140 000 € de boulons : la dépense la plus folle cachée dans une Pagani

Publié le 5 août 2026 à 19:00
140 000 € de boulons : la dépense la plus folle cachée dans une Pagani

Une visite exceptionnelle de l'usine Pagani révèle un chiffre stupéfiant : la seule visserie en titane d'une hypercar vaut désormais plus cher qu'une Porsche 911 Carrera neuve.

On a l’habitude de dire qu’une voiture n’est qu’un tas de boulons. Chez Pagani Automobili, ce tas vaut plus qu’une Porsche 911 Carrera neuve : la seule visserie en titane d’une hypercar italienne dépasserait le prix d’un exemplaire de base de la mythique 911. De quoi transformer une anecdote de passionnés en question de portefeuille.

Une récente visite filmée de l’usine de San Cesario sul Panaro, en Émilie-Romagne, où Pagani assemble ses Huayra et Utopia, lève un peu le voile. Guidé par le journaliste auto Mat Watson pour l’émission Carwow, le public découvre pour la première fois le détail des boulons et comprend comment une simple ligne intitulée "fixations" peut grimper à six chiffres.

Pourquoi les boulons d’une Pagani valent plus qu’une Porsche 911

Selon la visite guidée de Mat Watson, chaque Pagani moderne utilise environ 2 000 boulons Pagani en titane, facturés autour de 60 livres sterling, soit 70 euros pièce. En multipliant, on arrive à près de 120 000 £, environ 140 000 €. La vidéo ne précise pas s’il s’agit du coût de production ou d’un prix de remplacement, mais dans tous les cas, la visserie seule représente le prix d’un appartement.

En face, une 911 Carrera d’entrée de gamme est aujourd’hui affichée à 135 500 dollars sur le marché américain, soit un peu plus de 115 000 €. Dans les années 2010, on évoquait déjà, à propos de la Pagani Huayra, quelque 1 400 boulons en titane grade 7, alliage enrichi au palladium, autour de 82 euros pièce, pour un total de 115 000 €. La petite phrase "les boulons valent une 911" venait de là ; les chiffres les plus récents franchissent désormais cette barre symbolique.

2 000 boulons en titane, gravés au micron près : ce que cache la facture

Ces fixations ne sortent pas d’un bac anonyme. Pagani choisit du titane, parfois de grade 7, alliage utilisé en aéronautique et dans l’industrie chimique pour sa résistance extrême à la corrosion. À résistance égale, un boulon en titane pèse environ 45 % de moins qu’un équivalent en acier, ce qui permet de gagner plusieurs kilos sur une hypercar allégée par la fibre de carbone et le composite carbone-titane.

Chaque vis reçoit en plus un logo Pagani gravé individuellement. L’usinage ne creuse la surface que de 2 microns, soit 0,002 millimètre, environ 35 fois plus fin qu’un cheveu humain. Ce marquage laser impose des machines dédiées et des contrôles qualité bien plus poussés qu’une vis standard. La même obsession se retrouve sur la jauge d’huile en titane, gravée pour que le logo soit parfaitement droit, ou encore sur le volant, usiné d’un bloc d’aluminium de 43 kg pour finir à 1,7 kg, puis poli à la main pendant des heures.

Ce que ces boulons disent de Pagani, de ses clients et de ses prix

Derrière ces fixations se cache la philosophie de Horacio Pagani, fondateur argentin obsédé par le mariage de l’art et de la science. Ses hypercars valent environ 3,1 millions d’euros hors taxes, produites à moins de 50 exemplaires par an après des mois d’assemblage manuel. L’extrême soin accordé à la boulonnerie n’est qu’un fragment de cette logique globale.

Pour cette clientèle, l’enjeu n’est pas seulement de rouler vite, mais de posséder un objet où chaque pièce, visible ou non, compte. Les boulons siglés deviennent un symbole : dans une 911 de grande série, ils restent banals ; chez Pagani ils participent à la signature esthétique, soutiennent la facture et nourrissent un récit qui compte autant que la fiche technique.

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