Essai - Aston Martin Vantage S Roadster (2026) : la grande classe ! (en images)
On a connu l'Aston Martin Vantage flamboyante, V12 sous le bras et boîte mécanique en bonus. Depuis, la version Roadster S est entrée dans le rang et préfère vous susurrer des mots doux plutôt que de vous hurler sa rage. La grande classe...
Chez les sportives, une lettre supplémentaire conduit souvent
vers davantage de radicalité. Les ressorts se raffermissent, les
pneus s’élargissent et le confort finit parfois par être considéré
comme un dommage collatéral acceptable. Aston Martin suit une autre
voie. Lorsqu’une Vantage reçoit un badge S, l’objectif n’est pas de
la transformer en arme de track days ni de l’éloigner de sa
vocation première.
La marque britannique cherche plutôt à affûter le trait sans
modifier le dessin. Ajouter de la précision sans retirer de
raffinement. Rendre la voiture plus expressive sans la rendre plus
exigeante. Cette philosophie résume parfaitement la nouvelle
Vantage S. D’autant que la base est déjà particulièrement
solide.
Avec le profond remaniement intervenu en 2024, la Vantage avait
connu une véritable renaissance, et pas un simple restylage. La
puissance passait de 510 à 665 ch, le châssis était largement
retravaillé, l’habitacle entièrement modernisé et le style
fondamentalement revu. D’un coup, la Vantage cessait d’être cette
séduisante GT parfois un peu en retrait face aux références du
segment pour devenir une vraie rivale crédible des Porsche 911
Turbo, Ferrari Roma (puis Amalfi), voire, pourquoi pas, certaines
McLaren.
Aston Martin Vantage S Roadster : lever de rideau
Pourtant, malgré ses qualités évidentes, quelque chose
continuait de distinguer l’Aston de ses concurrentes les plus
affûtées. Non pas son efficacité, devenue louable, mais la manière
dont elle la délivrait. Une McLaren Artura vous raconte tout.
Chaque variation de grip, chaque transfert de charge, chaque
millimètre de mouvement des pneus semble remonter directement dans
la colonne de direction. La Vantage, elle, gardait encore une
petite distance. Comme un excellent musicien jouant derrière un
rideau légèrement fermé.
On entendait parfaitement la partition, mais certains détails
échappaient toujours. C’est précisément ce rideau qu’Aston Martin a
cherché à entrouvrir avec cette version SA première vue pourtant,
les chiffres n’ont rien de spectaculaire. Le V8 AMG 4.0 biturbo
gagne seulement 15 ch pour culminer à 680 ch, tandis que le couple
reste fixé à 81,6 mkg.
Le 0 à 100 km/h ne réclame qu’un dixième de moins à 3’’4, et la
vitesse maximale atteint toujours les 325 km/h. Personne chez Aston
Martin ne prétend avoir créé une nouvelle voiture. Le travail s’est
concentré là où les fiches techniques deviennent soudain beaucoup
moins bavardes : dans les mouvements de caisse, les transferts de
charge, la vitesse à laquelle l’essieu frontal construit son
adhérence ou encore la manière dont le conducteur perçoit le
travail des pneus arrière.
Le train avant adopte davantage de carrossage négatif, les
amortisseurs adaptatifs Bilstein DTX reçoivent une calibration
spécifique, plusieurs réglages de géométrie évoluent et le logiciel
du différentiel électronique est retouché. Mais la modification la
plus intéressante concerne probablement le berceau arrière. Sur la
Vantage classique, celui-ci est relié à la coque par
l’intermédiaire de silentblocs. Sur la S, il est désormais boulonné
directement à la structure. Présenté ainsi, le changement semble
presque anecdotique.
En réalité, il résume parfaitement la démarche des ingénieurs.
L’objectif est de supprimer un léger filtre entre le train arrière
et le conducteur, et non pas de rendre la voiture plus dure ni plus
radicale. La preuve, Aston Martin a simultanément assoupli certains
supports de transmission et retravaillé plusieurs réglages de
suspension, afin de récupérer ailleurs la souplesse perdue.
La rigidité n’augmente pas partout. Elle est simplement déplacée
pour être utilisée différemment. A noter que la version Roadster
affiche 60 kg de plus que le coupé. Les ingénieurs n’ont pas
cherché à rendre cette variante plus apte au cruising, mais juste à
composer avec cette surcharge.
Aston Martin Vantage S Roadster : naturel
La Vantage S est une voiture qui demande à être chargée pour
révéler son travail de fond. Plus le rythme augmente, plus les
différences apparaissent. A l’attaque d’un virage rapide en appui,
le nez semble s’accrocher un peu plus naturellement à la
trajectoire tandis que l’arrière accompagne le mouvement avec plus
de cohérence. L’auto paraît plus compacte.
Comme si quelqu’un avait discrètement raccourci son empattement
pendant la nuit. L’avant et l’arrière ont l’air de travailler
ensemble avec moins d’inertie, moins de délai, moins
d’interprétation. C’est surtout une question de confiance. La
Vantage classique était déjà très rapide. La Vantage S est plus
lisible. Elle explique davantage ce qu’elle est en train de
faire.
On ressent mieux les appuis sur l’extérieur, on comprend plus
facilement ce qu’il reste comme adhérence sous les roues arrière et
l’on ose naturellement augmenter le rythme. Une qualité difficile à
mesurer mais immédiatement perceptible lorsqu’on commence à
réellement exploiter le potentiel de l’auto. Cette sensation est
renforcée par une direction qui gagne plus en rapidité qu’en
clarté. Elle est encore très loin de la transparence d’une McLaren
ou de la précision chirurgicale d’une GT3, mais ce n’est
probablement pas l’objectif de cette flegmatique GT.
Aston Martin conserve une légère couche de douceur entre la route
et le conducteur. Une sorte de filtre britannique qui fait partie
de son A.D.N. Cette retenue se retrouve également dans le
traitement esthétique de la voiture. Depuis le restylage de 2024,
la Vantage est devenue l’une des plus belles sportives à moteur
avant du marché.
Aston Martin Vantage S Roadster : rien d’inutile
Son immense calandre, ses ailes arrière musculeuses et son
interminable capot lui confèrent une présence presque intimidante.
Là où certaines concurrentes semblent vouloir attirer l’attention
par l’accumulation de prises d’air et d’ailerons, l’Aston continue
de séduire par ses proportions. La version S ajoute quelques
détails spécifiques : lames de capot en carbone destinées à
améliorer l’extraction thermique, spoiler arrière redessiné,
nouvelles jantes et badges particuliers. Rien de tapageur. Rien
d’inutile.
L’auto paraît plus tendue, plus athlétique, mais conserve cette
élégance que beaucoup de sportives contemporaines ont abandonnée en
chemin. L’habitacle suit la même logique. Aston Martin a enfin
tourné la page des systèmes multimédias datés qui pénalisaient ses
précédentes productions et des agencements torturés. Plus important
encore, les commandes essentielles restent physiques.
Dans une époque où les constructeurs semblent persuadés que tout
doit passer par un écran tactile, Aston Martin continue de
considérer qu’un bouton est parfois la meilleure solution. L’un des
exemples les plus parlants se trouve au centre de la console. Une
molette métallique permet de régler directement le niveau
d’intervention du contrôle de traction.
Huit positions sont disponibles avant la désactivation complète du
système. L’idée n’est pas révolutionnaire. Son exécution, en
revanche, est particulièrement séduisante. Parce qu’on s’en sert
réellement. Quelques clics suffisent pour adapter la voiture à
l’état de la route, au niveau de confiance du conducteur ou
simplement à son humeur du moment.
Aston Martin Vantage S Roadster : bon compromis
On se surprend rapidement à jouer avec les réglages, à chercher
le bon compromis entre liberté et sécurité. Une interaction simple,
mécanique, presque ludique, devenue étonnamment rare dans les
sportives modernes. Le moteur mérite également qu’on s’y attarde.
Oui, ce V8 4.0 biturbo provient toujours d’AMG.
Mais son environnement immédiat n’a jamais eu grand-chose à voir
avec celui d’une Mercedes-AMG GT. Là où l’allemande utilise une
transmission MCT à 9 rapports, Aston Martin conserve une boîte
automatique ZF à 8 rapports implantée sur le train arrière selon
une architecture transaxle. Un choix plus coûteux mais
particulièrement intéressant du point de vue dynamique puisqu’il
contribue à optimiser la répartition des masses. Cette boîte
possède cependant sa propre personnalité.
Moins spectaculaire qu’une transmission à double embrayage, moins
brutale aussi, elle privilégie la fluidité. Les montées de rapport
sont rapides mais jamais agressives. Les rétrogradages sont
impeccablement exécutés mais toujours légèrement policés. Certains
regretteront peut-être un peu plus de caractère mécanique,
davantage d’aspérités, un coup de pied plus franc dans le dos lors
des changements de rapport. D’autres apprécieront justement cette
cohérence avec le reste de la voiture. Car la Vantage S refuse
obstinément de sombrer dans la démonstration.
Aston Martin Vantage S Roadster : “S” comme “subtil”
Le V8, lui, conserve une présence physique, et sonore, devenue
rare dans le paysage actuel. Le couple tonitruant est disponible
très tôt, et chaque sortie de virage raccourcit la ligne droite
suivante. Chaque pression sur l’accélérateur rapproche brutalement
le prochain point de freinage. Le tout avec une ambiance sonore
très présente et musclée, à défaut de faire dans la nuance.
Le moteur est également censé répondre avec davantage de netteté
qu’auparavant, grâce à un recalibrage de l’accélérateur, tandis que
les différents modes de conduite permettent de faire varier
sensiblement son caractère. Mais quel que soit le réglage retenu,
il garde cette impression de force tranquille. Une puissance
immense, jamais hystérique, toujours maîtrisée.
C’est finalement ce qui résume le mieux cette Vantage S. Aston
Martin n’a pas cherché à fabriquer une GT3 britannique. La marque
sait que ce terrain appartient à d’autres. Elle a préféré
poursuivre sa propre voie en perfectionnant une formule déjà très
convaincante. Plus communicative, plus cohérente et plus engageante
que la Vantage standard, cette version S ne transforme pas la
voiture. Elle la polit. Et comme souvent en automobile, les progrès
les plus difficiles à obtenir sont précisément ceux qui ne sautent
pas immédiatement aux yeux.
Ceux que l’on découvre virage après virage, lorsque la route
commence à défiler plus vite et que la voiture semble peu à peu se
rapprocher de son conducteur. C’est là que réside la véritable
réussite de cette Vantage S. Non pas dans ses 15 ch
supplémentaires, mais dans sa capacité à faire tomber quelques
barrières invisibles entre l’homme et la machine.
L'avis de Walib Bouarab : 5/5
Certains crieront à l’appât marketing. D’autres préfèrent y voir une démonstration (trop ?) timide. Et s’il est vrai qu’il faut emmener la belle anglaise à beau rythme pour en dévoiler toutes les subtilités, on ne peut que reconnaître la constante progression de cette Vantage S. On ne craque plus uniquement pour une ligne, mais aussi pour sa mise au point qui ne se départit pas d’un flegme totalement Aston Martin.
Aston Martin Vantage S Roadster : sa fiche technique
- Moteur : V8 biturbo, 32 S
- Cylindrée : 3 982 cm3
- Puissance maxi : 680 ch à 6 000 tr/mn
- Couple maxi : 81,6 mkg à 2 750 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports auto
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : de série piloté électroniquement
- Poids annoncé : 1 805 kg
- L - l - h : 4 595 - 2 045 - 1 275 mm
- Empattement : 2 705 mm
- Pneus AV & AR : 275/35 & 325/35 ZR 21
- Réservoir : 78 l
- Prix de base : 215 800 €
- Prix des options/malus : NC / 80 000 €
- Prix du modèle essayé : 295 800 € (malus compris, sans options *)
- V. max. : 325 km/h
- 0 à 100 km/h : 3’’4
- 0 à 200 km/h : 10’’1
Retrouvez notre essai de l'Aston Martin Vantage S Roadster dans le Sport Auto n°775 du 31/07/2026.















