce système ne
déconnecte pas totalement le renvoi de couple sur l’essieu
directionnel mais en balance suffisamment derrière pour enclencher
un déhanché.
La glisse s’opère sur un transfert de charges enchaîné par un coup
de gaz déséquilibrant la poupe. Pas facile ensuite d’entretenir la
dérive, mais le Formentor allie le geste et la parole en se
montrant agile et fort en gueule. Bien emmené, il peut suivre le
rythme de GT au blason prestigieux, profitant de sa relative
sveltesse pour leur tenir la dragée haute en courbe.
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : bon élève et premier de classe
Lorsque le virage se resserre, sans surprise, le conducteur sent
une certaine paresse du train avant, qui doit composer avec un
moteur transversal haut perché. Tout l’inverse de l’Alpine. C’est
la deuxième fois que nous prenons le volant de la familiale
électrique et nous avons toujours du mal à comprendre comment un
frigo peut être aussi plaisant à conduire.
Dans le segment, le Cupra est un bon élève, mais l’A390, c’est le
premier de la classe. Plus lourd, le français soigne également
mieux la répartition verticale de son poids. La batterie dans le
plancher, non refroidie par un liquide, aide à abaisser le centre
de gravité, qui, plus que les kilos affichés par la balance, influe
sur le comportement, qui est encore meilleur que celui du
Formentor, ce qui n’est pas une mince affaire.
Pour y arriver, l’A390 compte sur deux systèmes :
sa suspension à butée hydraulique et l’AATV (Alpine Active Torque
Vectoring). Le premier, on sait déjà que le groupe Renault le
maîtrise. Même en l’absence d’amortissement piloté, l’A390
travaille sur toutes les fréquences avec efficacité.
Moelleux préservé (malgré les jantes optionnelles de 21 pouces),
rebond contenu, roulis endigué mais pas annihilé : les liaisons au
sol de l’Alpine frisent le sans-faute. Je ne vous écris pas que le
crossover se comporte en appui comme une 750S ou une Dallara, mais
la suspension, à la fois prévenante et rigoureuse, profite de la
symétrie des masses (49/51 %) et mérite un bon point.
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : les chiffres ne mentent pas… en principe.
Le second est attribué au système de vectorisation du couple
arrière. Alors que le train avant dispose d’un moteur synchrone à
rotor bobiné (220 ch), associé à un différentiel ouvert, celui de
l’arrière hérite de deux moteurs à aimants permanents (170 ch
chacun). Une variation du courant permet de moduler le couple de
façon dissociée entre la gauche et la droite.
En procédant de la sorte, l’AATV accélère plus ou moins la roue
extérieure et freine plus ou moins l’intérieure, pour accentuer le
phénomène de pivot, sans aucune latence. Voilà pour la théorie.
Volant en mains, même si l’assistance électrique avec une montée en
effort fluide ne renseigne pas suffisamment, la capacité à enrouler
le virage est bluffante, sans être désarçonnante, et l’agilité très
étonnante.
Pas de roues arrière directrices (idem pour le Cupra), mais une
poupe qui se déleste sans chahuter lorsqu’on assure un bon freinage
dégressif. Et l’improbable se produit : l’A390 se conduit peu ou
prou comme l’A110, elle aussi plus encline à survirer sur les
transferts de charge qu’à la reprise des gaz.
Les chiffres ne mentent pas… en principe, mais Alpine a bel et bien
réussi un tour de force en gommant la sensation de lourdeur. Quand
on la pousse dans ses derniers retranchements (sur le circuit
routier de Mortefontaine), on sent que le dieppois se repose trop
sur ses Michelin Pilot Sport 4 S (avec un élargissement de la
trajectoire), mais c’est un scénario que 99 % des conducteurs ne
connaîtront jamais.
Alpine A390 GT vs Cupra Formentor VZ5 : pas exempts de reproche niveau freinage
L’idée de faire de la piste avec ce type d’auto ne doit
traverser que les esprits dérangés. D’autant que les Cupra et
Alpine ne sont pas exempts de reproche niveau freinage. Dans le
français, basculer dans les modes de récupération d’énergie
(molette bleue à gauche du volant) se solde par un toucher de
pédale franchement désagréable, voire dangereux en One Pedal, avec
une course réduite à peau de chagrin et un ABS trop précoce.
Le Formentor supporte un peu plus le rythme effréné (merci les
étriers 6 pistons Akebono et les disques percés à l’avant), mais
dans les deux cas, les plaquettes sentent le chaud au bout d’une
dizaine de kilomètres menés tambour battant.
Et à cette allure de zinzin, l’autonomie de l’Alpine devient vite
un problème. Sans abuser de ses capacités de relance, mais sans
renier non plus sa vocation, à savoir distiller du plaisir au
volant, l’ordinateur de bord affiche 28,4 kWh/100 km.
La batterie revendiquant 89 kWh, le rayon d’action se resserre.
Mais en tartinant vraiment, tablez plutôt sur 35 ou 36 kWh/100 km
et là, les bornes de recharge deviennent rapidement une denrée
rare.
L'avis de Sylvain Vétaux
La maestria dynamique de l’A390 GT ne lui suffit pas pour
remporter ce duel. D’aucuns me diront que faire gagner un Cupra
facturé près de 160 000 € en France est une hérésie, et ils auront
probablement raison.
Mais notre ligne éditoriale réside dans la capacité du
conducteur à s’émouvoir. Avec son moteur enchanteur, ses
performances de haut vol et sa rigueur, l’espagnol nous a fait
davantage vibrer. Ne reste plus qu’à l’immatriculer… à
l’étranger.
Cupra Formentor VZ5 : sa fiche technique
- Moteur : 5 en ligne turbo, 20 S
- Cylindrée : 2 480 cm3
- Puissance maxi : 390 ch à 5 700 tr/mn
- Couple maxi : 48,9 mkg à 2 250 tr/mn
- Transmission : intégrale, 7 rapports à double embrayage
- Antipatinage/Autobloquant : de série déconnectable/central
- L - l - h : 4 451 - 1 839 - 1 528 mm
- Empattement : 2 680 mm
- Poids annoncé/vérifié : 1 626/1 646 kg
- Répartition AV/AR : 58/42 %
- Pneus : 255/35 R 20
- Réservoir : 55 litres
- Prix de base : 78 785 €
- Prix des options/malus : 1 140/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 159 925 € (malus compris)
- V. max. : 280 km/h (annoncée)
- 400 m D.A. : 12”2 (183 km/h)
- 1 000 m D.A. : 22”5 (231 km/h)
- 0 à 100 km/h : 4”0 (61 m)
- 0 à 160 km/h : 9”2 (254 m)
- 0 à 200 km/h : 15”0 (547 m)
- De 100 à 140 km/h : 3”0 (101 m)
- Freinage : impossible (piste humide)
Alpine A390 GT : sa fiche technique
- Moteurs : 3 électriques (1 avant synchrone à rotor bobiné, 2 arrière synchrones à aimants permanents)
- Puissance maxi : 400 ch
- Couple maxi : 67,4 mkg
- Transmission : intégrale, réducteur à 1 rapport
- Capacité nette de la batterie : 89 kWh
- Puissance de charge maxi : 150 kW
- Autonomie annoncée : 557 km
- Antipatinage/Autobloquant : de série déconnectable/non (Alpine Active Torque Vectoring)
- L - l - h : 4 615 - 1 885 - 1 525 mm
- Empattement : 2 708 mm
- Poids annoncé/vérifié : 2 124/2 149 kg
- Répartition AV/AR : 49/51 %
- Pneus : 245/40 R 21 (en option)
- Prix de base : 67 120 €
- Prix des options/bonus : 11 530/0 €
- Prix du modèle essayé : 78 650 €
- V. max. : 199 km/h
- 400 m D.A. : 12”9 (173 km/h)
- 1 000 m D.A. : 24”3 (199 km/h)
- 0 à 100 km/h : 4”6 (70 m)
- 0 à 160 km/h : 10”4 (184 m)
- 0 à 199 km/h : 23”4 (948 m)
- De 100 à 140 km/h : 3”4 (115 m)
- Freinage : impossible (piste humide)
Retrouvez notre essai entre les Alpine A390 GT et Cupra Formentor VZ5 dans le Sport Auto n°733 du 29/05/2026.














