Supertest - Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio : plaisirs rares sur le tarmac du Vigeant !
Un V6 biturbo qui gagne 10 équidés et un différentiel autobloquant mécanique pour canaliser les 520 chevaux sur ses roues arrière motrices : direction le Circuit du Vigeant pour profiter des plaisirs de l'Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio, une familiale sportive à la simplicité de plus en plus rare.
Nichée près du levier de vitesses, la molette du système DNA Pro
demeure la seule manière de régler la Giulia QV. Aux côtés des
programmes basse adhérence et confort trop pantouflards, les choses
sérieuses commencent en Dynamic, qui réveille l’ensemble
moteur-boîte et raffermit la direction ainsi que
l’amortissement.
En tournant le sélecteur sur la droite, le mode Race libère
l’échappement et reste l’unique moyen de déconnecter l’ESP. A
l’heure où la majorité des familiales sportives incitent à scroller
au travers d’une multitude de menus superflus, notre belle
italienne va à l’essentiel : quatre possibilités, et basta
così !
Cette simplicité qu’apprécie Christophe Tinseau oblige peut-être à
quelques compromis frustrants, mais elle apparaît somme toute
reposante et rappelle surtout que la plus sportive des Alfa accuse
dix bonnes années au compteur. Autrement dit, une éternité. Pas
d’hybridation comme chez AMG ou Audi ni de transmission intégrale
comme sur la BMW M3 Competition actuelle, mais une architecture de
propulsion qui donne un joli goût de reviens-y.
Dans une catégorie où tout évolue très vite, son restylage de 2023
est un non-événement : nouveaux phares adaptatifs full LED Matrix,
V6 biturbo qui passe de 510 à 520 ch, électronique revue, arrivée
d’un différentiel mécanique à glissement limité en lieu et place du
précédent système piloté électroniquement et peu convaincant, c’est
tout !
Après un premier Supertest au Mans marqué par quelques caprices,
une nouvelle session sur la piste du Vigeant s’annonce aussi
réjouissante que fumante.
Formule authentique
Premier détour sur l’anneau de Mortefontaine. Mode Race
enclenché. Un pied sur chaque pédale, avant de relever le gauche :
Miss Giulia patine exagérément
ou s’élance comme un taxi selon la position initiale de l’orteil
droit et l’adhérence disponible sur les Pirelli PZero Corsa. A
force d’utiliser constamment des systèmes Launch Control,
on aurait presque fini par oublier que la Giulia QV n’en possède
toujours pas.
L’extraction des starting-blocks s’avère plus laborieuse que
précédemment, avec un 0 à 100 km/h décevant (4”8 contre 4”1). A 200
km/h, l’écart se réduit à un petit dixième (13”4 contre 13”3).
Distancée de 5” sur le 400 m départ arrêté (12”6 contre 12”1), elle
en accuse ensuite 4 de retard au passage de la borne du kilomètre
(22”3 contre 21”9).
Le temps rattrapé apparaît insignifiant et finalement logique, avec
à peine 2 % de puissance en plus. Autrefois dominante, la Giulia QV
court aujourd’hui derrière les 530 ch d’une BMW M3 xDrive, les 639
ch d’une Audi RS 5 ou les 680 ch d’une Mercedes C 63, qui pèse un
âne mort. Elle retrouve quelques couleurs sur la balance de
Mortefontaine, qui indique 1 719 kg.
Le capot, le coffre ou encore le toit en carbone (optionnel) y
participent. Ses roues arrière motrices dans une catégorie cernée
d’intégrales, aussi. Ce poids (relativement) maîtrisé s’apprécie
sur le réseau secondaire qui mène au Vigeant. Quoiqu’un peu légère
pour éprouver parfaitement l’adhérence disponible, la direction se
montre plaisante, et sa faible démultiplication apporte une
agréable impression d’agilité, même si elle impose des gestes
mesurés pour ne pas saturer l’avant.
En outre, l’amortissement, piloté selon deux modes, réserve un
confort convenable, ce qui est de plus en plus rare. Les routes
bosselées n’ont donc rien d’une punition, y compris en mode Sport,
où un minimum de filtration subsiste, dont témoignent quelques
mouvements verticaux sur les grosses déformations abordées à bon
rythme.
A l’exception d’un freinage manquant de mordant, le ressenti
apparaît plus naturel que celui de bien des concurrentes plus
modernes, en l’absence de tout artefact destiné à effacer les kilos
supplémentaires. Seule l’accélération plus vigoureuse, après avoir
mis les roues droites en sortie de virage serré, rappelle qu’une
pointe d’antipatinage veille au grain sur le mode Dynamic.
Le V6 biturbo a beau laisser échapper quelques dixièmes par rapport
à une rivale plus affûtée, il garde tout de même une sacrée santé.
Ses deux escargots qui se réveillent gentiment vers 2 000 tr/mn et
soufflent sans discontinuer ni faiblir de 2 500 à 7 000 tr/mn
suffisent à se débarrasser d’un chapelet de poids lourds à la
première ligne droite venue. Il ne lui manque plus qu’une sonorité
un peu moins sourde, malgré la présence des sorties optionnelles
signées Akrapovic.
Poussière noire
Arrivée sur la piste, notre Giulia QV Vert Montréal fait de
l’œil à Maître Tinseau, toujours aussi sensible à ses charmes :
« J’ai un petit coup de cœur pour les Alfa car elles sont
typées, et cette Giulia ressemble à une vraie sportive. » Une
fois la bête appareillée, notre pilote part pour deux tours
rapides, avant qu’une forte odeur de garniture de frein déjà
perceptible du bord de la piste ne le pousse à couper son
effort.
Un tour de refroidissement et rebelote pour une ultime tentative
sur une seule boucle avant de revenir au stand avec des freins
bouillants, des jantes avant maculées de résidus noirs et une
épaisseur de plaquette inférieure à une tranche de jambon : «
Il y a un problème, puisqu’elles sont passées de 90 à 5 % en trois
tours rapides ! Je n’ai eu aucun souci au niveau du ressenti à la
pédale, mais l’odeur de plus en plus vive dans l’habitacle m’a tout
de suite alerté. Il faudrait mettre des plaquettes de compétition
pour un usage circuit. »
Pour mémoire, Christophe n’avait
pas connu pareille mésaventure au Mans avec l’option freins
céramique à 7 500 €. En revanche, la version restylée corrige avec
bonheur l’intégralité des bugs rencontrés fin 2017. Le sapin de
Noël sur le bloc d’instrumentation, les coupures, le fonctionnement
moteur en mode dégradé et l’impossibilité d’aligner deux tours
consécutifs font partie du passé.
La Giulia ne plie pas sous la
contrainte, même si le chrono de 1’50”37 n’est pas extraordinaire.
Les Pirelli PZero Corsa à l’adhérence inférieure à celle de vrais
semi-slicks ne sont pas les seuls en cause, puisqu’une rivale du
calibre de la BMW M4 Competition aux pneumatiques routiers Michelin
Pilot Sport 4 S signe un chrono de 1’48”34.
Cela ne l’empêche heureusement pas d’offrir du plaisir derrière le
volant. Son fameux V6 biturbo ne connaît aucun coup de mou en
sortie d’épingle ou lors des nombreuses relances imposées par cette
piste technique. Et puis sa belle allonge, qui lui permet d’en
extraire la moelle jusqu’à l’abord de la zone rouge, raccourcit les
rares moments où le volant est droit et laisse la liberté de
débouler à 240 km/h juste avant le freinage du Buisson, où
l’italienne rassure par sa stabilité.
La boîte automatique ZF8 à convertisseur n’est peut-être plus toute
jeune, mais son étagement plutôt resserré, sa rapidité que
certaines unités à double embrayage lui envient et ses garde-fous
permissifs font merveille. « Je n’ai pas eu de phénomène de
coupure à l’approche de la zone rouge, et elle ne m’a refusé aucun
rétrogradage musclé », se réjouit Christophe.
Al dente
Le plaisir se poursuit sur les autres parties du tracé. La
stabilité de la poupe sur les fortes décélérations réconforte au
moment de frapper la pédale de gauche le plus tard possible. Dans
les passages plus lents, le train avant manque un peu de mordant à
l’inscription : « Il est un brin fainéant en entrée et donne
l’impression d’élargir subtilement la trajectoire jusqu’au milieu
du virage. L’arrière plus solide semble alors pousser l’avant.
» Cette paresse apparaît toutefois moins marquée que sur la M2
classique.
Une fois le point de corde atteint, l’architecture de propulsion
surpuissante reprend vite le dessus : « Elle pivote
ensuite à la remise des gaz et impose dès lors de gérer la
motricité avec l’accélérateur. » Pour notre pilote,
ce survirage naturel en sortie est parfait dans les épingles
et les passages à moyenne vitesse, mais logiquement plus
délicat dans les portions plus rapides comme le
« S » du sanglier : « Je suis obligé de
soulager très légèrement sur cette grosse accélération en appui
pour éviter que la poupe ne se dérobe et ne termine avec la roue
arrière droite dans l’herbe. Et dans ce cas, forcément, cela finit
mal ! »
Si notre verte italienne ne pivote pas en entrée
quand elle est placée sur les freins, une bonne remise de gaz en
sortie après avoir calé l’avant suffit à déclencher des signaux de
fumée. Les 520 ch forcent le conducteur à être vraiment réveillé
pour vite contrebraquer. En plus de son équilibre, l’arrivée d’un
différentiel à glissement limité en lieu et place du précédent
modèle piloté permet de ne pas se priver.
Alors que l’ancien système travaillait à la place du chauffeur en
lui donnant l’impression de ne plus être totalement le maître à
bord, ce nouvel autobloquant plus classique le remet au centre des
débats. L’angle de dérive se gère au pied droit, et ses réactions
naturelles en font aujourd’hui la dernière familiale sportive aux
talents de danseuse étoile, puisque la Giulia reste la seule
propulsion. A bon entendeur…
L'avis de Jacques Warnery : 4/5
La Giulia n’est pas la plus performante ni la plus rapide sur circuit. Ses mises à jour techniques corrigent les précédents couacs, et son nouveau différentiel à glissement limité rend ses réactions plus naturelles. La seule propulsion de la catégorie distille une authenticité rafraîchissante et des plaisirs qui feraient presque regretter l’évolution des choses. Cela mérite un quatrième feu vert, non ?
Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio : sa fiche technique
- Moteur : V6 biturbo, 24 S
- Position : AV, longitudinale
- Alimentation/allumage : injection directe et indirecte
- Cylindrée : 2 891 cm 3
- Alésage x course : 86,5 x 82 mm
- Rapport volumétrique : 9,3:1
- Régime maxi : 7 000 tr/mn
- Puissance maxi : 520 ch à 6 500 tr/mn
- Puissance au litre : 180 ch/l
- Couple maxi : 61,2 mkg à 2 500 tr/mn
- Couple au litre : 21,2 mkg/l
- Transmission : roues AR, 8 rapports automatiques
- Autobloquant : de série (mécanique)
- Antipatinage : de série + correcteur de trajectoire déconnectable
- Suspension AV/AR : double triangle/essieu multibras, amortisseurs pilotés et barres antiroulis
- Direction : crémaillère, assistance électrique
- Tours de volant/diamètre de braquage : 2,2/10,8 m
- Freins AV/AR : disques ventilés percés (360 mm, étriers 6 pistons/350 mm, étriers 4 pistons), disques carbone-céramique en option
- Antiblocage : de série
- Poids constructeur/contrôlé : 1 660 (DIN)/1 719 kg
- Répartition AV/AR : 53/47 %
- Rapport poids/puissance : 3,3 kg/ch
- L - l - h : 4 639 - 1 874 - 1 443 mm
- Empattement : 2 820 mm
- Voies AV/AR : 1 555/1 607 mm
- Pneus AV/AR : 245/35 & 285/30 ZR 19 (Pirelli PZero Corsa)
- Réservoir : 58 l
- Prix de base : 101 000 €
- Options/malus : 11 500/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 192 500 € (malus compris)
Retrouvez notre Supertest de l'Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio dans le Sport Auto n°776 du 28/08/2026.















