Essai - Lotus Emira 420 Sport (2026) : chant du cygne ?
Même si le constructeur qui a fait du "Light is right" une philosophie produit désormais de trop lourds SUV électriques, il continue de nous amadouer avec des coupés légers, agiles et sexy. Voici la 420 Sport, la Lotus Emira la plus aboutie de la gamme. Faut-il y voir un chant du cygne ?
Ce n’est pas aujourd’hui que je vérifierai la vitesse maxi. "En effet, les conditions ne s’y prêtent pas." Je ne soliloque pas : c’est Gavan Kershaw, le directeur des attributs et de l’intégration chez Lotus, qui occupe le siège de droite et me répond. Cet ex-pilote, passé ensuite par la mise au point à Hethel, a dessiné le circuit de l’émission Top Gear et dispose dans son garage d’une Esprit GT3. A ses heures perdues, il décalamine la F1 Type 72 de Fittipaldi sur la piste d’essais Lotus.
Lotus Emira 420 Sport : pourquoi pas un V6 plus musclé ?
Bref : comparé au curriculum vitæ du quinquagénaire
aussi loquace que costaud, le mien fait office de postulant pour un
stage de troisième. Dans le cadre du premier Lotus Drivers Club à
Monaco, le constructeur nous laisse le volant, en avant-première,
de l’Emira
420 Sport, qui serait donc la voiture de série motorisée par un 4
cylindres la plus rapide au monde, avec ses 300 km/h de vitesse de
pointe.
Mais cette fleur que nous fait Lotus s’accompagne hélas d’un boulet
de taille : nous n’avons qu’une heure trente avec l’auto, dont une
belle moitié englués dans le trafic monégasque. Pour résumer : je
quitte le port Hercule, situé à la sortie du tunnel de la
Principauté, remonte vers La Turbie via la D37 avant de continuer
l’ascension jusqu’au golf de Monte-Carlo, et une fois atteint,
machine arrière.
Ajoutez à ça les touristes qui, fort légitimement, profitent de la
vue extraordinaire dominant la Grande Bleue, et comprenez que cet
essai a des relents de « reviens-y ». Pourquoi ne pas
avoir retenu une déclinaison plus musclée du V6 pour toiser la
gamme ?
« Le 3,5 litres est hélas en dehors des clous, explique
Gavan. Je conçois que pour l’agrément et la sonorité, vous
auriez préféré le V6, mais le choix le plus logique était le 2
litres AMG. D’autant qu’il existe déjà en configuration 421 ch dans
l’A 45. » Et comme il est plus performant, la messe est dite.
Pour la première fois dans l’Emira, le toit ouvrant est proposé. Si
la garniture des sièges change, la structure est identique, et
Lotus aurait pu opter pour des baquets plus fins. Car avec 1 455 kg
officiels, l’Emira
est deux fois plus lourde que les premières Elise.
Lotus Emira 420 Sport : elle soigne son aéro
"Le modèle du jour est équipé du pack Lightweight
Handling (-25 kg). Il comprend un échappement en
titane (pas seulement le silencieux) de 9 kg de moins.
Nous avons aussi le capot moteur en fibre de carbone avec ses ouïes
rappelant l’Esprit Turbo, de 4,9 kg plus léger que la vitre
habituelle", précise Gavan. Cette cure d’amaigrissement est
complétée par des éléments extérieurs en carbone (une première pour
l’Emira) et des amortisseurs bivalves Multimatic, mais nous y
reviendrons.
La 420 Sport soigne son aérodynamique avec un appui majoré de 25
kg, sans dégradation de la traînée. Les persiennes dans les ailes
avant ne sont pas fictives, et l’aileron prolongé assoit l’essieu
moteur. "Tout changement esthétique est dicté par des
considérations techniques. Il ne s’agit pas d’ajouter un splitter
et d’élargir les entrées d’air pour faire 'sport'. Le débit d’air
dans le compartiment moteur parvient à en réduire la température,
et la nouvelle découpe frontale permet aux radiateurs d’avaler 15 %
d’air supplémentaire."
Le possesseur de 420 Sport peut
même pousser le curseur plus loin, pour une utilisation piste
uniquement, en ôtant la plaque d’immatriculation avant (+14 % d’air
dans le radiateur central) et en décapsulant, sous la voiture, des
caches au niveau des freins (refroidissement augmenté de 10 %).
Nous y songerons si jamais la plus sportive des Emira nous
accompagne un jour en Supertest.
Lotus Emira 420 Sport : comme un poisson dans l’eau
Sur les hauteurs de Monaco, l’anglaise est sans surprise comme
un poisson dans l’eau. Soyons honnêtes : la hausse de puissance est
imperceptible (le rupteur intervient toujours à 7 200 tr/mn), et la
boîte de vitesses, que Gavan nous dit avoir légèrement revue, ne
brille pas par sa célérité. En revanche, la Lotus opte enfin pour
des palettes de bonne taille (et en carbone), émettant un « clic »
plus sportif. Avec près de 3 tours d’une butée à l’autre, le volant
pourrait en agacer certains, trop habitués aux directions à
assistance électrique ultra-rapides.
"Dans l’esprit de certains, moins on a à tourner le volant,
plus la voiture est précise. C’est faux. L’important est de
ressentir ce sur quoi les roues avant sont en train de rouler, et
pour ça, le taux de démultiplication ne doit pas être trop
faible." C’est l’expert Kershaw qui cause.
Moi, je me régale de cette assistance hydraulique qui lit la route
comme si chaque centimètre goudronné était écrit en corps 72.
L’Emira 420 Sport n’est pas l’auto qui change de cap le plus
promptement, mais lorsqu’elle le fait, son conducteur sait
exactement l’effort à fournir, perçoit le travail des pneus à
chaque dixième de seconde, et la connexion est pleinement établie
entre les mains et le guidage.
Pas de cran, de durcissement ni d’allègement inopinés : c’est
précis sans être perturbant. Mais rien de neuf sous le soleil pour
l’instant, l’Emira normale rendant déjà une copie aussi excellente.
Si jamais les finances suivent, je ne peux que vous engager à
cocher l’option Lightweight Handling (14 620 €). Toutes les 420
Sport sont abaissées de 5 mm, mais les amortisseurs à deux voies
Multimatic ajoutent des molettes de réglage (compression et
détente) accessibles une fois les roues braquées à fond.
Lotus Emira 420 Sport : plus incisive sur les placements
Je le répète : les conditions d’essai étaient loin d’être
parfaites, et cette bonne première impression mérite d’être
confirmée, mais sur le plan dynamique, la 420 Sport surclasse bon
nombre de rivales, y compris les Emira normales. Les doubles
triangles associés aux nouveaux Multimatic (Bilstein dans l’Emira
classique) font un sans-faute. Confortable, l’anglaise l’est
toujours, et c’est une belle gageure car compression et détente ont
été durcies.
Les dos-d’âne, nombreux dans le coin, ne sont pas une sanction, et
le revêtement parsemé de nids-depoule est digéré comme si nous
évoluions sur un billard. Toutefois, la 420 Sport ne coupe pas le
conducteur de la route : c’est même tout l’inverse, il en ressent
la moindre aspérité, mais sans la subir.
Cependant, comme pour la direction, l’Emira tout court faisait déjà
office de référence dans ce secteur, surtout si on la compare avec
les bouts de bois que sont devenues les 911. La différence se
manifeste lorsque le rythme augmente. Les appuis sont instantanés,
et on ne retrouve plus cette propension qu’a le coupé à verrouiller
tardivement ses débattements verticaux.
Et étant donné que l’Emira se fait plus incisive sur les
placements, une légère réduction du taux de démultiplication aurait
été bienvenue. On chipote, mais comme les pneus Michelin Sport Cup
2, une fois bien chauds, transforment la D37 en spéciale du
Monte-Carlo, on prend goût à cette nouvelle aptitude débloquée par
la Lotus, celle de se « GT3iser ».
Si l’essieu frontal
de la Porsche est toujours plus véloce, la Lotus comble une partie
de son retard. Enfin, pour ce qui est de la résistance des disques
percés et ventilés, de l’appétit du 2 litres ou de la capacité de
la 420 Sport à abattre de longs trajets, il nous faudra en
reprendre le volant. Mais ce galop d’essai a confirmé ce que nous
savions déjà : si Lotus ne produit pas les sportives les plus
performantes de la planète, en matière de comportement, la marque
n’a de leçon à recevoir de personne.
L'avis de Sport Auto : 5/5
L’Emira est un excellent coupé, la 420 Sport le bonifie. Ceux qui reprochaient à l’anglaise une éventuelle mollesse dans les changements d’appui seront rassurés. Les autres découvriront une auto trop rare sur nos routes, qui constitue une alternative pertinente et exotique aux pointures de la catégorie.
Lotus Emira 420 Sport : sa fiche technique
- Moteur : 4 en ligne, turbo, 16 S
- Cylindrée : 1 991 cm3
- Puissance maxi : 421 ch à 6 500 tr/mn
- Couple maxi : 51 mkg à 5 000 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports à double embrayage
- Antipatinage : de série, déconnectable
- Autobloquant : de série, piloté électroniquement
- Poids annoncé : 1 455 kg (1 430 kg avec le pack Lightweight Handling)
- L - l - h : 4 413 - 1 895 - 1 230 mm
- Empattement : 2 570 mm
- Roues AV & AR : 8,5 & 10,5 x 20
- Pneus AV & AR : 245/35 & 295/30 ZR 20
- Réservoir : 58 l Prix de base : 130 990 €
- Prix des options/malus : 26 270/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 237 260 € (malus compris)
- V. max. : 300 km/h
- 0 à 100 km/h : 3”9
- 0 à 200 km/h : 12”5
Retrouvez notre essai de la Lotus Emira 420 Sport dans le Sport Auto n°777 du 25/09/2026.















