Quand Colnago s'est entouré des ingénieurs de Ferrari pour réinventer le vélo en carbone

Publié le 1 août 2026 à 18:30
Quand Colnago s'est entouré des ingénieurs de Ferrari pour réinventer le vélo en carbone

Bien avant la généralisation du carbone, Colnago et Ferrari développent un vélo aux technologies directement héritées des monoplaces. Un modèle devenu une référence historique.

En 2026, on croise partout des cadres en fibre de carbone. Au début des années 1980, ce matériau sortait plutôt des labos militaires et des stands de Formule 1 que des boutiques de quartier. C’est dans ce décor qu’Ernesto Colnago s’est allié aux ingénieurs F1 de Ferrari pour créer le Colnago C35, un vélo pensé comme un mini châssis de monoplace.

Résultat : un cadre monocoque en carbone, une fourche droite en carbone, des roues à cinq branches en carbone, le tout produit à la fin des années 1980 pour les 35 ans de la marque. Ce C35 reste l’un des vélos les plus proches d’un "full carbone" jamais commercialisés, même si certains éléments ne pourront jamais quitter le métal ou le caoutchouc.

Comment la F1 a rencontré Colnago autour du C35 Ferrari

Ernesto Colnago, dont les cadres remporteront leur premier Giro d'Italia en 1957, butait sur les limites de l’acier, de l’aluminium et même du titane. Il avait essayé dès 1981 avec le CX Pista, premier prototype monocoque carbone présenté à Milan, resté au stade de démonstrateur. Il raconte que "c’était un vélo d’image… le premier vélo construit en monocoque carbone" et qu’il a fallu concevoir "tout le design, les moules, tout".

Au même moment, la F1 basculait au carbone : McLaren lançait la MP4/1, Ferrari passait en 1985 à un châssis 156/85 en carbone‑Kevlar. Les ingénieurs de Ferrari Engineering arrivaient avec leurs calculs de châssis de monoplace, leurs autoclaves et leur culture de la sécurité. En 1986, un prototype Concept Colnago–Ferrari sert de laboratoire, avant que le C35 ne soit lancé en 1989, produit en petite série avec le spécialiste des composites ATR.

Au cœur du Colnago C35 : un cadre monocoque façon châssis de F1

Le C35 abandonne complètement la logique "tubes et raccords". Le triangle principal du cadre est moulé en une seule pièce, comme une cellule de survie de F1 miniaturisée. Les couches de carbone pré‑imprégné de résine sont posées dans un moule, mises sous vide puis cuites en autoclave, sous pression et température contrôlées, exactement comme un châssis de Grand Prix.

Les ingénieurs utilisent la méthode des éléments finis pour simuler les contraintes et orienter les fibres là où le cadre encaisse le plus : boîtier de pédalier, douille de direction, jonction des haubans. La fourche droite en carbone naît de la même logique de rigidité et d’aérodynamique. Colnago doit fabriquer plusieurs moules par taille, chaque cadre sortant ensuite peint d’un bordeaux profond rehaussé de doré, clin d’œil très Ferrari.

Un presque vélo 100 % carbone qui a changé le vélo moderne

Avec le C35, structure porteuse, fourche et roues à cinq branches peuvent toutes être en composite. Ce qui reste métallique ou en caoutchouc, ce sont les pièces mécaniquement incompatibles avec le carbone : chaîne, cassette, visserie, moyeux, roulements, pneus. Aucun vélo ne peut donc être totalement en fibre de carbone, mais le C35 pousse le curseur plus loin que la quasi‑totalité des modèles de série.

Sur la route, le C35 tourne autour de 9 kg selon l’équipement, déjà très compétitif face aux vélos acier de l’époque. Giuseppe Saronni remporte en 1990 le Giro della Provincia di Reggio Calabria sur un C35, signe que l’objet n’est pas qu’un manifeste de design. Les recettes importées de la F1 – monocoque, autoclave, calculs numériques – serviront de base aux cadres carbone suivants et inspireront largement l’industrie, bien après la fin de la production du C35 au milieu des années 1990.

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