Essai - Porsche 911 Carrera T (2026) : retour aux basiques ?
Trois pédales et un petit pommeau en bois à manipuler, un subtil régime minceur et quelques options destinées à affûter son châssis : la Porsche Carrera T passe à la salle de sport et revient aux basiques. Direction la baie de Somme pour vérifier tout cela, volant en mains.
Impossible de résister au désir d’empoigner le levier de vitesses pour retrouver ce geste aujourd’hui remplacé par des coups de palettes autrement moins immersifs. D’autant que le siège Sport Plus réglable manuellement en longueur et électriquement en hauteur et en inclinaison permet une position de conduite qui incite à en découdre. Carrera T ou pas, on se sent toujours comme chez soi dans une Porsche. La mise en route à travers un simple bouton à gauche qui anime un bloc d’instrumentation entièrement numérique perd en romantisme.
Porsche 911 Carrera T (2026) : flat 6 grognon au réveil
Sauf qu’elle impose, sur notre Carrera T, de débrayer pour
donner vie à un flat 6 toujours aussi grognon au réveil. Le petit
coup de poignet en haut à gauche pour enclencher la première ne
donne alors qu’une envie : sortir du parking pour découvrir toute
l’étendue de ses talents en direction de la baie de Somme.
Des trombes d’eau sans discontinuer, une chaussée détrempée et une
obscurité encore omniprésente en cette heure bien matinale : la
première portion du trajet sur les grands axes destinés à
s’échapper de la banlieue parisienne par l’A15, l’A115 et la N184
n’ont rien d’une partie de plaisir. Les phares HD Matrix LED
teintés facturés 2 993 € en supplément ont beau faire tout leur
possible pour éclairer notre lanterne, difficile de distinguer le
marquage au sol et le ruban d’asphalte au-delà du bout du capot.
Quel temps !
La visibilité un peu meilleure sur l’autoroute A16 en direction de
Calais facilite la découverte de cette Carrera T. Le flat 6 qui
ronronne aux alentours de 3 000 tr/mn en sixième parvient à se
faire oublier. Il est certes un brin plus présent une fois
l’échappement en position Sport, mais la résonance supplémentaire
ne verse pas dans l’excès.
En revanche, les bruits de roulement sont plus audibles et
deviennent vite marqués sur certains revêtements. En outre, la
sécheresse de l’amortissement se ressent tout de suite dès les
premières irrégularités, mais aussi sur les plus rares saignées
rencontrées sur l’A16. Sans être aussi extrême que celle d’une GT3
qui lit constamment la route, bourdonne à allure stabilisée et
décolle les plombages au premier mégot venu, la conduite de la
Carrera T implique davantage que celle d’une Carrera normale dont
elle partage la mécanique, et c’est logique.
Porsche 911 Carrera T (2026) : radicalité
De série sur toutes les 911, l’amortissement piloté PASM reçoit
d’office le réglage sport et le châssis abaissé de 10 mm que l’on
trouve en option sur la Carrera S. La T (pour « Touring »), se
débarrasse également de quelques insonorisants, adopte des vitres
plus fines et perd 30 kg par rapport à une simple Carrera.
Il y a aussi et surtout ce fameux levier, d’autant plus désirable
qu’il se fait encore plus rare depuis la disparition au restylage
de la boîte sept mécanique, autrefois proposée sur la gamme
classique. Notre T est donc aujourd’hui la seule 911 avec la GT3 à
disposer d’une boîte manuelle qui comprend désormais six rapports
comme celle de sa radicale frangine.
Elle trouve logiquement sa place au sein d’une gamme à rallonge et
prône une authenticité rafraîchissante. Le maniement du pommeau
rond en bois à l’ergonomie parfaite rééduque un cerveau maintenant
habitué aux unités automatisées. Le retour de ce geste pratiquement
disparu à ce niveau de performances apporte une sensualité
appréciable à la conduite d’une 911.
Les débattements assez courts aussi bien en longitudinal qu’en
latéral et le rappel assez franc au point mort participent au
bonheur et à cette relation plus intime avec cet emblématique flat
6. Difficile de résister à la tentation de jouer du levier pour le
simple plaisir, découvrant alors un étagement plutôt long. Sans
offrir autant de ressenti et de rapidité qu’à bord d’une Honda
Civic Type R, la commande est autrement plus agréable et précise
que sa devancière à sept rapports. Quel progrès !
Porsche 911 Carrera T (2026) : efficacité
Sur la partie la plus au nord de notre parcours, la route entre
Camiers et Frencq, à la lisière du Pas-de-Calais, s’apparente à une
belle mise en bouche. Serpentant au-dessus des falaises, ce
magnifique ruban de bitume où deux véhicules peinent à se croiser
épouse le relief d’une nature verdoyante.
Cet incroyable toboggan d’asphalte aussi étroit que rapide avec
quelques passages en aveugle est emprunté sur une spéciale du
Rallye du Touquet. L’absence de visibilité, l’amortissement qui
tabasse sur certains défauts de la chaussée, ajoutés à une météo à
ne pas mettre un chien dehors n’incite pas à jouer les Sébastien
Loeb, mais j’imagine le plaisir qu’elle doit offrir une fois fermée
à la circulation et avec un minimum de connaissance du terrain.
Quel décor !
Cap au sud vers une ville de Berck plutôt désertée. Cela reste
l’occasion de constater que les cinquante nuances de gris des
phoques soufflant, tournoyant et barbotant dans la baie d’Authie
sont parfaitement assorties à notre monture du jour. A défaut de
couleurs chatoyantes, la baie de Somme prend de jolies teintes par
cette météo pluvieuse.
A une paire de kilomètres au nord du Crotoy, la carrière
alluvionnaire Oscar Savreux excite l’œil du tigre de Florian. Cadre
matériaux, Christophe nous accueille chaleureusement et nous
autorise gentiment à réaliser quelques clichés dans ce décor
incroyable. Notre auto y fait sensation. Amateur de belles
voitures, notre hôte apprécie les accélérations de la Carrera T
après un rapide petit tour en passager. Dans cette version de base,
le 3.0 biturbo passe de 385 à 394 ch depuis le restylage, pour un
couple inchangé.
Le flat 6 séduit surtout par son allonge proche de celle d’un
atmosphérique, avec une petite pincée de punch en plus. Il se
réveille vers 2 000 tr/mn, donne un coup de collier vers 2 500
tr/mn et grimpe de manière linéaire jusqu’à 7 500 tr/mn. Certains
concurrents poussent plus fort, avec un effet turbo autrement plus
marqué, mais les mises en vitesse sont largement suffisantes pour
adopter un rythme indécent sur route ouverte.
Porsche 911 Carrera T (2026) : musicalité
La commande manuelle laisse peut-être échapper quelques dixièmes
par rapport à son homologue affublée d’une parfaite boîte PDK aussi
rapide que l’éclair, mais quelle importance face au plaisir de
claquer ses rapports soi-même ? Surtout quand la bande-son
s’accompagne d’une résonance délectable sur les 1 000 derniers
tours avant la zone rouge. Difficile de ne pas abuser de ce petit
plaisir, à condition bien sûr de rester assez raisonnable sur cette
chaussée détrempée !
Les Michelin Pilot Sport 4 S offrent une adhérence tout à fait
correcte dans ces conditions, mais l’ESP laisse pas mal de liberté,
surtout dans son mode Sport qui autorise déjà quelques jolies
dérives lors d’une remise des gaz un peu généreuse ! La Carrera T
est une propulsion qui s’assume. Le centre-ville du Crotoy apparaît
autrement plus calme en l’absence de tout badaud, mais la couleur
verdâtre de la Manche qui délimite la côte et entoure délicatement
la digue Mercier confère un charme unique et une ambiance à part au
paysage.
De l’autre côté de l’estuaire, plus au sud, Saint-Valery-sur-Somme
fait partie des plus beaux villages du coin. Offrant une vue
incroyable sur la baie de Somme, il y ajoute l’attrait de son
architecture variée ou de ses ruelles escarpées bordées de
ravissantes maisons colorées. Bien aidée par sa caméra à 360°
facturée 853 € en supplément, notre belle allemande glisse aisément
ses hanches larges dans cet environnement étroit.
Le système de levage de l’essieu avant optionnel (2 376 €) facilite
les choses sur les dos-d’âne plus abrupts, mais le cran de marche
arrière un peu rude implique davantage en manœuvre. Petit passage
par la pointe du Hourdel où le phare est hélas inaccessible, avant
de descendre vers Mers-les-Bains et Le Tréport pour un repos bien
mérité, après une journée particulièrement humide.
Porsche 911 Carrera T (2026) : toujours aussi addictif
Le lendemain, miracle, le soleil pointe enfin le bout de ses
rayons ! La falaise prolongeant Mers-les-Bains offre un magnifique
panorama sur ces deux stations balnéaires contiguës et
essentiellement séparées par une écluse. Un peu plus loin, les
bocages environnants se mettent en valeur, à travers les quelques
nappes de brouillard.
Le trajet se poursuit en longeant la falaise vers Mesnil-Val Plage,
sur la D126E qui prend des allures de carte postale, même si
quelques éoliennes dardent au loin les extrémités de leurs pales.
La côte réserve encore de bien belles surprises, dont la mise à
l’eau de Saint-Martin Plage, avec ses falaises de craie blanche,
son sol en galets et une mer variant selon son gré autour de
subtilités turquoise. Dernières photos avant de rentrer en région
parisienne par le chemin des écoliers pour découvrir les talents de
notre Carrera T sur le sec.
Sur revêtement dégradé, son amortissement intransigeant implique
une poigne de fer. Encaissant plutôt bien les grosses déformations,
il devient plus remuant sur les autres aspérités et compose parfois
avec une poupe sautillante, voire rebondissante. Cela n’empêche pas
son pilote d’imprimer un très gros rythme quand il est en
confiance.
La variété des routes met en valeur ce fameux feeling qui rend les
Porsche toujours aussi
addictives. Dotée ici d’un ratio un peu plus direct d’à peine 2,5
tours de butée à butée, la direction à assistance électrique offre
un ressenti parfait. Le freinage mordant se dose au millimètre et
le talon-pointe devient complètement naturel avec un pédalier
taillé en conséquence, même si les modes Sport et Sport Plus
mâchent le travail en laissant l’électronique s’en charger.
Les roues arrière directrices montées d’office apportent une aide
discrète, tout en conservant des manières naturelles. A la sortie
des Andelys, la D1 empruntée par la course de côte du même nom
devient délicieuse en Carrera T. Impossible de résister à la
tentation de retarder les freinages, en chargeant son avant à
l’approche des épingles.
Elle y entre dans un très léger sous-virage, avant d’en ressortir
encore plus fort. La poupe enroule subtilement, mais la motricité
parfaite n’entraîne aucune dérobade. Les passages plus rapides sont
effacés dans une rassurante stabilité sous les résonances.
L'avis de Jacques Warnery : 5/5
La Carrera T conserve la rigueur et le ressenti qui rendent la 911 unique. Elle y ajoute une authenticité rafraîchissante et une nouvelle commande de boîte manuelle à six rapports plus agréable qu’auparavant. L’appel de la route devient alors tentant et son amortissement parfois intransigeant sur chaussée bosselée ne l’empêche pas de décrocher son cinquième feu vert.
Porsche 911 Carrera T (2026) : sa fiche technique
- Moteur : flat 6, biturbo, 24 S
- Cylindrée : 2 981 cm3
- Puissance maxi : 394 ch à 6 500 tr/mn
- Couple maxi : 45,9 mkg à 2 000 tr/mn
- Transmission : roues AR, 6 rapports manuels
- Antipatinage/autobloquant : de série, déconnectable/mécanique
- Poids annoncé : 1 490 kg
- Rapport poids/puissance : 3,8 kg/ch
- L - l - h : 4 542 - 1 852 - 1 293 mm
- Empattement : 2 450 mm
- Pneus AV & AR : 245/35 ZR 20 & 305/30 ZR 21
- Carburant : 63 l
- Prix de base : 150 800 €
- Options/malus : 27 000/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 257 800 € (malus compris)
- V. max. : 295 km/h
- 0 à 100 km/h : 4’’5
- 0 à 200 km/h : 15’’0
Retrouvez notre essai de la Porsche 911 Carrera T dans le Sport Auto n°770 du 27/02/2026.














