Ferrari 342 America (1951) : même en ruine, elle vaut une fortune
Restée invisible depuis près de 60 ans dans l’État de New York, une Ferrari 342 America de 1951 refait surface en état de ruine. Aux enchères d’Amelia Island, sa mise à prix potentiel interroge autant que son histoire hors norme.
Au fond d’un bâtiment anonyme de l’État de New York, une vieille carrosserie recouverte de poussière a refait surface : une Ferrari 342 America Coupé de 1951, oubliée des radars depuis près de soixante ans. Longtemps, les passionnés n’en connaissaient plus que le numéro de série, persuadés qu’elle avait disparu pour toujours...
Ferrari 342 America (1951) : la GT rare née pour la vitrine
Cette GT très luxueuse, bâtie presque à la main et produite à
seulement sept exemplaires, porte le châssis 0130
AL. Première 342 America construite, unique carrosserie
signée Carrozzeria Ghia, ex-voiture de
démonstration aux salons de Paris et Londres puis propriété de
David Brown, elle s’apprête à passer aux enchères, en état de ruine
apparente. Mais alors, comment en arrive-t-on à une estimation
proche du million ?
Au début des années 1950, la série America incarne le sommet du
luxe routier chez Ferrari. La 342
America adopte un V12 Lampredi de 4,1 litres d’environ 200 ch,
installé sur un châssis allongé pour voyager vite et loin. Avec
seulement sept voitures produites, chaque exemplaire devient
presque une pièce de musée dès sa sortie
d’usine.
Le châssis 0130 AL est le tout premier. Ferrari le confie à Ghia pour un
élégant coupé 2+2, à livrée bleu foncé et gris argent, intérieur
assorti et tableau de bord spectaculaire où
plusieurs instruments Jaeger se regroupent dans un seul cadran
central. Présentée au Salon de Paris d’octobre
1951, puis au London Motor Show quelques jours plus tard, la
voiture séduit la presse britannique et même Stirling Moss, venu
inspecter sa position de conduite.

Ferrari 342 America (1951) : de la vitrine de Paris au silence de Watkins Glen
Au début de 1952, la 342 America retourne à
Maranello pour ses derniers réglages avant d’être livrée à David
Brown, patron d’Aston Martin. Probablement
première Ferrari de route vendue au Royaume-Uni,
elle participe à divers événements, notamment à Oulton Park, avant
de changer de mains et d’être repeinte en rouge vers la fin des
années 1950. Rien ne laisse alors imaginer sa
longue disparition.
Entre fin 1966 et début 1967, la
voiture quitte l’Angleterre pour les États-Unis. Après un passage
en Californie, elle arrive chez un propriétaire de
l’État de New York. On la voit
une dernière fois en juin 1967 au Grand Prix de Watkins Glen, puis
plus rien. Pas de vente, pas de restauration, pas de concours : la
Ferrari devient une légende introuvable, rangée
dans un bâtiment et oubliée pendant près de soixante ans.
Redécouverte après le décès de son dernier propriétaire, la voiture
est retrouvée exactement là où elle avait été laissée. Elle
conserve ses plaques britanniques, des éléments de son intérieur
bicolore et, surtout, son moteur d’origine, confirmé par les
archives Ferrari. Elle n’a jamais été restaurée ni modifiée, mais
son état impose une reconstruction complète.
Pourtant, son estimation pour la vente d’Amelia Island en mars 2026
oscille déjà entre 900 000 et 1 200 000 dollars,
soit environ 759 000 à 1 000 000 €.
Ce paradoxe repose sur quelques points clés : rareté extrême (sept unités, dont la toute première), histoire prestigieuse (voiture de salon officielle, ex-David Brown) et authenticité intacte. Sur le marché, une autre 342 America restaurée a déjà atteint 2 255 000 $ (environ 2 100 000 €), et toutes se négocient à sept chiffres. Acheter cet exemplaire "sortie de grange", c’est accepter plusieurs centaines de milliers d’euros de travaux et des années de chantier, mais avec la perspective d’une Ferrari unique, capable de valoir bien davantage une fois ressuscitée.














