Essai - Aston Martin Vanquish (2024) : le nouveau fleuron du Grand Tourisme ?
La Vanquish revient. Le fleuron du grand tourisme chez Aston Martin espère bien s’imposer comme la référence dans ce secteur, face à une Ferrari 12Cilindri au timbre de voix cristallin. Que lui oppose l’anglaise ? A peu près tout, à commencer par sa plastique.
Ne dites surtout pas à Julian Nunn, le designer de la Vanquish, que son rejeton est un
ersatz de DB12. Primo, c’est faux, puisque la plateforme diffère.
Deuzio, comme le garçon est costaud, il serait capable de vous
coucher plus rapidement que prévu.
En dépit du lien de parenté avec ce qu’il convient désormais
d’appeler sa « petite sœur », celle-ci et la Vanquish n’ont donc
pas grand-chose en commun. A commencer par le moteur, un V12 5,2
litres biturbo ici. Une fois encore, les râleurs regretteront
qu’Aston ait ressorti de ses cartons une mécanique déjà connue.
Et une fois encore, c’est faux. Comme Simon Newton, le directeur de
la performance, est plus petit, il vous fera peut-être moins mal,
mais il n’empêche que la Vanquish est bel et bien une toute
nouvelle auto et pas seulement une DBS plus grosse et plus
rapide.
D’ailleurs, l’anglaise est la voiture de série la plus véloce de la
marque de Gaydon : 345 km/h. Petit tour du propriétaire. La
calandre, 13 % plus imposante que sur la DBS, est typiquement
Aston. Tout comme les ailes
remontant haut, le design en S des portières (vues de face), le
capot percé d’évents (six de chaque côté) ou bien encore les phares
ovoïdes.
La nouvelle silhouette latérale rappelle la lignée des DB.
L’arrière est plus novateur, avec des optiques fumées difficilement
visibles si elles sont éteintes, une découpe de malle originale et
quatre grosses sorties d’échappement. Sur notre modèle, ce dernier
est en titane, depuis le collecteur jusqu’au quatuor de
trompettes.
Ça a son importance, mais nous y reviendrons. Cet amuse-bouche
stylistique vous a mis en appétit ? Tant mieux, voici le plat de
résistance : la technique. Bien que course et alésage n’aient pas
évolué, Simon Newton nous assure que ce moteur est entièrement
nouveau. « Culasses, bloc, turbos, admission, pistons, bielles,
soupapes : il n’y a plus rien en commun, précise cet ex-ingénieur
de Lotus.
Pourquoi avoir opté pour des cotes internes identiques ? Parce
qu’elles offrent le meilleur compromis encombrement/puissance. »
Les turbos, toujours logés au cœur du V et soufflant à 1,25 bar,
tournent 15 % plus vite que par le passé mais font la même
taille.
Rappelons que la Vanquish inaugure une fonction Boost Reserve qui
consiste, comme son nom l’indique, en un « matelas » de surpression
obtenu en maintenant fermées brièvement les wastegates, générant
ainsi un volume d’air pressurisé en amont du papillon des gaz.
Dès que le pied droit s’alourdit, cet air est libéré et la
suralimentation est instantanée. Pour la première fois dans une
Aston Martin V12, la boîte ZF est mariée à un différentiel e-diff.
Il s’agit d’un véritable autobloquant avec embrayage et actuateur
qui s’ouvre ou se ferme totalement en 135 millisecondes.
L’appellation de la transmission change d’ailleurs : de « 8HP75 »
sur les Vantage et DB12, elle se mue en « 8HP95 ». Les 81,5 mkg du
V8 4 litres biturbo des modèles sus-cités sont de la gnognotte à
côté de ce qu’elle doit désormais endurer. Le V12 développe
maintenant 835 ch et 101,9 mkg !
C’est beau, mais pas que...
Inutile de préciser qu’en se déplaçant à bord de la Vanquish, on connaît assez vite
un franc succès. L’intérieur se veut plus ergonomique, le bloc
d’instrumentation est numérique mais lisible (BMW, prenez-en de la
graine) et l’auto conserve des commandes physiques.
Au milieu de la molette centrale, qui intervient sur les cinq
programmes de conduite, le démarreur. 1-7-5-11-3-9-6-12-2-8-4-10 :
c’est l’ordre d’allumage des cylindres. Et ce code a tout du numéro
gagnant, comme je vais bientôt m’en apercevoir.
Faisons d’abord connaissance avec les proportions généreuses de la
machine (empattement 8 cm plus long que celui de la DB12 et 18 cm
plus long que celui de la Vantage). La Vanquish mesure 2,04 m de
large, voire 2,12 m si l’on tient compte des rétros.
Autant dire que les premiers kilomètres sur les départementales
souvent étroites de la Sardaigne, lieu de cet essai, se font avec
concentration. Le châssis collé en aluminium est relié à des
doubles triangles à l’avant et à un multibras derrière. Les deux
essieux ont droit à leur barre antiroulis, qui n’est pas pilotée.
Pas plus que les roues postérieures.
« Nous avons songé à une direction intégrale, mais cela ne
correspond pas à ce que nous voulions mettre en œuvre. Outre le
poids ajouté, ce système dénature le feeling à l’inscription.
Certes, la voiture est très agile en entrée de virage, mais les
réactions au braquage sont perturbantes. Pour que la Vanquish se
jette à l’inscription, nous avons préféré jouer sur le différentiel
et affiner le rebond des amortisseurs arrière, pour conférer plus
de plongée et un pouvoir directionnel plus important »,
explique Simon Newton.
En mode GT, la direction électrique dispose d’un faible taux de
démultiplication (13,1:1), mais ne séduit guère. Trop légère et
floue dès qu’on tourne le volant (très agréable en main au
demeurant), elle gomme trop les informations.
Mieux vaut la cantonner à l’autoroute où, cette fois-ci, c’est
l’amortissement qui ne donne pas pleine et entière satisfaction,
avec une compression bien molle qui altère le confort. Alors, une
foirade, cette Vanquish ?
C’est tout l’inverse ! Il suffit de basculer en Sport ou en Sport+
pour révéler le vrai potentiel de l’auto. Et il y en a deux ou
trois à Maranello qui ne vont pas aimer ce qui suit.
Action, réaction, vibrations
Pas de mensonge : les routes partiellement sèches au moment de
la prise en main et l’encombrement de l’Aston ne m’ont guère incité
à déconnecter les aides à la conduite.
Ceux qui estiment que mon boulot est mal fait auront probablement
raison, mais je vous assure que l’arrivée cataclysmique du couple
vers 3 000 tr/mn suppose un tarmac bien sec et une chaussée plus
large que ce que nous avions.
Pour résumer, la poussée dans l’Aston, c’est un peu comme dans une
électrique mais en bien mieux. Action, réaction, vibrations,
sensations, émotions ! L’absence totale d’inertie de la
suralimentation donne l’impression de cravacher un énorme atmo.
Le punch est progressif, fait rarissime sur un moteur turbo, et
faiblit à peine à l’approche du rupteur (7 000 tr/mn). La gestion
du couple varie en fonction du mode choisi. Alors qu’il déferle
moins vers le mi-régime en GT, il explose littéralement en Sport ou
en Sport+.
Les dépassements se muent en humiliation. La transmission ZF, qui
peut être bloquée en manuel pour plus de plaisir, manque
indéniablement de célérité par rapport à la boîte de la 12Cilindri,
si j’en crois Laurent Chevalier. Mais à l’inverse de celle de la
BMW M5, elle fonctionne sans heurt.
Toutefois, ce qui rend ce moteur si génial, c’est sa sonorité.
L’échappement en titane optionnel intensifie le plaisir. Le souffle
des turbos n’est pas audible et, au-delà de 4 000 tr/mn, le
crescendo métallique prend aux tripes. Et les bonnes impressions ne
s’arrêtent pas là. La direction n’a pas ce côté limpide d’une GT3
ni d’une McLaren 750S mais elle permet un placement franc,
précis.
En cas de corrections, le train avant se montre toujours aussi
costaud, grâce à cette poupe dense, rassurante de motricité, se
plaçant promptement, qui ne pousse pas l’avant vers l’extérieur
mais au contraire l’aide à conserver sa trajectoire.
Simon avait raison : les roues arrière directrices ne sont pas
indispensables, même lorsqu’il s’agit de mener tambour battant une
GT de près de 2 tonnes. Le dosage des freins carbone-céramique
immenses (410 et 360 mm) est également un point fort. On sait que
ces galettes endurantes ne sont pas réputées pour leur feeling
naturel, mais la Vanquish évite cet écueil.
Tempérer ses ardeurs avec une mécanique aussi volontaire n’est pas
simple, ainsi faut-il toujours garder à l’esprit que l’anglaise
vaut son pesant de kilos (et d’euros) et que sa suspension pilotée
préfère les conduites rythmées pour bien travailler. Equilibré
(50,6 % du poids sur l’avant), accrocheur, réactif aux changements
d’appui, le coupé n’est pas une supersportive qui serpente de
grande courbe en épingle.
Pour s’assurer de mises en vitesse sportives et d’un grip sans
faille, Aston Martin délaisse Michelin pour des Pirelli PZero AML
(spécifiques). Notre fibre patriotique en prend un coup, mais il
faut reconnaître que les gommes italiennes ont encaissé
magistralement les assauts continus du V12 sans fléchir.
A part une fois où, présomptueux en sortie d’épingle, le pied droit
s’est oublié. Car aussi charismatique et statutaire soit-elle, la
Vanquish est une auto de caractère. A son bord, voyager n’est pas
abattre des kilomètres mais découvrir la route à coups
d’accélérations tempétueuses, dans une ambiance où se mêlent
raffinement, technologie et sportivité.
Pinaillons sur les assises, trop dures, ou sur certaines vis
apparentes de la planche de bord pour lesquelles Julian Nunn nous
explique qu’il a voulu « conserver un peu de bestialité brute »,
mais le plaisir est là.
Cette Vanquish, au design si singulier, n’est pas qu’une œuvre
d’art, comme certaines de ses aïeules destinées aux longs périples.
Elle est surtout l’une des manières les plus belles (et véloces) de
rendre hommage au grand tourisme.
L'avis de notre essayeur Sylvain Vétaux
Tout n’est pas parfait, mais j’avoue être tombé sous le
charme. De sa ligne, c’est sûr, mais surtout de ce tempérament
mécanique. En cette période pleine de doutes, ce V12 est un remède
à la morosité.
Il émeut, vibre, expédie, ronronne, catapulte, souffle. La Vanquish
n’a probablement pas la noblesse mécanique de la Ferrari
12Cilindri, mais elle n’a de leçons à recevoir de personne en ce
qui concerne l’agrément et la polyvalence.
Aston Martin Vanquish : fiche technique
- Moteur : V12 biturbo, 48 S
- Cylindrée : 5 200 cm3
- Puissance maxi : 835 ch à 6 500 tr/mn
- Couple maxi : 101,9 mkg à 2 500 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports auto
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : de série piloté e-diff
- Poids annoncé : 1 774 kg à sec
- Rapport poids/puissance : 3,4 kg/ch
- L - l - h : 4 850 - 2 044 - 1 290 mm
- Empattement : 2 885 mm
- Pneus AV & AR : 275/35 & 325/30 ZR 21
- Réservoir : 82 l
- Prix de base : 389 244 €
- Prix des options/malus : NC/60 000 €
- Prix du modèle essayé : 449 244 € (hors options, malus compris)
- V. max. : 345 km/h
- 0 à 100 km/h : 3’’3
Retrouvez notre essai de l'Aston Martin Vanquish dans le Sport Auto Vanquish dans le Sport Auto n°755 du 29/11/2024.


