Ferrari Luce : comment justifier que le premier exemplaire s'est vendu aussi cher qu'une 250 GTO ?
Le châssis 0 de la Ferrari Luce a été adjugé 40 millions de dollars à Monterey. Soit 36 fois son estimation. Les vraies raisons d'un prix digne d'une 250 GTO.
Quarante millions de dollars pour une berline électrique qui n'a encore livré aucun client. Le 16 août, à Monterey, la première Ferrari Luce de série a fait exploser tous les repères du marché. Reste à comprendre ce que cette somme achète vraiment. Mais certainement pas un futur collector.
Une adjudication qui flirte avec le record de la Ferrari 250 GTO
RM Sotheby's avait estimé le lot à 1,1 million de
dollars. Le marteau est tombé à 40 millions, prime acheteur
offerte. Trente-six fois l'estimation, et environ
soixante-deux fois le tarif catalogue d'une Luce, facturée 550.000 euros.
Le châssis ZFF21BUA8T0338000 est le tout premier exemplaire de
série de la berline électrique de Maranello, celui que la marque a
baptisé Chassis 0.
Pour situer le montant, il faut aller fouiller dans le panthéon des
enchères Ferrari. Une 250 GTO de 1962 était partie à 48,4 millions
de dollars en 2018, et la 330 LM dérivée de la GTO détient
toujours le record absolu de la marque avec 51,7 millions
décrochés en novembre 2023.
>Une barquette de course sexagénaire, écrite dans la légende du Cavallino de
Ferrari, et une électrique de 2026 se retrouvent donc dans le même
ordre de grandeur. On comprend, dans ces conditions, que le
résultat fasse grincer quelques dents. Surtout dans le
petit monde des collectionneurs de Maranello. Mais il y a toutefois
de véritables raisons à cela.
Herbert Wertheim, un habitué du guichet Ferrari
L'acheteur n'est pas un inconnu de Maranello. Herbert
Wertheim, 87 ans, avait déjà raflé une Daytona SP3 unique pour 26
millions de dollars au même rendez-vous un an plus tôt.
Alors que les SP3 s'échangent aujourd'hui autour de 17,8
millions sur le marché secondaire.
>Né à Philadelphie en 1939 dans une famille modeste installée
au-dessus d'une boulangerie de Floride, cet optométriste devenu
inventeur détient aujourd'hui plus de cent brevets. En 1969, il
établit que la lumière ultraviolette provoque la cataracte, puis
met au point un colorant absorbant les UV pour les verres en
plastique.
Sa société, Brain Power Inc., est devenue le premier
fabricant mondial de teintures optiques. Investisseur
aguerri depuis 1970, entré très tôt au capital d'Apple, présent à
l'introduction en bourse de
Microsoft, il détient aussi la plus grosse participation
individuelle du groupe Heico. Forbes l'a d'ailleurs
surnommé le plus grand investisseur dont personne n'a jamais
entendu parler.
Charité, fiscalité et rareté : la mécanique du prix
Le montant n'atterrit donc pas dans les comptes de
Ferrari. L'intégralité de la vente revient à The Ferrari
Foundation, organisation reconnue d'utilité publique sous
le statut américain 501(c)(3), qui finance des programmes
éducatifs. Ce détail change tout dans la lecture du
chiffre. Le don ouvre droit à une déduction fiscale estimée entre
10 et 15 millions de dollars. Ce qui ramène le coût réel de
l'opération autour de 25 millions.
On reste très loin du prix d'une Luce ordinaire. Mais
l'écart avec le record de la 250 GTO se creuse
nettement. Reste la rareté, qui joue dans tout cela. Les
88 exemplaires alloués pour 2026 ont tous trouvé preneur avant la
moindre livraison.
>Celui-ci est configuré par le département Tailor Made, en teinte
Madreperla semi-brillante à reflets verts et violets, avec un cuir
métallisé Perla Le Mans, des accents Grigio Corvara, des jantes et
des étriers spécifiques. La voiture repart désormais à Maranello et
sera livrée à son propriétaire au premier trimestre 2027.
Rappelons que sur le papier, la Luce affiche
1.050 chevaux, 990 Nm de couple, 2,5 secondes sur l'exercice du 0 à
100 km/h, 6,8 secondes pour le 0 à 200 km/h et 310 km/h en
pointe.
Sa batterie de 122 kWh sous 800 volts annonce 530 km d'autonomie WLTP et accepte 350
kW en charge rapide. Le tout, sur une berline cinq places de 2.260
kg assemblée à Maranello. Des chiffres impressionnants,
mais qui ne pèsent pas lourd dans l'équation. Ce n'est pas
la fiche technique qui a fait grimper les enchères jusqu'à 40
millions. C'est un numéro de châssis, une œuvre de charité et un
acheteur qui a les moyens de collectionner les premières fois.
















