Essai - Lotus Emira Turbo SE (2026) : un atout dans la manche ?
Implanter un 4 cylindres sous le capot d’une GT ne fait pas rêver sur le papier. Complément d’enquête de notre côté de la Manche avec la Lotus Emira Turbo SE pour constater qu’entre la théorie et la pratique, il y a parfois un monde...
En obligeant à passer systématiquement par la position neutre,
avant de sélectionner la marche avant (en bas à droite) ou arrière
(en haut à droite), la moindre manœuvre devient chronophage. C’est
pourtant la seule solution disponible sur la Lotus Emira Turbo SE,
puisque son 4 cylindres 2.0 turbo impose une boîte à double
embrayage.
Face au volubile V6 3.5 à compresseur d’origine Toyota qui a droit
à une commande manuelle, notre version du jour à l’architecture
mécanique roturière et dont les 8 rapports se passent comme dans un
simulateur de jeu sonne comme une double peine. Le constat apparaît
d’autant plus accablant que l’économie fixée entre 8 000 et 8 100 €
selon les versions semble dérisoire par rapport à la perte de deux
cylindres.
Surtout qu’elle écope du même malus assassin de 80 000 € que sa
sœur à 6 fûts. Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, la
gamme Alpine A110, également dotée d’un 4 cylindres, s’en est tenue
à une écotaxe 2026 comprise entre 4 818 et 8 770 €, juste avant de
disparaître en ce triste printemps. Sur le papier, la comparaison
est cruelle, mais notre anglaise se donne les moyens techniques de
nous consoler.
Alliance germano-britannique
Son bloc d’origine Mercedes-AMG n’a peut-être que 4 pistons,
mais il demeure sans doute l’un des meilleurs, pour ne pas dire le
meilleur du genre. Ceux qui ont goûté à ses saveurs sous le capot
de l’A 45 AMG en savent quelque chose. Il perd peut-être 15 ch et
plus de 2 mkg, mais les 406 ch et 48,9 mkg restants promettent bien
du plaisir, une fois installés en position centrale dans une
berlinette à peine supérieure à 1 500 kg.
Doté d’une puissance identique et fort de plus de 6 mkg
supplémentaires, ce cœur allemand se montre d’après Lotus bien plus
performant que le V6 précédemment évoqué. Evidemment, la fameuse
boîte à double embrayage chipée à ses cousines l’aide amplement
dans la tâche, mais ce 4 cylindres baptisé « M139 » sort
l’artillerie lourde : double injection, pistons en aluminium forgé,
carter cloisonné et énorme turbo à double entrée, monté sur
roulements dans cette déclinaison de 406 ch, afin de porter la
pression relative de suralimentation à 2,1 bar. Alors, rassuré
?
La théorie, c’est bien, mais la pratique, c’est mieux. Surtout que
le positionnement grand tourisme de l’Emira incite à l’évasion,
avec un photographe inspiré. La partie est du Cotentin, en passant
par les plages du Débarquement, nous tend les bras. Première chose
à faire : caser le matériel de notre talentueux homme de l’art. Je
finis par remercier Laurent de voyager léger.
En insistant un poil, le sac photo et son bagage tiennent tout
juste dans un coffre arrière un peu plus vaste que celui d’une
Alpine. Impossible en revanche de loger la moindre trousse de
toilette à l’avant comme sur la française. Son capot qui ne
surplombe aucun rangement ne s’ouvre pas, à moins d’avoir des
tournevis Torx sous la main et des doigts sacrément agiles !
Heureusement que l’espace derrière les sièges accueille au besoin
quelques sacs souples ! Les premières évolutions avant de prendre
l’A13 en direction de Caen sont plutôt reposantes. Le châssis
Touring adapté à un usage routier conserve un amortissement passif
assez tolérant pour ménager ses occupants sur les petites
aspérités. Sans que celui-ci atteigne pour autant la filtration
d’une limousine, notre spécialiste Laurent, dont les vertèbres sont
sensibles, valide le confort.
Cocotte-minute
Elle se montre tout aussi reposante sur le long ruban d’asphalte
autoroutier en flux libre vers la Normandie. La direction douce au
point milieu n’impose pas de constantes corrections pour rouler
droit et le moteur tourne à moins de 2 000 tr/mn, une fois calé à
130 km/h chrono, sur le 8e et dernier rapport.
A défaut de brio, l’étagement long comme un jour sans pain limite
l’appétit du 4 cylindres qui sirote à peine plus de 8 l/100 km aux
vitesses légales. De quoi espacer au besoin les pleins, malgré un
mini-réservoir de 52,5 l. A cette allure, les sifflements de turbo
très marqués couvrent le ronronnement du bloc Mercedes qui semble
respirer derrière son pilote. Une vraie cocotte-minute !
La sellerie généreusement rembourrée par rapport à ce que l’on est
en droit d’attendre d’une Lotus s’apprécie sur long parcours, en
dépit de dossiers et d’assises un peu bombés. Le trajet passe vite
et l’imposante tour du CHU de Caen, visible depuis le périphérique,
indique qu’il est bientôt temps de sortir. Symbole d’une
architecture brutaliste mis en service en 1975, cet énorme bloc de
béton et d’amiante de 23 étages qui culmine à 86 m évoque un
univers hospitalier déshumanisé et devrait prochainement être
détruit.
Direction Ouistreham avec ses plages taillées pour le char à voile
et cap vers l’ouest en longeant la côte. Dans cet environnement
essentiellement urbain, la légèreté de la direction facilite
également les évolutions à basse vitesse, mais la garde au sol
basse rappelle le positionnement sportif de notre Emira. On en
finirait presque par regretter l’absence d’un système lift tant il
arrive régulièrement que le nez frotte sur les dos-d’âne un tant
soit peu escarpés. Grâce à mon passager qui les détecte avec
l’efficacité d’un chien truffier, cela s’arrange vite !
Dans ces conditions, la boîte manque d’inspiration. Malgré une
appréciable douceur, sa gestion dans son mode Tour, le plus calme,
paraît perfectible par rapport à celle de l’Alpine en n’étant pas
toujours sur le bon rapport.
Du punch et des chronos
Premier arrêt devant une jetée des pêcheurs déserte à
Luc-sur-Mer, où l’écume des vagues se projette au-delà de la digue
: « Cela mérite une photo ! » se réjouit Laurent, avant
d’être littéralement harcelé par des embruns taquins. Le voilà déjà
trempé tout juste après avoir sorti son boîtier, alors que notre
monture attaquée par le sel marin en est quitte pour un bon coup de
jet !
Située à Courseulles-sur-Mer, Juno Beach – investie par la 3e
division d’infanterie canadienne – fait partie des plages
emblématiques du Débarquement. Petite pause déjeuner à
Arromanches-les-Bains, après avoir suivi la rectiligne D514.
Accueillant le musée du Débarquement, la station balnéaire en
contrebas des falaises apparaît plus animée en cette journée
ensoleillée.
Longues-sur-Mer, Port-en-Bessin-Huppain, Colleville-sur-Mer : le
trajet se poursuit jusqu’à Omaha Beach, où les batailles firent
rage et où les Alliés subirent les plus grosses pertes. Notre
monture anglaise qui défend les mêmes valeurs compatit
quatre-vingts bonnes années plus tard. La plage n’est pas
accessible en voiture et il faut continuer jusqu’à Grandcamp-Maisy
pour retrouver un paysage marin. Le réseau routier impose un court
passage sur les terres, avant de pointer vers le nord.
Isigny-sur-Mer mérite le détour. Les petites maisons colorées
situées devant la Cale aux moules évoqueraient presque une
architecture scandinave. L’Emira y cabotine à souhait et prend
plaisir à se faire immortaliser sur les smartphones des jeunes
passants. Si sa sombre livrée extérieure Bleu Meridian à 1 520 €
fait à juste titre râler Laurent, impossible ou presque d’être
insensible à ses formes du bureau de design dirigé par Russell
Carr.
Sa présence visuelle sur la route rappelle une Ferrari 458, avec
une pointe de sobriété supplémentaire, et son élégance apparaît
aujourd’hui particulièrement rafraîchissante dans un créneau qui a
parfois tendance à verser dans l’outrance stylistique. Quelle
allure ! Le court trajet sur la nationale 13 et les quelques lignes
droites de la D913 en direction de la côte permettent de lui
dégourdir les bielles.
Le souffle déjà présent peu avant 2 000 tr/mn montre que le turbo
se réveille très tôt, mais il charge fort dès 2 500 tr/mn, donne
son maximum à 3 000 tr/mn et pousse d’une manière linéaire jusqu’à
près de 7 200 tr/mn. Performances, punch et mises en vitesse
impressionnent, même si ceux qui ont connu ses exploits dans une A
45 AMG regrettent la perte de son tempérament hystérique à partir
de 5 000 tr/mn, assorti d’une sonorité sauvage.
C’est d’autant plus dommage que ce fichu caractère lui aurait
procuré un supplément d’âme. La boîte apparaît plus décevante.
Imparfaite lorsqu’on la laisse faire, elle devient un peu plus
réactive sur les programmes Sport et Track, sans pour autant donner
l’impression de lire dans les pensées de son pilote.
Au moment de reprendre la main, ses palettes qui ne génèrent
absolument aucune sensation tactile au bout des doigts sont aussi
excitantes à manipuler qu’une vulgaire manette de console de jeu.
La capacité à lire la route d’une manière excessive se ressent
quand le réseau devient démesurément bombé. La direction agitée
impose alors un minimum d’autorité derrière le volant.
En finesse
Utah Beach marque l’histoire du Débarquement, malgré
l’impossibilité d’y faire poser notre belle anglaise. En suivant la
côte, quelques rares pêcheurs et des kitesurfs, entre autres, font
acte de présence sur les longues étendues de plages séparées des
petites habitations balnéaires par un longiligne ruban
d’asphalte.
En remontant via la D14 jusqu’à Quettehou, puis en suivant la D902,
le village de Barfleur constitue une incontournable curiosité
située à la pointe nord-est du Cotentin. Son port d’échouage qui se
trouve dans une anse, l’architecture médiévale de son centre et de
son église méritent amplement le détour. En plus d’être superbe, la
partie septentrionale de la pointe en direction de Cherbourg recèle
quelques jolis tracés étroits qui mettent en valeur le fameux
feeling Lotus et sa manière unique de caresser le bitume.
Le phare, le port et le fort du cap Lévi cohabitent avec
d’incroyables paysages rappelant par certains côtés l’Irlande.
Après une pause nocturne réparatrice à Cherbourg, une visite
s’impose à la Cité de la Mer. L’ancienne gare maritime réaménagée
en pôle d’activité idoine et la présence du Redoutable en sont les
principales attractions.
Lancé le 29 mars 1967, le premier SNLE (sous-marin nucléaire
lanceur d’engins) français rejoint cet ultime port le 4 juillet
2000 et devient alors le seul bâtiment de ce type à pouvoir être
visité. Dernière halte sur la digue de Querqueville, avant de
redescendre sur la capitale par le chemin des écoliers. La petite
portion de D90 qui mène de Bourneville-Sainte-Croix à Routot est
aussi photogénique qu’instructive.
Sur son mode Track, le plus sportif, qui libère les échappements et
une partie de l’ESP (par ailleurs déconnectable séparément),
l’Emira dévoile alors tous ses talents. L’assistance
électro-hydraulique de la direction n’est pas réglable et apparaît
peut-être un poil trop marquée, mais elle offre un excellent
ressenti sur le potentiel d’adhérence d’un train avant léger qui
nécessite d’être correctement chargé. La belle anglaise se place
plus aisément en l’accompagnant sur les freins jusqu’au point de
corde, même s’il faut en faire vraiment beaucoup pour qu’elle se
déhanche.
L’amortissement passif qui tolère quelques mouvements de caisse y
participe également. Il efface aussi les irrégularités du
revêtement avec une appréciable tendresse, à l’heure où la Porsche
911 et bien d’autres rivales raffermissent parfois exagérément leur
jeu. Ses pouvoirs filtrants mettent en confiance, au moment de
retarder ses freinages en tapant dans une pédale procurant un
ressenti naturel. Cravacher la belle anglaise devient alors
d’autant plus addictif que sa mécanique travaille en harmonie avec
le reste.
A défaut de flatter les oreilles, le punch de son 4 cylindres
permet d’exploiter un châssis subtil et de ressortir suffisamment
fort des virages, malgré l’absence de différentiel autobloquant.
Avec 1 475 kg sur la balance, l’Emira surveille son poids, mais
c’est surtout son toucher de route unique qui donne le sourire
derrière le volant en Alcantara à double méplat.
L'avis de Jacques Warnery : 4/5
A l’heure où la firme anglaise se perd dans un positionnement hasardeux, l’Emira reste la seule à défendre les valeurs Lotus. Le 4 cylindres séduit par son punch et son efficacité, malgré une boîte à double embrayage décevante. Ce bloc dévoile ses talents sur longs trajets et permet de profiter d’un châssis unique. Dommage que le malus tue dans l’œuf une telle proposition.
Lotus Emira Turbo SE : sa fiche technique
- Moteurs : 4 en ligne, turbo, 16 S
- Cylindrée : 1 991 cm3
- Puissance maxi : 406 ch à 6 500 tr/mn
- Couple maxi : 48,9 mkg de 3 000 à 5 500 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports à double embrayage
- Autobloquant : non, antipatinage + contrôle de trajectoire
- Poids constructeur/contrôlé : 1 460 kg (CEE)/1 475 kg
- Rapport poids/puissance : 3,6 kg/ch
- L - l - h : 4 413 - 1 895 - 1 230 mm
- Empattement : 2 570 mm
- Pneumatiques AV & AR : 245/35 & 295/30 ZR 20
- Réservoir : 52,5 l
- Prix de base : 111 200 €
- Prix des options/malus : 9 190 €/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 200 390 € (malus compris)
- V. max. : 291 km/h (annoncée)
- 0 à 100 km/h : 3’’9 (59 m)
- 0 à 160 km/h : 8’’3 (221 m)
- 0 à 200 km/h : 13’’5 (483 m)
- 400 m D.A. : 12’’0 (190 km/h)
- 1 000 m D.A. : 21’’9 (240 km/h)
Retrouvez notre essai de la Lotus Emira Turbo SE dans le Sport Auto n°775 du 31/07/2026.















