Notre essai - Ferrari Amalfi Spider : haute volée !
La Ferrari Amalfi Spider rejoint le club fermé des découvrables surmotorisées, aux côtés des Porsche 911 Turbo S Cabriolet et Aston Martin DB12 Volante. Direction la Grèce pour le vol inaugural.
Quelque part sur la côte grecque, à l’est d’Athènes, mardi, 9
heures. Chaleur étouffante et mer d’huile. L’horizon est un immense
trait bleu turquoise qui délimite un ciel sans nuages et une eau
scintillante aux reflets éblouissants. Loin, très loin devant, des
îles nées de la colère de Poséidon se dessinent et font remonter de
vieux souvenirs d’enfant.
Avec des noms qui reviennent en pointillé : Zeus, Apollon, Athéna
(pas la CX, l’autre) ou Hermès, le dieu des voyageurs. Celui qui
avait des sandales ailées pour passer les frontières à la vitesse
de l’éclair. Notre sandale ailée, à nous, s’appelle
« Amalfi Spider » et elle n’a qu’un seul
but : fendre l’air, en position ouverte ou fermée. Les
ingénieurs de Ferrari n’en sont pas peu fiers :
« L’un des points clés du Spider, c’est l’agrément à bord
lorsque le toit est replié. » Va pour un test grandeur
nature.
Ferrari Amalfi Spider : hissez haut !
L’Amalfi sort du parking et décapote en
roulant, d’une pression prolongée sur un bouton. J’appuie
simultanément sur la commande du plateau antiremous, qui se
redresse aussitôt au-dessus des sièges arrière. 50 km/h :
la mèche ne bouge pas d’un iota. Puis le V8 gronde
et la vitesse grimpe. 100 km/h : le vent glisse si bien qu’on
soutient la conversation sans élever la voix.
Une bretelle d’autoroute, une légère pression sur l’accélérateur et
nous voici sur la trois voies. Il suffit de remonter les vitres, de
visser les casquettes sur les crânes, et le tour est joué. On se
croirait sur le pont avant d’un yacht. Ou plutôt d’une cigarette,
avec le glouglou du 3,9 litres biturbo. Car sous ses airs
nonchalants à basse vitesse, l’Amalfi Spider ne demande qu’à
exploser.
En un quart de seconde, le moteur endormi se mue en prédateur,
pendant que la boîte à double embrayage ponctue
son cri avec des percussions à mi-chemin entre un bruit
d’aspiration et une détonation. Quelle santé !
Malgré sa double suralimentation, le moteur semble ne jamais
s’essouffler. Le bruit est rauque puis feutré, avant de s’étirer
vers les médiums à mesure qu’il approche de son rupteur (7 600
tr/mn, contre 7 500 pour la Roma Spider). C’est un moteur très
élastique, avec du relief, contrairement à certains V8 biturbo
allemands qui se cantonnent à aplatir leur courbe de couple.
La puissance passe à 640 ch, contre 620 pour
la Roma Spider. Les plus pointus connaissent ce
3,9 litres par cœur : vilebrequin plat, turbines
ultra‑compactes à faible inertie, technologie à deux volutes côté
échappement et collecteur simple volute à longueur égale pour
chaque cylindre… Quant à la différence avec la Roma Spider en
matière de poussée, c’est léger.
Disons que l’écart se matérialise surtout par le temps de réponse
de la suralimentation, encore réduit. En comparaison, le V8
d’une Bentley Continental GT
est infiniment plus lent à réagir. Selon Ferrari, l’Amalfi Spider serait en
mesure de parcourir le 0 à 100 km/h en 3”3 et réclamerait
9”4 pour atteindre les 200 km/h (au lieu de
respectivement 3”4 et 9”7 auparavant).
Le poids revendiqué dans l’histoire ? Le même que la Roma
Spider, soit 1 556 kg à sec.
L’Amalfi Spider serait donc de 86 kg plus lourde que
le coupé. Mais attendons de pouvoir la passer sur notre
propre balance de Mortefontaine. Rappelons que la Roma Coupé,
censée peser 1 472 kg à sec, a été vérifiée par nos soins
à 1 662 kg. Si l’on applique le même delta, l’Amalfi
Spider devrait avoisiner les 1 750 kg tous pleins
faits, ce qui reste inférieur à la Porsche 911
Turbo S Cabriolet, dont les 4 roues motrices et
l’hybridation portent désormais l’addition à
1 810 kg.
L’Amalfi Spider est une pure propulsion,
comme en attestent quelques embardées du train arrière (en position
CT Off) sur les routes parfois glissantes de Grèce. Mais quelle que
soit la situation, la stabilité générale est
rassurante. L’Amalfi se relance sur un filet de
gaz et semble se déjouer des irrégularités de la
route. Puis elle réduit la voilure et roule au pas, avant de
prendre une pose photo devant un panneau en alphabet grec, sur
lequel on tente de trouver des oméga et des delta.
Ferrari Amalfi Spider : à pile ou face
L’Amalfi Spider reprend la route au rythme de sénateur, sur le
huitième rapport, au régime du ralenti. Ce grand écart avec son
tempérament débordant est fascinant. Il y a ce côté pile, très
docile, et ce côté face, qui explose dans un grondement
d’échappement. Un peu comme une bête de course, parfaitement
domestiquée mais dont le naturel revient au galop au moindre appel
du pied.
Pas grand-chose à redire, donc, même si l’on ressent effectivement
la baisse de rigidité en comparaison avec le coupé. Les metteurs au
point de Maranello avouent également avoir adapté les lois
d’amortissement par rapport à ce dernier,
« dans toutes les positions du Manettino, en raison
de la différence de masse et de rigidité ».
Par ailleurs, l’arsenal technologique du coupé est reconduit.
Depuis le SSC (Side Slip Control) 6.1 jusqu’au
système de freinage brake-by-wire et l’ABS Evo, en
passant par le contrôleur avec capteur 6D ou bien la direction
électrique EPS, dont les estimations d’adhérence sont encore plus
rapides que celles de la 296 GTS.
Le Manettino maintient ses cinq positions (Wet,
Comfort, Sport, Race, ESC Off), qui ajustent les interventions des
systèmes F1-Trac, de l’amortissement et du différentiel E-diff.
Maranello évoque aussi des réglages Sport et Race plus affûtés que
ceux de la Roma Spider. Ce qui est sûr, c’est que l’Amalfi Spider
donne l’impression d’un équilibre parfait entre essieux et d’une
agilité déconcertante. Elle n’a pas autant d’adhérence latérale
qu’une Porsche 911 Turbo S Cabriolet, mais elle a plus de
finesse et de subtilité en entrée de virage.
En clair, ça passe vite et sans forcer. Idem pour la direction, que
certains trouveront trop légère mais qui s’avère convaincante en
matière de feeling, bien qu’il soit évident que les directions
électriques n’ont pas le même toucher que les directions à
crémaillère des rares supersportives actuelles qui les conservent.
Mais laissons ça aux reines des chronos et prenons le temps
d’apprécier les attentions que réserve l’habitacle de l’Amalfi,
d’autant que notre voiture d’essai ne lésine pas sur les options et
les surpiqûres.
Nous remarquons aussi et surtout les progrès réalisés concernant l’interface par rapport à la Roma Spider, en ce qui concerne le volant, notamment, qui présente moins de commandes tactiles. Tant mieux. Même constat pour la procédure de déconnexion des ADAS, laquelle s’effectue désormais presque sans quitter la route des yeux. Ce sont des détails, mais ça participe à la sérénité. Au bout du compte, toutes ces petites mises au point produisent sur l’Amalfi Spider l’effet d’un rafraîchissement éclatant, tout en restant une authentique Ferrari, c’est-à-dire une auto qui fait ressentir ses réactions, contrairement aux cabriolets surpuissants sans émotion. En clair, l’Amalfi Spider ne se contente pas d’une démonstration de puissance, elle fait battre le cœur.
Ferrari Amalfi Spider : sa fiche technique
| Moteur : | V8 biturbo, 32 S |
| Cylindrée : | 3 855 cm3 |
| Puissance maxi : | 640 ch à 7 500 tr/mn |
| Couple maxi : | 77,4 mkg à 3 000 tr/mn |
| Transmission : | roues AR, 8 rapports auto |
| Antipatinage : | de série |
| Autobloquant : | E-Diff 3 |
| Poids annoncé : | 1 556 kg L - l - h : 4 660 - 1 974 - 1 305 mm |
| Empattement : | 2 670 mm |
| Pneus AV & AR : | 245/35 & 285/35 ZR 20 |
| Réservoir : | 80 l |
| Prix de base : | 266 197 € |
| Prix des options/malus : | 66 650 /80 000 € |
| Prix du modèle essayé : | 412 847 € (malus compris) |















