Cette Bugatti Type 57SC cachée dans une ferme pendant la guerre pourrait dépasser 5 millions d'euros aux enchères
Produite à seulement quelques exemplaires, cette Bugatti Type 57SC de 1937 a survécu à la guerre avant de devenir une star des concours d’élégance américains.
Une voiture oubliée dans une grange peut-elle valoir une fortune ? L’histoire de cette Bugatti Type 57SC Atalante de 1937 répond oui. Livrée neuve à un industriel alsacien, abandonnée au début de la Seconde Guerre mondiale, la belle a passé des années cachée à la campagne avant de devenir l’une des Bugatti les plus recherchées au monde.
Presque 90 ans plus tard, ce châssis numéroté 57551 s’apprête à passer sous le marteau lors d’une vente RM Sotheby’s à Monterey en 2026, avec une estimation comprise entre 4,5 et 6 millions de dollars, soit environ 3,8 à 5,1 millions d’euros. Derrière ce chiffre vertigineux, un mélange rare de survie en temps de guerre, de restauration obsessionnelle et de pedigree de concours.
Bugatti Type 57SC Atalante : le modèle que tout collectionneur s’arrache
La Type 57S, dessinée par Jean Bugatti, représente le sommet de la Bugatti d’avant-guerre : châssis surbaissé, essieu arrière qui traverse le cadre, moteur huit cylindres de 3,3 litres à carter sec, capable d’approcher les 200 km/h. On compte environ 42 Type 57S produites seulement, dont 17 habillées en coupé Atalante, et à peine quatre avec ces fameux phares abaissés intégrés aux ailes, comme sur 57551.
L’exemplaire dont il est question est achevé à l’été 1937, avec carrosserie Atalante noire et intérieur en cuir “pigskin”, dans une configuration très proche de celle présentée au Salon de Paris. Bugatti le livre alors à Jean Lévy, patron des Grands Moulins de Strasbourg, qui l’utilise comme voiture personnelle chic et sportive sur les routes d’Alsace jusqu’à l’approche du conflit mondial.
Guerre, grange en Dordogne et exil : la parenthèse française
Quand la guerre éclate et que la menace nazie se précise, Jean Lévy quitte la France pour les États-Unis. La Bugatti, elle, reste : elle est mise à l’abri dans une ferme en Dordogne, loin des villes et des risques de réquisition ou de confiscation. En 1941, la voiture passe officiellement au nom de Maurice Weber, cadre des Grands Moulins, qui la garde discrètement pendant toute la durée de l’occupation.
À la Libération, la 57551 entame une nouvelle vie. Elle change de mains en 1946, puis rejoint la région parisienne chez un certain Pruvost, qui la fait modifier : arrière retouché, éléments chromés, présentation dans un concours au Bois de Boulogne en 1949. En 1959, un officier américain de l’US Air Force, Colin Doane, l’achète et l’importe aux États-Unis, où il parcourt environ 3 000 miles (environ 4 800 km) au volant avant de la revendre.
Des concours d’élégance à l’enchère à 5 millions d'euros
La Bugatti entre en 1961 dans la Harrah’s Automobile Collection, immense collection américaine. Elle y subit une restauration lourde : mécanique revue, installation d’un moteur de remplacement estampillé 15S et ajout d’un compresseur qui la fait entrer dans la catégorie 57SC. En 1976, elle décroche le très convoité “Best of Show” au Pebble Beach Concours d’Elegance, puis passe entre les mains du Dr Herbert Boyer avant de rejoindre, il y a plus de 25 ans, la Jim Patterson Collection.
Jim Patterson commande au début des années 2010 une restauration intégrale chez RM Auto Restoration, qui remet l’auto dans une configuration proche de celle de 1937 tout en conservant une grande partie de son bois de carrosserie d’origine. La Bugatti revient alors en livrée noir et vert, intérieur en cuir pigskin, et enchaîne les titres : victoire de classe et trophées d’élégance à Pebble Beach en 2014, puis “Best of Show” à Keeneland et au Concours d’Elegance of America en 2015. Avec une telle rareté, une provenance tracée de Jean Lévy à aujourd’hui, et un palmarès comparable à d’autres Type 57SC adjugées autour de 9,7 à 10 millions de dollars (environ 8,3 à 8,6 millions d’euros), l’estimation à 5,1 millions d'euros apparaît en phase avec ce qu’un collectionneur est prêt à payer pour cette survivante de guerre.














