Ce moteur conçu pour une pompe à incendie a fini par faire gagner Lotus en Formule 1
Conçu au début des années 1950 pour entraîner une moto-pompe portable, le Coventry Climax FW a donné naissance à l'un des moteurs les plus marquants de l'histoire de la Formule 1. Une évolution inattendue qui mènera Lotus jusqu'à la victoire.
Sur les photos de la Lotus 21 victorieuse au Grand Prix des États-Unis de 1961, on voit un cigare vert minuscule, de moins de 450 kg, propulsé par un quatre‑cylindres de 1,5 litre. Ce bloc, le Coventry Climax FPF, descend pourtant d’un moteur imaginé au début des années 1950 pour entraîner une simple pompe à incendie portable.
Coventry Climax naît en 1903 à Coventry, fournit des moteurs à Triumph ou Morgan, puis des groupes industriels et des pompes à incendie, ces dernières étant très sollicitées pendant le Blitz. Après la guerre, la peur de la bombe et de la guerre de Corée pousse le gouvernement britannique à commander une moto‑pompe "Featherweight" : deux fois plus de puissance, pour environ la moitié du poids, transportable par deux pompiers.
De la Featherweight FW au premier moteur Coventry Climax de course
Le directeur technique Walter Hassan et l’ingénieur Harry Mundy répondent avec le moteur Featherweight FW : quatre cylindres, bloc et culasse en aluminium, arbre à cames en tête, une vraie audace dans une Angleterre encore adepte des soupapes latérales. Mis en route en 1951, il délivre environ 41 ch à 4 000 tr/min, tout en gardant l’ensemble pompe et cadre à seulement 82 kg.
Les performances de cette moto‑pompe valent à Coventry Climax une commande de 5 000 exemplaires, et une place au salon d’Earls Court de 1953. Là, le constructeur Cyril Kieft réclame une version automobile : le FWA, toujours en aluminium, reçoit un vilebrequin en acier forgé, une compression portée à 8,8:1, un double carburateur SU et sort environ 72 ch à 6 000 tr/min pour 1,1 litre.

Du FWA au FPF : la demi-pompe qui domine la Formule 1
Le moteur Coventry Climax FWA débute aux 24 Heures du Mans de 1954 dans un roadster Kieft qui tourne plus de dix heures avant d’abandonner sur un essieu cassé. Près de 700 FWA sont ensuite produits pour les petites équipes, avant que la lignée n’évolue et ne se retrouve aussi sous le capot de la Lotus Elite.
En parallèle, Walter Hassan et Harry Mundy développent un V8, le FPE, qu’ils abandonnent tout en recyclant sa culasse à double arbre à cames. Le moteur de course Coventry Climax FPF naît ainsi : bloc du FW renforcé avec cinq paliers, haut moteur dérivé du V8, 1,5 litre pour la Formule 2 puis jusqu’à 2,5 litres en Formule 1.
Lotus 21 : quand un moteur de pompe à incendie gagne en F1
La version 2,5 litres équipe les Cooper qui permettent à Jack Brabham et à l’écurie de décrocher les titres mondiaux de 1959 et 1960. Quand le règlement de la Formule 1 ramène la cylindrée à 1,5 litre en 1961, Coventry Climax réduit son FPF, qui développe alors environ 153 ch dans sa configuration Lotus.
Cette version équipe la Lotus 21, monoplace très compacte avec le FPF installé juste derrière le dos du pilote, dans un châssis offrant très peu de protection. Innes Ireland l’emmène à la victoire au Grand Prix des États-Unis de 1961 à Watkins Glen, premier succès de Team Lotus. Aujourd’hui, de nombreux Climax de cette famille tournent en historique : "ils sont fiables, ils sont simples, et ils ont énormément de couple", résume l’ingénieur britannique Chris Gilbert, une signature directement liée à leur passé de moteurs de pompes.














