Essai - Secma F16 Rétro Turbo (2026) : de l'or dans les mains ?
Propulsion, moteur central de 225 ch pour 673 kg annoncés et aucune assistance : la Secma F16 Turbo promet des sensations de conduite authentiques pour un prix raisonnable. Elle débarque dans une nouvelle version Rétro aux faux airs de Caterham.
Sagement garée à côté des autres modèles de la gamme, cette
nouvelle F16 Rétro cabotine dans les ateliers de l’usine Secma,
basée à Aniche, dans le Nord. Elle exhibe son nouveau nez pointu et
ses roues avant apparentes pour tenter de ressembler à une
Caterham.
Son allure vintage et sa découpe de calandre aux faux airs
d’ancienne Aston Martin justifient cette fameuse appellation «
Rétro ». Ce rostre pratiquement aussi imposant que celui de Cyrano
lui permet d’étirer son empattement de 10 cm par rapport à celui
d’une F16 Turbo dont elle est dérivée.
Au vu du gabarit de la mignardise, c’est toujours bon à prendre
pour essayer de récupérer un peu de stabilité. La F16 Rétro a beau
être la plus longue du catalogue Secma, ses 3,27 m en font une
lilliputienne, rapportée à l’échelle automobile actuelle.
Le tour du propriétaire se poursuit à coups d’anecdotes savoureuses
distillées par Laurent Renard, fils du fondateur et responsable du
développement. Viennent alors l’heure de se glisser à bord et un
petit moment de solitude : « Mais comment diable ouvrir ces
drôles de portes en élytre recouvertes de toile, en l’absence de
toute poignée ? »
J’ai beau chercher un peu partout,
impossible de trouver la moindre ouverture, devant mon
interlocuteur un brin narquois. Face à mon embarras, il finit par
me donner la solution, en poussant une petite bosse nichée au
sommet de la capote, et là miracle, la porte s’ouvre enfin !
Secma F16 Rétro Turbo : de l’or dans les mains
Cette anecdote propre à une ergonomie volontiers fantaisiste
fait partie du charme de l’artisanat. Les propriétaires d’exotiques
anglaises comme les TVR savent de quoi je parle, mais notre Secma
défend avec fierté nos couleurs tricolores.
En France, on a des idées et surtout d’incroyables artisans comme
Daniel Renard qui militent pour une certaine vision d’une
automobile plaisir à l’authenticité rafraîchissante. Inventeur
génial, fourmillant d’idées, notre homme lance sa société de
voitures sans permis Erad en 1974.
Après l’avoir revendue, il fonde Secma en 1995 et se spécialise
dans les quadricycles à moteur, avant de commercialiser sa première
sportive F16, au gabarit riquiqui et animée par un moteur 1.6
Renault de 105 ch.
Elle se décline maintenant dans plusieurs variantes entre la F16,
la F16 Evo dotée d’un train arrière plus évolué, mais aussi une
adorable Fun Buggy. Secma développe en parallèle une version F16
Turbo qui débarque en 2016.
Armée du 1.6 THP d’origine Peugeot fort de 205 ch, pour à peine
plus de 650 kg, elle s’ouvre à une clientèle plus sportive et
bénéficie d’un rapport prix/sensations pratiquement impossible à
retrouver ailleurs.
La mécanique passe à 225 ch en 2019 et reçoit quelques
modifications techniques, avant de présenter une nouvelle
carrosserie baptisée « GT » disponible à partir de fin 2022.
Aujourd’hui, la F16 Rétro vient juste de rejoindre le catalogue et
propose le paisible bloc Renault de 105 ch ou la tonitruante
mécanique suralimentée du Lion dont nous profitons à l’essai.
Cette double offre associée à un style vintage complète
intelligemment la gamme, d’après le directeur commercial Gérard
Houdart : « Nous écoulons une centaine de modèles par an, mais
cette inédite version rétro pourrait nous permettre d’aller
chercher une nouvelle clientèle attachée aux Caterham. » C’est
tout le mal qu’on leur souhaite.
Notre Rétro reprend donc l’architecture de ses copines, avec un
châssis poutre en acier mécano-soudé, dont la partie centrale
accueille une grande portion du minuscule réservoir de 26 l,
installé dans le sens de la longueur.
Il se distingue par son empattement de 2,42 m, soit comme dit
précédemment 10 cm de plus que celui des autres versions turbo.
Comme sur les autres modèles, une robuste et épaisse coque en
polyéthylène rotomoulée est boulonnée à ce fameux châssis.
Elle fait partie des très rares éléments à être sous-traités,
puisque Daniel Renard met un point d’honneur à tout fabriquer
lui-même dans ses installations à Aniche : pièces de carrosserie
PMMA teintées dans la masse réalisées par thermoformage dans des
moules, double triangulation avant et arrière et une majorité des
pièces. Le patron et quelques talentueux employés usinent,
fraisent, soudent et montent avec une incomparable maestria.
Secma F16 Rétro Turbo : à l’ancienne
’ouverture en élytre de ces fameuses portes facturées 1 915 €
facilite l’installation à bord et n’impose pas de multiples
contorsions comme dans une Lotus Exige pour se glisser dans les
sièges fixes recouverts de cuir.
La colonne de direction est tout aussi immobile, mais Laurent
Renard me règle le pédalier coulissant afin que je puisse y loger
mes grands abattis. L’instrumentation empruntée à la DS 3 Racing
met dans l’ambiance et la position de conduite est tout à fait
correcte, à l’exception du pédalier précité.
Non seulement il est engoncé dans un espace aussi étroit que celui
d’une Caterham, mais il est surtout bien trop décalé vers la
droite. C’est d’autant plus gênant que le trop grand rapprochement
entre les trois fines pédales peut entraîner d’embarrassantes
confusions : « Les grosses chaussures sont proscrites à bord
d’une Secma et la seule assistance, c’est le cerveau ! »
s’amuse son fondateur.
Impossible dans un espace aussi exigu d’installer le moindre
repose‑pied non plus ! De toute façon, les choses rentrent vite
dans l’ordre au bout de quelques minutes, même si la pratique du
talon‑pointe demande des talents de gymnaste ou de pilote confirmé
!
L’absence de direction assistée n’est pas un problème non plus, vu
que les pneus avant de 195 mm de large n’ont pratiquement rien à
porter. En outre, avec moins de trois tours de butée à butée,
ladite direction demeure suffisamment directe pour éviter de
constamment tricoter des avant‑bras.
L’amortissement conserve une certaine fermeté à basse vitesse et
engendre quelques trépidations, sans pour autant verser dans un
inconfort flagrant grâce au poids réduit. La première jolie route
qui se présente inspire l’ami Greg, qui m’invite à ôter les portes
en toile pour les besoins photographiques.
Reste à dévisser la partie supérieure à l’aide d’une sorte de clé
Allen nichée sous le capot avant, puis de l’enlever. La
manipulation n’est pas trop compliquée, même si certains
ajustements sont typiquement artisanaux. Vient ensuite le problème
du stockage des portes, en l’absence de tout espace de rangement
sur notre objet du jour.
Secma F16 Rétro Turbo : sèche‑cheveux
A l’air libre, la conduite devient bien plus immersive encore.
La vision des deux petits phares ronds évoque la Caterham, avec un
capot moins long et un pare‑brise plus incurvé. D’être en direct
avec les éléments, les sensations sont forcément décuplées et les
225 ch de son 1.6 turbo qui n’ont que 673 kg à emmener sans son
pilote y participent amplement.
Son réveil peu avant 2 000 tr/mn et son effet turbo bien marqué dès
2 500 tr/mn transforment cette drôle de grenouille en manège de
foire, jusqu’à plus de 6 000 tr/mn. Bien des Golf GTI ou encore
Mégane R.S. risquent d’y perdre leur amour‑propre, au moment de s’y
frotter. Quel punch !
Seule la commande de boîte accrocheuse gâche un peu la fête et
exige de bien décomposer, notamment lors des rétrogradages de
troisième en deuxième. Vient alors le moment de solliciter un
freinage plutôt efficace, à condition de connaître le mode d’emploi
et de se garder une marge de sécurité sur les premières
décélérations.
L’absence d’assistance impose de taper bien fort dans la pédale,
tout en soignant son dosage de manière dégressive pour éviter tout
blocage intempestif. La Secma se mérite un minimum et implique son
pilote, à une époque où bien des sportives perdent de leur saveur
en lui mâchant démesurément le travail.
La fermeté entrevue à basse vitesse se ressent légèrement moins en
haussant le rythme, mais l’amortissement conserve un toucher de
route assez sportif et un caractère parfois sautillant sur chaussée
dégradée.
Sur les rares virages entraperçus d’un itinéraire routier plutôt
rapide, les conséquences de son architecture à moteur central
arrière ne s’éprouvent que de façon bénéfique. Pas d’effet de nez
léger à mesure que la vitesse augmente, ni d’obligation de charger
exagérément le train avant sous peine d’aller conter fleurette aux
bas‑côtés extérieurs dans les passages plus sinueux.
Elle apprécie certes d’être accompagnée sur les freins, mais reste
suffisamment solide pour garder sa trajectoire, à travers une
direction informative, mais un peu collante et manquant de rappel.
L’empattement rallongé de 10 cm apporte certainement une touche de
stabilité supplémentaire à haute vitesse, même si la bestiole
demeure naturellement vive et sensible au vent latéral.
Bien aidée par le 1.6 THP qui appuie sur les roues arrière et par
la présence d’un différentiel autobloquant de type Torsen, la
motricité impressionne, même sous la pluie. Cela ne l’empêche
pourtant pas de dessiner quelques jolies virgules avec un pied
droit généreux, en sortie de virage lent sur un revêtement
gras.
Lors du retour à l’usine sous une pluie battante, l’étanchéité des
portes pas toujours parfaite et le désembuage faiblard ajoutent une
pointe d’aventure… à l’ancienne.
Secma F16 Rétro Turbo : fiche technique
- Moteur : 4 en ligne, turbo, 16 S (Peugeot THP)
- Cylindrée : 1 598 cm3
- Puissance maxi : 225 ch à 6 000 tr/mn
- Couple maxi : 30,6 mkg à 1 750 tr/mn
- Transmission : roues AR, 6 rapports manuels
- Autobloquant : de série (de type Torsen)
- Poids annoncé : 673 kg
- Rapport poids/puissance : 3 kg/ch
- L - l - h : 3 267 - 1 695 - 1 165 mm
- Empattement : 2 420 mm
- Pneus AV & AR : 195/45 & 215/45 R 16 (Michelin Pilot Sport)
- Freins AV/AR : disques ventilés (247/290 mm)
- Réservoir : 26 l
- Prix de base : 43 500 €
- Prix des options/malus : 2 835/1 172 €
- Prix du modèle essayé : 47 507 € (malus compris)
- V. max. : 240 km/h
- 0 à 100 km/h : 4’’8
- 1 000 m D.A. : 24’’9
L'avis de Jacques Warnery : 4/5
Son positionnement radical apparaît rafraîchissant. Les petits travers propres à l’artisanat et l’ergonomie parfois fantaisiste s’oublient vite par rapport aux performances et aux sensations.
Retrouvez notre essai de la Secma F16 Rétro Turbo dans le Sport Auto n°772 du 24/04/2026.














