Supertest - Porsche 911 GT3 (992.2) : plus que jamais "pistarde" !
Ne faire plus qu’un avec la machine : c'est le ressenti au volant de la Porsche 911 GT3 (992.2), passée sur le gril du Supertest au Val de Vienne. Attachez vos ceintures !
Cette phase 2 de la GT3 Type 992 change trop peu, voire pas du tout. Les modestes retouches cosmétiques (phares, boucliers) le confirment.
L’évolution selon Porsche ?
"Le nouveau dessin de la lèvre avant et les cloisons du fond
plat augmentent la déportance et favorisent l’écoulement des flux
d’air. A l’arrière, les extracteurs et les plaques latérales de
l’aileron sont redessinés." Pas flagrant, vous en conviendrez.
Le 4 litres atmosphérique n’évolue pas, du moins en puissance.
Porsche précise qu’il répond parfaitement aux normes en vigueur
avec ses deux filtres à particules. Les culasses auraient été
révisées et l’arrivée des arbres à cames plus pointus de la GT3 RS
rendrait les envolées lyriques plus… lyriques. S’ajoutent des
papillons de gaz revus et un refroidissement maximisé, mais les
cotes internes sont identiques.
Pas mal de retouches pour 510 ch et 45,9 mkg. Attendez : pas un
canasson en rab et un couple qui chute ! C’est ça l’évolution selon
Porsche ? Pour satisfaire puristes et décideurs, oui. Les premiers
sont soulagés d’apprendre que la GT3 rejette toujours toute forme
d’aide respiratoire et laisse l’hybridation, synonyme de kilos en
trop, à d’autres.
Les seconds râlent que Porsche ait, pour cette génération encore,
réussi à homologuer (merci les quatre catalyseurs) une auto qui ne
rentre dans aucune des cases de la sportive vertueuse. C’est parce
que la vertu première de la
GT3 ne réside pas dans ses rejets de CO2 (312 g/km), mais dans
cette aptitude à changer un conducteur en apprenti pilote.
Une Turbo S, avec ses 4 roues motrices et son couple à arracher des
fondations, transforme la route en centrifugeuse. C’est comme Space
Mountain : harnaché, vous subissez, en confiance absolue, ce que la
machine vous inflige. La GT3, c’est tout l’inverse. Légère, c’est à
vous de ciseler la trajectoire. Et pour ce faire, les doubles
triangles sont plus profilés et la rotule des bras oscillants
inférieurs est positionnée plus bas (comme sur la GT3 RS), cela en
vue de réduire le phénomène de plongée au freinage.
Christophe le confirmera, ou pas, le chrono ne mentant pas. Mais,
sans présager de ce dernier, il pourrait être affecté par les
pneus. A la livraison de l’auto, les Michelin Cup 2 ont déjà vécu
des heures difficiles. Le flanc commence à pelucher, et si
l’épaisseur de gomme ne laisse pas redouter de soucis de motricité,
l’extérieur pelé pourrait faire perdre de précieux dixièmes à notre
pilote. La couleur Oak Green Metallic Neo (3 780 €) lui va à ravir,
tout comme les jantes forgées de 20 et 21 pouces (teinte Or
Californie à 1 200 €). Pour le logo en bas des portières (420 €),
je suis moins fan.
Statu quo
Le jour de notre venue à Mortefontaine, il y a une brise à
décoiffer un présentateur télé, faisant craindre des mesures
compliquées. Le pèse-auto annonce 1 529 kg. Laurent [Chevalier] ayant vérifié la
992 GT3 à 1 480 kg, nous sommes loin des 2 kg d’écart
revendiqués par Porsche entre les deux générations. De 2,9 kg/ch,
le rapport poids/puissance grimpe à 3.
C’est anecdotique, nous sommes d’accord, mais comme le constructeur
axe son discours sur la légèreté conservée en dépit des nouvelles
normes, signalons-le quand même. En 2021, Laurent avait droit à des
Michelin Cup 2 R pour l’exercice. Mes « pas R », déjà au bord de la
déprime avant même d’arriver au Vigeant, devraient me porter
préjudice. Pas tant.
0 à 100 km/h : 3”4 (temps officiel d’ailleurs) en 50 m, soit un
dixième moins bien qu’en 2021. Et le reste suit la tendance : 7”1
pour taper les 200 km/h (7” avec la phase 1), 11”3 pour le 400 m
(11”2 il y a cinq ans) et 20”7 pour le 1 000 m (20”6 en 2021). Les
49 kg de lest ont donc peu d’incidence sur les accélérations, pas
plus que l’état passable des pneus. Le déficit de couple de 2 mkg
est tout aussi imperceptible en reprise, les deux générations
signant un véloce 2”3, le tout sans turbo, rappelons-le.
A bord, quelle est l’ambiance ? Bruyante. Le launch control est
intraitable. L’aiguille du compte-tours se cale sur 6 300 tr/mn et
l’exercice est répétable à outrance, sans que le système faillisse.
Si, mécaniquement, les modifications entre 992.1 et 992.2 sont
minimes, la principale concerne la transmission. La boîte à double
embrayage à 7 vitesses (et non 8, comme dans une Carrera) voit son
étagement final raccourci de 8 %, et cela vaut également pour la
version en boîte manuelle (toujours au catalogue, tout comme la
Pack Touring, privée d’aileron).
Mécanique rageuse, transmission qui tire court : voilà qui devrait
faire des merveilles sur piste. Mais avant d’atteindre la Vienne,
il y a de longues portions monotones d’autoroute, secteur dans
lequel la GT3 est l’une des
911 les moins à l’aise. L’étagement revu, c’est parfait pour
les perfs et pour tirer le bénéfice du moindre équidé.
En revanche, sur les grands axes, à 3 600 tr/mn sur le dernier
rapport à vitesse légale, cela peut rapidement transformer
l’excursion en migraine. Non pas que Sport Auto ait retourné sa
veste en jetant son dévolu sur d’insupportables bétaillères
électriques, mais à mi‑régime, le 4 litres Porsche est plus
lancinant qu’euphorisant. Vite, les petites routes limousines pour
quitter cet enfer !
Tranchant rasoir
Je n’y avais pas prêté attention, mais c’est la première fois
que la GT3 peut être équipée du pack Weissach, en principe réservé
à l’appellation « RS ». Celui‑ci se compose d’un capot, d’un toit
et de plaques latérales d’aileron en carbone. S’y ajoutent un
arceau boulonné (non homologué FIA GT), des barres antiroulis
durcies et quelques touches de carbone intérieures.
Avec les jantes en magnésium (‑9 kg) et les 12 kg sauvegardés par
ce pack Weissach, ce sont 21 kg en moins sur la balance. Les
harnais Schroth Racing (de série dans le pack Clubsport côté
conducteur) ne sont pas gênants pour les trajets quotidiens, qui se
muent trop rapidement en piège à permis. Je l’ai déjà écrit, mais
la GT3 a cette faculté de réveiller de vils instincts.
Et ce n’est pas bien. Il y a cette capacité à se jeter à
l’intérieur du virage presque avant que les mains lui en aient
donné l’ordre. Avec la direction hydraulique de chez McLaren,
l’électromécanique de la GT3 est selon moi la plus réussie.
Réactive sans être trop vive ni directe, elle n’oblige pas à de
perpétuelles corrections au point milieu comme c’est souvent le cas
avec les missiles à tête chercheuse. C’est brusque sans être
brutal, précis sans déséquilibrer l’auto, et il est quasi
impossible de rouler pépère à bord de la GT3.
Pas pour sa propension à raccourcir les distances. Son 4 litres a
toutes les qualités du monde, mais pas celle (et c’est tant mieux)
de vous transformer en boule de flipper. Sa poussée est graduelle,
stimulante. Il y a cette sonorité reconnaissable entre mille,
mêlant sauvagerie et harmonie. Au‑delà de 5 000 tr/mn, chaque plage
de 1 000 tr/mn vous transporte vers le nirvana au point qu’il n’est
pas si naturel d’attraper le rupteur, à 9 000 tr/mn, tant le
déferlement de sensations préalables incite à se raisonner.
Guidage exemplaire
Le moteur de la GT3 vaut à lui seul l’achat de la Porsche, mais
une fois que vous aurez goûté à son guidage exemplaire, vous ne
pourrez plus en lâcher le volant. L’avant mord la corde comme un
crotale se jette sur une gerbille. L’arrière, avec ses roues qui
braquent plus ou moins pour faciliter le placement ou la stabilité,
est calibré pour ne pas surprendre le conducteur.
A basse vitesse, le phénomène de lacet est réjouissant. A haute
vitesse, le braquage intégral des quatre roues vous rend invincible
avec une GT3 imperturbable sur ses appuis. Ce tempérament de
voiture de course se fait au prix d’un amortissement qui ne raffole
pas des rythmes de sénateur.
Le PASM piloté n’apprécie pas les plis de la chaussée et sa
compression manque de progressivité. Il fonctionne selon deux modes
: Sport (en Normal et Sport) et Track (en… track). Sur
départementale, la différence d’amortissement est imperceptible :
c’est dur dans les deux cas, sans être une planche de bois. Mais
comme on n’achète pas une GT3 pour sa polyvalence (même si elle
dispose d’un coffre, contrairement à la RS), gardons pour nous ce
grief.
En 2021, c’est avec la GT3 que nous pendions la crémaillère au
Vigeant, avec un chrono de 1’42”80. Mais il y a cinq ans, l’auto
était pourvue de Cup 2 R neufs et de freins en carbone‑céramique
indestructibles. Pour les décélérations de ce jour, Christophe
Tinseau doit faire confiance à des disques acier qui, s’ils
n’assurent pas les mêmes distances (126 m au lieu de 113),
distillent mordant et facilité de dosage. Le quinqua est chaud
comme une baraque à frites et il est temps de lâcher le fauve !
Résultat : une grosse demi‑seconde derrière la phase 1.
Avant de crier à l’arnaque, avec une nouvelle qui va moins vite que
l’ancienne, rappelons cette histoire de gommes, ô combien
préjudiciable ! Sur petites routes, la GT3 est comme un poisson
dans l’eau, mais sur piste, elle devient un félin auquel le chrono
ne peut échapper. Sa conduite est moins intimidante que celle des
296 ou 750 S, fines lames avérées, mais dont les mises en vitesse
et le couple démentiels invitent à la prudence. Ce n’est pas le cas
avec la GT3, qui fait plus que maîtriser le circuit : elle est le
modèle à suivre de la pistarde accessible. Sauf financièrement.
L'avis de Sylvain Vétaux : 5/5
Ce restylage de la 911 GT3 ne bouleverse pas la recette, et c’est tant mieux. Les mauvaises langues ironiseront sur ce statu quo, les amateurs de pilotage continueront de savourer ce plat maîtrisé. Moteur enivrant, châssis aux petits oignons, freins endurants : la pistarde l’est plus que jamais, au détriment d’un confort perfectible. Elle confirme que sa vocation, c’est la piste, en arrivant par la route.
Porsche 911 GT3 (992.2) : fiche technique
- Moteur : flat 6, atmosphérique, 24 S
- Position : porte-à-faux AR
- Cylindrée : 3 996 cm3
- Alésage x course : 102 x 81,5 mm
- Rapport volumétrique : 13,3
- Régime maxi : 9 000 tr/mn
- Puissance maxi : 510 ch à 8 400 tr/mn
- Puissance au litre : 127 ch/l
- Couple maxi : 45,9 mkg à 6 100 tr/mn
- Couple au litre : 12 mkg/l
- Transmission : roues AR, 7 rapports à double embrayage
- Autobloquant : de série (AR)
- Antipatinage : de série déconnectable (contrôles de stabilité et de traction dissociés)
- Suspension AV/AR : doubles triangles, barre antiroulis, amortisseurs pilotés/essieu multibras, barre antiroulis, amortisseurs pilotés
- Direction : crémaillère, assistance électromécanique
- Tours de volant/Diamètre de braquage : 2,4/10,4 m
- Freins AV/AR : disques ventilés (étriers 6/4 pistons)
- Antiblocage : de série
- Poids constructeur/contrôlé : 1 479/1 529 kg
- Répartition AV/AR : 40/60 %
- Rapport poids/puissance : 3 kg/ch
- L - l - h : 4 570 - 1 852 - 1 279 mm
- Empattement : 2 457 mm
- Voies AV/AR : 1 551/1 555 mm
- Réservoir : 64 l (90 l en option)
- Pneus : 255/35 ZR 20 & 315/30 ZR 21
- Prix de base : 213 700 €
- Options/malus : 56 840/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 350 540 € (malus compris)
Porsche 911 GT3 (992.2) : en mesures sur piste

Retrouvez notre Supertest de la Porsche 911 GT3 (992.2) dans le Sport Auto n°771 du 27/03/2026.














