Essai - Toyota GR Supra A90 Final Edition : une personnalité bien trempée ! (+ images)
Cette version A90 Final Edition de la Supra laisse apparaître la personnalité bien trempée qui faisait jusqu’alors défaut au coupé de Toyota. Au risque d’y perdre ses qualités de voyageuse, mais c’est pour la bonne cause : son baroud d’honneur. Cap sur la Bourgogne pour mieux goûter ce cru rarissime.
Vous avez plus de chance de croiser une F50 qu’une GR Supra A90 Final Edition...
"C’est celle de Fast and Furious ?"
Statistiquement, s’entend : la Ferrari fut produite à 349
exemplaires, la Toyota ne le sera qu’à 300 unités. Si vous ne
sortez jamais de nos frontières, la probabilité de vous retrouver
nez à nez avec la japonaise chute même drastiquement puisque seules
5 voitures ont été allouées à la France. Pour se la procurer, il
faut avoir là aussi beaucoup de chance.
Enfin il fallait, le quota, après un tirage au sort en mai dernier,
ayant déjà été attribué. Bref, notre monture noir mat n’a beau être
qu’une Supra, elle est rarissime. « C’est celle de Fast and
Furious ? » questionne un ado pendant la première pause
ravitaillement, auquel nous faisons gentiment remarquer qu’une
consultation chez l’ophtalmo s’impose.
« Non, celle du film est plus ancienne et orange. — Elle a le
même aileron pourtant ! » Niet : le nôtre, façon col‑de‑cygne,
est inspiré du modèle GT4 écumant les circuits du globe. Le départ
de la région parisienne s’est opéré bien avant l’aube. Greg râle.
Il n’aime pas la couleur, ce que je conçois, mais nous n’avons pas
le choix : c’est la seule teinte disponible.
Il n’aime pas sa position dans le baquet de droite, l’empêchant de
roupiller, ce qui m’arrange car je me sens moins seul sur l’A6,
obligé qu’il est de tailler le bout de gras. D’ailleurs, je suis
content d’en avoir sur les flancs, du gras, car l’installation dans
ces profondes baignoires en carbone ne se fait pas sans mal.
"Née pour la piste… mais tolère presque la route"
Toyota aurait pu se cantonner, pour cette ultime version de son
coupé (développé en partenariat avec BMW pour rappel), à quelques
falbalas esthétiques et à une modeste cure de vitamines pour
justifier une hausse tarifaire. Mais le constructeur généraliste
est aussi jusqu’au‑boutiste. Cent chevaux supplémentaires, plus de
deux fois plus chère : la Final Edition n’est pas qu’une série
limitée, c’est un modèle à part entière
Mais « qui n’en veut » ? A 224 000 € (malus compris), elle
retrouve sur sa route des autos à la fois plus puissantes et plus
prestigieuses. Faut‑il préciser qu’une GT4 RS (500 ch), fleuron
mécanique et dynamique de Porsche, réclame 232 500 € (avec malus) ?
En dépit de ses 441 ch, rien ne motive le tarif démentiel de la
Supra. Mais est‑ce une raison pour bouder notre plaisir sur les
routes du Morvan et de la Bourgogne ?
« Née pour la piste… mais tolère presque la route. » Cela
aurait pu être le slogan publicitaire. Comme pour les modèles GT4,
la suspension est fournie par KW (modèle Clubsport). Ces combinés
offrent seize réglages en détente et douze en compression. Comment
notre monture a-t-elle été apprêtée ? Aucune idée, mais la fermeté
de l’amortissement et les secousses perpétuelles sur les
irrégularités de la chaussée énerveront même les plus
conciliants.
Sportive très rigide
La barre anti-dévers à l’avant est durcie par rapport à la Supra
normale, et le carrossage négatif, qu’il soit frontal ou
postérieur, est augmenté. La garde au sol est réduite de 17 mm par
comparaison avec la 3.0 normale alors que la largeur croît de 13
mm. De coupé parfois nonchalant sur les appuis, la Supra se mue en
sportive très rigide.
Il y a des renforts structurels un peu partout, des triangles
inférieurs avant ré-usinés et des silent-blocs durcis sur toutes
les articulations. C’est Steve Austin, cette caisse (les plus
anciens comprendront). Première pause photos du côté de
Châteauneuf, en Côte-d’Or, bourgade médiévale que les habitués de
l’A6 connaissent bien, son majestueux édifice étant proche de
l’autoroute.
Sur les voies pentues de la cité, l’A90 se racle à deux ou trois
reprises les chicots. Il n’y a pas de lift, hélas. Nous attaquons
le Morvan par son flanc septentrional. La D18A nous fait
redescendre, croiser l’A6 et, après Sainte-Sabine, cap au sud-ouest
sur la D17C.
Du couple à foison
A Arnay-le-Duc, nous récupérons la D981, portion totalement
insipide qui conduit notre japonaise jusqu’à Autun. Pas le temps de
voir le théâtre romain ou la porte d’Arroux : les températures sont
très fraîches et les nuages coincés en haut des collines entourant
la ville indiquent qu’une averse de neige n’est pas à exclure.
La Supra étant chaussée de Michelin Pilot Sport Cup 2 flambant
neufs, qui se sentent à l’aise sur chaussée glissante comme moi
dans un colloque sur les voitures électriques, mieux vaut se
presser. Alors je presse. Pédale dans la moquette, avec cette
tessiture propre aux 6 en ligne, la Toyota décanille fissa. Entre 2
700 et 5 000 tr/mn, la poussée n’a plus rien à voir avec celle de
la version normale.
L’inertie du moteur est trop importante (surtout à la descente en
régime), mais le couple foisonne et les roues le tolèrent
étonnamment bien. Il n’y a bien que sur les deux premiers rapports
que la circonspection est de mise, car dès la 3e , le conducteur
peut écraser sans arrière-pensée.
Le Morvan, c’est plaisant. Un trafic aux abonnés absents, des
routes au revêtement changeant et un relief qui s’accentue à mesure
qu’on file vers l’occident. Il y a un petit côté vosgien sur ce
terrain. A la frontière entre Nièvre et Saône-et-Loire, le
Haut-Folin (901 m). La végétation y est trop dense pour espérer un
panorama à 360° mais les routes y menant sont une incitation à la
débauche.
Le bitume, du moins lors de notre venue (par temps sec), y est
accrocheur et on profite d’une direction peu démultipliée (2,1
tours) commandant un essieu antérieur costaud. Le retour
d’informations n’est pas aussi limpide que dans une GT4 RS,
toutefois, l’A90 va où vos mains l’exigent et n’oblige pas à
corriger la trajectoire une fois en appui.
Beaune de nuit
Nous redescendons du Haut-Folin, empruntons la D179 et
débouchons dans les gorges de la Canche. Les baquets Recaro en
carbone offrent suffisamment de maintien et de confort (merci aux
rembourrages en Alcantara) dans cet enchaînement de virages, mais
la suspension manque de cohésion. La détente est mal jugulée et la
compression trop sèche.
Heureusement que les pneus, bien en température, et l’auto-bloquant
piloté (dont le carter est spécifique à la Final Edition)
permettent d’adopter le rythme pour lequel cette voiture est née.
Le soleil est couché et les valises sont posées. Le coffre, malgré
l’arceau croisé derrière les deux passagers, n’est pas trop
amputé.
Beaune de nuit, c’est joli. Halte devant les Hospices sans faire
trop de bruit et au lit ! Programme du lendemain : les grands crus
de Bourgogne. Pas pour s’y approvisionner mais pour changer des
collines de la veille. Chassagne-Montrachet, Volnay, Pommard,
Aloxe-Corton, Nuits-Saint-Georges : nous croisons de nombreux cars
de touristes entre ces vignes, assez peu sensibles à la plastique
tapageuse de la Supra si j’en crois le dédain dans les regards.
Peut-être à cause de la ligne d’échappement vitupérant signée
Akrapovic…
Carton rouge pour le GPS
Cap de nouveau à l’ouest, pour accéder aux falaises de
Saint-Romain, qui nous ont fait de l’œil depuis Monthelie. La
commande de boîte n’est pas exempte de reproches. Manier ce petit
pommeau vous implique davantage, mais entre une course d’embrayage
trop longue et un guidage parfois récalcitrant (entre 5e et 4e
notamment), il faut être patient.
Le talon-pointe automatique est bien calibré, même lorsque le mode
Sport n’est pas activé. Carton rouge à l’inverse pour le GPS, qui
nous a paumés plus d’une fois, et pour la désactivation de l’alerte
de survitesse qui impose trop de manipulations sur l’écran central.
Autre grief : le positionnement de la boucle de la ceinture de
sécurité, quasi inaccessible une fois installé dans le baquet car
trop mitoyenne de la hanche. Le givre enrobant les herbes hautes et
les arbres épars en haut de la D171 donnent l’occasion à Greg de
ressortir son drone, une dernière fois. Il est l’heure de dresser
le bilan. L’A90 Final Edition est une voiture importante pour
Toyota, car cela faisait des lustres que le constructeur ne nous
avait pas livré une copie si réussie du coupé sportif.
L'heure du bilan
« Le prix s’oublie, la qualité reste », dit l’adage. Dans le cas
qui nous intéresse, c’est surtout l’émotion qui prime, car à
l’issue de ce périple, rien ne justifie le tarif.
Même sans le malus aberrant, l’A90
Final Edition est trop chère. Une M2 CS, certes pourvue d’une
boîte automatique mais développant 530 ch, est affichée 119 900 €
et promet un comportement aussi, voire plus, rigoureux et de
meilleures performances. Celles de la Toyota nous suffisent
amplement, soyons clairs.
Sur notre base de Mortefontaine, le 0 à 100 km/h est réglé en 4’’3,
ce qui tient du miracle avec une transmission mécanique et autant
de couple (58,1 mkg). L’étagement serré joue en faveur des reprises
(seulement 3’’1 de 100 à 140 km/h en 4e ) et la mesure reine, le
kilomètre départ arrêté, est abattue en 22’’5, soit le chrono d’une
Aston Martin Vanquish de 2012.
Le freinage majoré (disques Brembo de 395 et 345 mm) a offert
puissance et endurance lors de notre voyage, mais les distances
d’arrêt sur l’aire plane sont médiocres (146 m). Mécaniquement,
cette Toy’ nous va bien. On loue son équilibre (1 526 kg, dont 52 %
devant), sa motricité, son tempérament, son échappement en titane
et l’implication qu’elle réclame pour être menée tambour
battant.
Placer l’auto longuement sur les freins n’est jamais scabreux, sans
déhanché endiablé, et les gommes Michelin assurent, sur goudron
sec, une confiance de super-héros. Mais comme l’objet de Grand
Format suppose de jauger des capacités au long cours d’une
sportive, il nous faut l’admettre : pilote et copilote auront
rarement été aussi ravis de retrouver leurs pénates. La faute à une
suspension très réglable mais probablement mal configurée pour
notre essai.
L'avis de Sylvain Vétaux : 4/5
Toute Toyota qu’elle est, cette voiture est une aubaine à conduire. Par sa rareté, évidemment, mais aussi par les sensations qu’elle délivre. Un amortissement peu adapté à la vie de tous les jours ternit un tableau prédominé par du tempérament mécanique à l’ancienne et un équilibre façon BMW de la belle époque.
Toyota GR Supra A90 Final Edition : sa fiche technique
- Moteur : 6 en ligne, turbo, 24 S
- Cylindrée : 2 998 cm3
- Puissance maxi : 441 ch à 6 000 tr/mn
- Couple maxi : 58,1 mkg à 4 500 tr/mn
- Transmission : roues AR, 6 rapports manuels
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : de série piloté
- Poids annoncé/contrôlé : 1 495/1 526 kg
- L - l - h : 4 379 - 1 867 - 1 276 mm
- Empattement : 2 470 mm
- Voies AV/AR : 1 595/1 585 mm
- Pneus AV & AR : 265/35 R 19 & 285/30 R 20
- Réservoir : 52 l
- Prix de base : 144 000 €
- Prix des options/malus : 0/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 224 000 € (malus compris)
- Production : 5 ex. France, tous vendus
- V. max. : 275 km/h
- 0 à 100 km/h : 4’’3 (64 m)
- 0 à 160 km/h : 9’’2 (233 m)
- 0 à 200 km/h : 14’’2 (489 m)
- 400 m D.A. : 12’’6 (187 km/h)
- 1 000 m D.A. : 22’’5 (244 km/h)
- 100 à 140 km/h en 4e /5e /6e : 3’’1 (105 m)/3’’8 (126 m)/4’’8 (160 m)
- Freinage de 200 à 0 km/h : 146 m/5’’0/1,1 G
Retrouvez notre essai de la Toyota GR Supra A90 Final Edition dans la Sport Auto n°771 du 27/03/2026.














