Avec moins d'une tonne et un V8 Corvette, cette Excalibur oubliée rivalisait avec les meilleures sportives américaines

Publié le 7 juillet 2026 à 08:30
Avec moins d'une tonne et un V8 Corvette, cette Excalibur oubliée rivalisait avec les meilleures sportives américaines

Inspirée de la mythique Mercedes SSK, l'Excalibur Series I associait un style des années 30 à un V8 Corvette et un poids plume. Une recette étonnante qui en faisait l'une des américaines les plus performantes de son époque.

Sur une photo, l'Excalibur néo-classique ressemble à un cabriolet des années 30 égaré sur une nationale américaine. Long capot, garde-boue rapportés, roue de secours à l’arrière… sauf qu’en dessous, c’est un châssis allégé et un gros V8, assemblés à Milwaukee, dans le Wisconsin. Derrière cette silhouette rétro, la première Excalibur Series I jouait clairement dans la cour des supercars américaines.

Conçue par le designer industriel Brooks Stevens, l’Excalibur est née comme show-car pour Studebaker au Salon de New York 1964, inspirée de la Mercedes-Benz SSK de 1928. Le prototype prend une douzaine de commandes sur place, mais la crise financière de Studebaker enterre le projet officiel. Stevens ne lâche rien et décide de produire sa "supercar du Midwest" par ses propres moyens, à Milwaukee.

Du prototype Studebaker à la supercar du Wisconsin

Quand Studebaker ferme son usine de moteurs à South Bend et abandonne la Lark, la base mécanique prévue pour l’Excalibur disparaît. Brooks Stevens rachète alors des châssis de Lark restants et crée SS Automobiles avec ses fils, William et David, à Milwaukee. Il obtient des V8 327 ci de Corvette auprès de ses contacts chez Chevrolet et transforme son show-car en petite série artisanale 100 % Wisconsin.

La recette est simple et radicale : châssis de berline raccourci, carrosserie deux places en fibre de verre, architecture "step-over" (sans portes) et ailes type motos qui dégagent les quatre roues. Le tout dépasse à peine les 2 000 lb, soit autour de 900 kg. Face à ce poids plume, le V8 de 300 chevaux retenu pour l’Excalibur promet des accélérations dignes des meilleures sportives américaines du moment.

Fiche technique : pourquoi l’Excalibur était une vraie supercar américaine

Les chiffres donnent le ton. Avec son V8 327 ci de Corvette et moins d’une tonne sur la balance, l’Excalibur SS Roadster abat le 0 à 100 km/h en environ 5 secondes, mieux qu’une Corvette C2 équivalente et pas si loin d’une Shelby Cobra. Sa vitesse de pointe plafonne autour de 130 mph, près de 210 km/h, limitée surtout par son aérodynamique carrée. Le collectionneur américain Myron Vernis, propriétaire d’une Series I, parle d’un ressenti "vocal, viscéral et brut sur la route" qui "évoque idéalement l’icône allemande avec une touche de cœur américain en acier".

Pour lui, "avec un 0 à 100 km/h en 5 secondes, elle se plaçait dans la même catégorie que d’autres voitures de performance, dépassant les Corvette et les Cobra de son époque". Le positionnement suivait : une Excalibur se vendait autour de 8 600 dollars en 1965, soit environ 90 000 € actuels, quand une 427 Cobra tournait autour de 7 500 dollars, environ 80 000 € actuels. Plus chère, plus rare, plus artisanale : l’Excalibur s’affichait comme une supercar américaine de niche, née loin de la Californie et de Detroit.

De néo-classique brut à roadster kitsch, puis la chute

Une fois les châssis Studebaker écoulés, l’équipe de Milwaukee développe son propre cadre échelle, avec trains roulants et freins de Corvette, puis adopte le V8 350 ci small block d’environ 300 chevaux. L’équipement devient plus complet, le confort progresse, et la masse suit la même courbe. Au milieu des années 70, la Series III arrive avec un V8 454 ci limité à environ 215 chevaux, une boîte automatique 3 rapports et surtout une carrosserie Phaeton quatre places qui fait presque doubler le poids par rapport au roadster de 1965.

En 1980, la Series IV pousse la logique encore plus loin : plus de 4 000 lb, soit près de 1,8 tonne, un V8 305 ci de 155 chevaux seulement et un prix de départ annoncé autour de 50 000 dollars, environ 200 000 € actuels. Des feux arrière de Volkswagen Coccinelle et un style alourdi finissent de brouiller l’image. Les ventes déclinent, l’entreprise dépose le bilan en 1986 et les tentatives de renaissance des années 90 ne changeront rien. Reste que les premières Excalibur construites à Milwaukee, inspirées de la SSK mais motorisées Corvette, gardent leur statut de véritable supercar américaine oubliée.

Nos marques populaires Voir tout
Sport Auto