Essai - Ford Mustang GTD (2026) : chevauchée sauvage en Californie...
La GTD est la Ford Mustang la plus extrême jamais immatriculée. Direction le désert de Californie pour libérer son côté sauvage...
Est-ce que Ford aurait fabriqué cette voiture il y a dix ans ?
Ford Mustang GTD : "Grand Touring Daytona"
A l’époque, le constructeur prévoyait de revenir au Mans, car
cela faisait presque 50 ans que la GT40 n’y avait pas triomphé, et
les dirigeants de Ford voulaient y participer avec une Mustang.
C’était l’auto la plus luxueuse qu’ils produisaient, et ils
pensaient reproduire l’adage : « Gagner le samedi et le
dimanche, pour vendre le lundi. » Mais plus les ingénieurs de
Ford se penchaient sur la question, plus ils prenaient conscience
qu’ils ne pourraient pas la rendre compétitive.
La Mustang était une grosse voiture pour la catégorie GTE, et même
si diverses mesures d’équilibre des performances ont été prises, sa
grande surface frontale limiterait sa vitesse. Ainsi, c’est en
catimini que les ingénieurs ont commencé à développer la GT, avec
son cockpit étroit et sa hauteur réduite. C’est donc une voiture de
course qui est devenue une voiture de route, et non l’inverse.
La démangeaison de la Mustang n’a apparemment pas été assouvie, car
une décennie et une génération de Mustang plus tard, Ford voulait
toujours en faire courir une au Mans. Raison pour laquelle a été
créée une variante GT3. Avec une boîte de vitesses montée à
l’arrière, des suspensions de Multimatic et d’autres astuces
encore, elle a obtenu un podium dans sa catégorie.
Et voici la voiture de route qui a été développée pour célébrer cet
événement. On pourrait la considérer comme une version GT3 RS ou
Speciale de la Mustang. Elle s’appelle « GTD », qui vient de la
catégorie « Grand Touring Daytona » de l’IMSA, soit dit en passant.
Je suppose qu’il n’y avait pas de Golf GTD aux Etats-Unis…
Ford Mustang GTD : elle fait tout trembler
Notre Mustang démarre très tôt le matin dans le garage couvert
d’un hôtel californien et fait tout trembler. De manière
rafraîchissante pour les oreilles, le 5,2 litres conserve un ordre
d’allumage en croix et sonne par conséquent comme un authentique V8
américain. Je me sens un peu mal à l’aise à cause du volume, mais
les voituriers de l’hôtel paraissent très détendus.
Le moteur est un V8, donc, de 5 163 cm3 (315 pouces cubes) à 90°,
supercarré (alésage de 94 mm, course de 93 mm), avec des pistons en
aluminium forgé, des bielles et un vilebrequin en acier forgé, un
compresseur de suralimentation à refroidissement intermédiaire et
des soupapes d’échappement actives. Il développe 815 ch à 7 400
tr/mn et monte jusqu’à 7 650 tr/mn.
La plateforme de la GTD provient de la voiture de route, mais la
carrosserie en blanc est retirée de la ligne de production standard
pour être envoyée à Multimatic. Les panneaux de carrosserie sont
principalement en fibres de carbone et la suspension est la plus
astucieuse non seulement de l’histoire de la Mustang, mais aussi que l’on
puisse trouver.
Ford Mustang GTD : échappement volumineux
Il s’agit d’un système semi-actif qui peut faire varier à la
fois le tarage des ressorts et la hauteur de caisse. En mode Track,
ils peuvent descendre de 40 mm par rapport à leur hauteur de
conduite sur route. Ils sont positionnés de manière conventionnelle
sur la suspension avant à double triangulation, mais à l’arrière,
la GTD sort des sentiers battus, avec un sous-châssis en aluminium
sur mesure, de sorte que la suspension multibras est actionnée par
poussoir et que les ressorts et les amortisseurs sont disposés en
croix horizontale, où se trouveraient les sièges arrière.
Cela a créé suffisamment d’espace pour que Ford remplace la boîte
de vitesses habituelle montée à l’avant par une boîte automatique à
double embrayage à 8 rapports installée entre les roues arrière,
avec un arbre de transmission en fibres de carbone et un
différentiel à glissement limité contrôlé électroniquement.
Le fait qu’il y ait également un échappement volumineux, la majeure
partie du cadre de suspension, une multitude de systèmes
hydrauliques et un refroidissement supplémentaire à l’arrière
signifie deux autres choses : la répartition du poids est proche de
50/50, et il n’y a pas de coffre. Pas de coffre du tout. En
revanche, la suppression de la banquette arrière permet de dégager
un peu d’espace pour les bagages – comme dans une Porsche 911, en
quelque sorte –, tandis qu’une fenêtre laisse admirer les ressorts
et les amortisseurs dans toute leur splendeur.
Ford Mustang GTD : gros bras
L’aérodynamique est active : l’aileron peut faire passer d’une
visibilité arrière réduite à une visibilité nulle lorsqu’il est
fermé. L’appui maximal est de 885 kg. Les pneus avant sont parmi
les plus larges rencontrés sur une voiture de route. Ce sont des
325/30 R 20, de la même largeur que les pneus arrière d’une Ford
GT, et seulement 20 mm plus étroits que les gommes arrière de la
GTD.
La largeur totale de la GTD est supérieure de 164 mm à celle de la
Mustang classique. Aucun de ses équipements n’est très léger : la
GTD pèse 1 989 kg. Il s’agit donc d’une auto aux caractéristiques
exceptionnelles. Je constate à quel point elle est sauvage 50 m
après avoir roulé aussi prudemment que possible depuis la rampe
d’accès de l’hôtel jusqu’à l’une de ces routes en béton typiquement
rencontrées de ce côté de l’Atlantique. Le bruit de la route et la
conduite à basse vitesse sont tous deux assez surprenants.
L’habitacle, en revanche, ne l’est pas. Tant que vous ne regardez
pas derrière vous. C’est une Mustang classique, avec un intérieur
de tous les jours. La position de conduite est agréable grâce aux
nouveaux sièges Recaro, qui offrent un bon soutien, et au volant
presque rond avec des boutons réels et sensés. Même si j’aurais
préféré que les commandes de chauffage ne soient pas sur un écran
tactile.
En outre, il y a un brin de fibre de carbone ici et là pour
injecter un peu d’intérêt, et on m’informe que les palettes de
changement de vitesse sont faites de titane provenant d’un avion de
chasse F-22 Raptor mis au placard. Ford affirme que la GTD est une
auto axée piste. Après tout, elle n’est que 3” plus lente sur la
Nordschleife qu’une 911 GT3 RS (6’52”) – mais ils disent aussi que
c’est la Mustang la plus extrême immatriculée.
Ford Mustang GTD : direction Palm Springs
Pour passer cette journée à son volant, nous nous dirigeons vers
Palm Springs. Il existait autrefois une idée fausse, aujourd’hui
dissipée, selon laquelle les routes américaines étaient droites et
ennuyeuses. Or beaucoup d’entre elles ne le sont pas du tout, à
l’image de Box Canyon, Pines to Palms Highway ou encore Rim of the
World Scenic Byway.
D’autant que les bonnes routes états-uniennes sont parmi les
meilleures que vous puissiez trouver, car elles sont peu
fréquentées, relativement plates et bien revêtues. En outre, elles
peuvent offrir une vue qui s’étend sur des centaines de kilomètres.
Et même sur les tracés monotones qui mènent aux routes
intéressantes, la GTD est supportable.
La Mustang n’est pas sans rappeler un Ford Ranger Raptor, ou
peut-être une Toyota GR Yaris, en ce sens qu’elle s’améliore au fur
et à mesure qu’on accélère. Malgré toute sa hargne, c’est une auto
stable, avec une boîte de vitesses facile qui permet une allure de
croisière tout à fait acceptable. Et il est amusant, dans un moment
de calme, d’observer la suspension dans le rétroviseur
intérieur.
Si l’aile arrière est en mode High-drag, la rétrovision ne servira
pas à grand-chose. Au fil des kilomètres, j’essaie de réfléchir à
la voiture à laquelle la Mustang GTD ressemble le plus.
Ce pourrait être la Mercedes-AMG GT Black Series, bien que je n’aie
conduit cette voiture que sur circuit, et qu’AMG ait décidé de
l’équiper d’un vilebrequin à plat, ce qui ne donne pas un son de
moteur très exaltant. La GTD émet l’un des bruits de moteur les
plus excitants de ce côté de la NASCAR. Il ne s’apparente à aucun
autre.
Ford Mustang GTD : grand huit
Le V8 offre une formidable poussée sur n’importe quel rapport.
Et si vous êtes sur le mauvais rapport, le bon n’est qu’à quelques
coups de palette au volant, et c’est alors d’une poussée enragée
qu’il s’agit. D’autant qu’elle est capable de tourner à plein
régime, avant d’atteindre brusquement le limiteur.
Par ailleurs, il y a différents modes de conduite et les plus
agressifs s’accompagnent d’un coup d’accélérateur brutal et d’une
détonation de l’échappement au passage des vitesses. C’est amusant
si vous êtes de bonne humeur, ou si vous êtes sur le point de vous
arrêter pour enregistrer une vidéo statique et que vous voulez être
sûr d’avoir fait fuir les coyotes.
Quant à la boîte de vitesses à 8 rapports, elle est efficace et non
pas brouillonne, comme peut l’être la transmission à 10 rapports de
la Mustang classique. Les disques de frein en carbone-céramique
sont de série et apportent une sensation de décélération nette et
précise. Je ne pourrai pas vous parler de l’endurance sur un
circuit, mais celle en descente, sur route, est remarquable.
La tenue de route n’a rien à voir avec celle d’une Mustang ni, en
fait, avec celle de la plupart des autres autos. En règle générale,
dans une propulsion à moteur avant, il faut gérer le nez de la
voiture pour qu’elle tourne. Une Mustang ou, disons, une Aston
Martin ou une AMG aiment pivoter avec du frein pour garder un peu
de poids sur l’avant.
Ford Mustang GTD : des pneus avant gigantesques
La répartition plus équilibrée de la masse de la GTD ainsi que
ses pneus avant de taille gigantesque se traduisent par des
réactions très différentes. Elle est beaucoup plus à même de
tourner avec un peu d’accélérateur, ce qui, sur une route sinueuse
où l’on souhaite maintenir une vitesse régulière entre les virages,
en fait une voiture réactive.
Elle n’est pas agile comme une auto à moteur central, mais elle
fait preuve d’une volonté étonnante pour un gros coupé à moteur
avant de cette taille et de cette masse. Et en sortie de virage ?
C’est une voiture de route, alors je suis resté plutôt prudent,
mais avec son couple et son différentiel à glissement limité, elle
peut bouger légèrement. Elle se dirige également bien.
J’ai entendu quelques personnes dire que la configuration étouffait
le ressenti de la route, et peut-être qu’il y a une part de vérité
là-dedans, mais ce sont d’énormes pneus avant qui traitent des
charges colossales, donc si le ressenti n’était pas filtré,
j’imagine que ça tirerait sur le volant dans tous les sens. En
l’état, la voiture se cherche un peu sur les mauvais
revêtements.
Il serait intéressant de voir comment la direction s’en sort sur
nos routes plus accidentées et moins bien revêtues, surtout si l’on
tient compte de la largeur de l’auto. Il s’agit d’une voiture à
conduite à gauche uniquement et il n’y en aura qu’environ 1 000 au
total. Bref, la Mustang dérivée de la course a mis du temps à
arriver, mais l’attente en valait la peine.
L'avis de notre essayeur Matt Prior : 5/5
La démesure de la Mustang GTD en fait une voiture spectaculaire, tant en matière de couple, de sonorité que… de taille des pneus avant ! Et même si elle n’est pas aussi agile qu’une sportive à moteur central, elle fait preuve d’un dynamisme remarquable pour un coupé de cette taille et de ce poids.
Ford Mustang GTD : fiche technique
- Moteur : V8 à compresseur, 32 S
- Cylindrée : 5 163 cm3
- Puissance maxi : 815 ch à 7 400 tr/mn
- Régime maxi : 7 650 tr/mn
- Couple maxi : 91,8 mkg à 4 800 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports à double embrayage
- Antipatinage/autobloquant : de série, déconnectable/de série
- Poids annoncé : 1 989 kg à vide
- L - l - h : 4 917 - 2 075 - 1 409 mm
- Empattement : 2 720 mm
- Pneus AV & AR : 325/30 & 345/30 ZR 20 (Michelin Pilot Sport Cup 2 R)
- Freins AV/AR : disques ventilés carbone-céramique (419/370 mm)
- Réservoir : 60,5 l
- Prix de base : 365 000 €
- Prix des options/malus : NC/80 000 €
- Prix du modèle essayé : env. 445 000 € (malus compris)
- V. max. : 325 km/h
- 0 à 100 km/h : 2’’8
- 0 à 160 km/h : 6’’1
- 0 à 200 km/h : 10’’0
- 400 m D.A. : 10’’6
Retrouvez notre essai de la Ford Mustang GTD dans le Sport Auto n°771 du 27/03/2026.














